Non, il n’est pas possible de se "protéger contre la nouvelle règle" de confidentialité de Whatsapp en partageant un message

Des messages circulent sur Whatsapp et invitent les utilisateurs à partager un texte pour éviter que le réseau puisse utiliser vos photos et d’autres informations personnelles échangées sur la messagerie, propriété du groupe Facebook. Un copier/coller du message partagé sur dix groupes permettrait de se prémunir contre les nouvelles conditions d’utilisation de Whatsapp. C’est faux.

Sur Whatsapp, le message suivant circule ces derniers jours :

"JE N’AUTORISE PAS JE N’AUTORISE PAS JE N’AUTORISE PAS JE N’AUTORISE PAS N’oubliez pas que demain commence la nouvelle règle Whatsap qui vous permet d’utiliser vos photos !! N’oubliez pas que la date limite est aujourd’hui !!! Il peut être utilisé dans des poursuites contre vous. Tout ce que vous avez publié peut être publié à partir d’aujourd’hui, même les messages supprimés. Cela ne coûte rien de plus qu’un simple copier / coller, mieux vaut être sûr que d’être violé. Je n’autorise pas Whatsap ou toute organisation associée à Whatsap, telle que Facebook et Instagram, à utiliser mes images, informations, messages, photos, messages supprimés, fichiers, etc. C’est réel. Je le partage !!!!!!!! Je n’autorise pas Partagez-le en 10 groupes et un signal apparaîtra sur votre Whatsap comme ceci : ✅ cela signifie que votre téléphone est protégé contre la nouvelle règle."


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Ce message, qui fait référence au changement de la politique de confidentialité annoncé par la messagerie Whatsapp, comporte de nombreuses erreurs.

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Ce message circule sur Whatsapp concernant les conditions d’utilisation. Il s’agit d’un hoax. © Capture d’écran Whatsapp

Un changement de politique reporté au 15 mai

Tout d’abord, les nouvelles conditions d’utilisation de Whatsapp ne commencent pas "demain". Initialement, la messagerie rachetée par Facebook en 2014 pour 16 milliards d’euros avait annoncé qu’il était prévu que les utilisateurs qui refusaient ces nouvelles règles d’utilisation ne pourraient plus accéder à leur compte à partir du 8 février. Mais, suite aux réactions de nombreux utilisateurs, le changement de politique de la messagerie qui devait entrer en vigueur le 8 février a été reporté et ne sera effectif qu’à partir du 15 mai.

Par ailleurs, la phrase "Tout ce que vous avez publié peut-être publié à partir d’aujourd’hui" n’est pas exacte. WhatsApp a assuré que la mise à jour de ses conditions d’utilisation ne "renforcerait pas (ses) capacité à partager des données avec Facebook", mais qu’elle était avant tout destinée à aider des entreprises à mieux communiquer avec leurs clients via la plateforme.

"Nous savons qu’il y a eu de la confusion et de la désinformation à propos de cette mise à jour, et nous voulons aider tout le monde à comprendre nos principes et les faits", a défendu l’entreprise. Les conversations WhatsApp continueront d’être chiffrées de bout en bout et ni Facebook ni WhatsApp n’auront la possibilité de voir ces messages privés, assure la compagnie.

Selon l’entreprise, les données qui pourront être partagées entre Whatsapp et l’écosystème d’applications de Facebook (dont Instagram et Messenger) comprennent les contacts et les informations du profil, à l’exception du contenu des messages qui restent chiffrés.

Mais les nouvelles conditions diffèrent entre l’Union européenne et le reste du monde. Dans le cas de l’UE et du Royaume-Uni, elles ne seront utilisées que pour développer les fonctionnalités offertes aux comptes professionnels WhatsApp Business, a expliqué l’entreprise à l’AFP.

"WhatsApp ne partage pas les données de ses utilisateurs en Europe avec Facebook dans le but que Facebook les utilise pour améliorer ses produits ou ses publicités", a assuré un porte-parole de la messagerie.

Ce que Whatsapp va réellement partager comme données privées

Pour "répondre à certaines rumeurs et être 100% clair", WhatsApp a également précisé que les messages privés continueront d’être protégés, "par un cryptage de bout en bout. La messagerie en a profité pour revenir sur sept points importants concernant la confidentialité des données échangées :

  • "Nous ne pouvons pas voir vos messages privés ni écouter vos appels, et Facebook non plus"
  • "Nous ne conservons pas les historiques des destinataires des messages ou des appels"
  • "Nous ne pouvons pas voir votre localisation partagée et Facebook non plus"
  • "Nous ne partageons pas vos contacts avec Facebook"
  • "Les groupes restent privés"
  • "Vous pouvez choisir de faire disparaître vos messages"
  • "Vous pouvez télécharger vos données"

►►► À lire aussi : WhatsApp tente de rassurer les utilisateurs : “Facebook n’a pas accès à vos messages”


Enfin, WhatsApp a tenté de rassurer ses utilisateurs refroidis par les nouvelles règles en expliquant que ces changements "sont relatifs à des fonctionnalités professionnelles optionnelles sur WhatsApp, et permettent également une plus grande transparence sur la manière dont nous recueillons et utilisons les données".

Cependant, comme l’indique la FAQ du réseau, certaines données sont déjà bien partagées avec Facebook. Il s’agit notamment d’informations sur le numéro de téléphone utilisé, le type d’appareil, la façon dont vous interagissez avec vos contacts, votre adresse IP, ainsi que "d’autres informations", identifiées dans la politique de confidentialité du réseau.

Un hoax déjà répandu sur Facebook

Par ailleurs, publier ou partager un message n’autorisant pas "Whatsapp ou toute organisation associée à Whatsapp, telle que Facebook et Instagram, à utiliser mes images, informations, messages, photos, messages supprimés, fichiers, etc." n’a aucune valeur juridique.

Comme ce fut déjà le cas à de nombreuses reprises avec Facebook, certains utilisateurs poussés par des chaînes de messages pensaient que publier un message de ce type empêcherait le réseau d’utiliser leurs données personnelles.

Comme l’expliquaient les Décodeurs du Monde en 2016 après l’apparition de nouveaux messages de ce type sur le réseau social géré par Mark Zuckerberg : en ouvrant un compte Facebook, l’utilisateur en accepte les conditions d’utilisation. Cet élément est bien précisé dans le règlement de la plate-forme. Comme le confirmait également "L’Obs", il n’est donc pas possible de réécrire soi-même les règles du jeu en publiant un simple message sur son compte personnel.

Lorsque l’on s’inscrit sur un réseau comme Instagram, Twitter ou Facebook, on doit accepter les termes des conditions d’utilisation, un simple message publié sur son profil ou échangé avec d’autres ne permet pas d’y déroger.

Pas de "signal" indiquant une protection "contre la nouvelle règle"

Enfin, l’élément concernant un "signal" ou un "badge vert" après le partage du message sur dix groupes est également erroné.

"Partagez-le en 10 groupes et un signal apparaîtra sur votre Whatsap comme ceci : ✅ cela signifie que votre téléphone est protégé contre la nouvelle règle", indique la publication.

Ce badge vert présent sur certains contacts est réservé aux comptes professionnels. Comme l’indique Whatsapp, ce badge "confirme que celui-ci est un compte professionnel authentique et notable." Le réseau précise d’ailleurs que "la vérification des entreprises par WhatsApp est actuellement limitée à un nombre restreint d’entreprises participant à un programme pilote."

Il n’est donc en aucun cas question de comptes qui seraient "protégés" contre les nouvelles conditions d’utilisation.

Le message qui circule actuellement sur le réseau est donc clairement un "hoax".

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