"No Billag": la suppression de la redevance va-t-elle entraîner la fin de l'audiovisuel public en Suisse?

Le 4 mars prochain, les Suisses devront se prononcer lors d'une importante "votation" sur l'initiative "No Billag", qui veut supprimer la redevance qui en Suisse permet de financer une série de chaînes de télévision et stations de radio dans les trois langues nationales. En jeu: la survie de la chaîne audiovisuelle publique suisse,  la SSR, principale bénéficiaire de cette taxe. 

A l'origine de cette initiative, trois jeunes libéraux qui avaient pour but d'"alléger la charge fiscale pour la population", expliquent  Florian Maier, Christian Zulliger et Yves Collet dans le Temps, qui y consacre un très large dossier. Mais c'est aussi clairement une remise en cause du monopole du service public dans le domaine audiovisuel: " "Notre rôle n’est pas de dicter le contenu. C’est la demande du public qui en décide. Elle rendra la télévision meilleure. Les Suisses s’intéressent à la politique, je suis convaincu qu’ils continueront à regarder des émissions politiques sérieuses" explique Florian Maier au Temps. Les initiateurs se défendent de vouloir enterrer la culture suisse pour autant: "Il s’agit simplement de remplacer un financement obligatoire arbitraire par un financement volontaire comme il existe pour les médias papier".

Selon l'argumentaire développé sur les site internet des partisans de ce "No Billag", "si l’initiative est acceptée, la SSR devra se financer de façon autonome, comme la large majorité des entreprises de notre pays. Si une demande pour leurs divers programmes existe, la SSR ne devrait point avoir de peine à rencontrer le succès nécessaire pour continuer d’exister. La SSR pourrait se financer, en plus de la publicité, par la mise en place d’un abonnement paiement".

 

Les chaînes privées sont inquiètes également, elles qui touchent une part de la redevance.  "Le risque  est qu'une chaîne étrangère comme TF1 puisse rafler toutes les concessions en Suisse romande, par exemple et capter presque tout le marché publicitaire, y compris régional, tout en produisant un strict minimum d’information."

Et selon Gilles Maréchal, le nouveau directeur de la SSR serait tout bonnement catastrophique: "Nous devrons démanteler la SSR de manière plus ou moins organisée et rapide. Cela aura un impact considérable, pas seulement sur nos 6000 collaborateurs qu’il faudra licencier, mais aussi sur tous ceux avec qui nous travaillons, ce qui fait environ 7000 emplois supplémentaires. Il n’y aurait aucune façon de maintenir un financement public pour l’audiovisuel, sous quelque forme que ce soit".

Partisans et détracteurs fourbissent donc leurs armes à l'approche de cet importantissime votation, d'autant que les sondages donnent pour le moment le "No Billag" vainqueur... et donc la crainte de la disparition de la radiotélévision suisse. Dans ce cadre, l'UNESCO vient de prendre explicitement position pour le maintien de la redevance et "recommande de rejeter l’initiative "No-Billag" qui remet en cause les principes de diversité et de solidarité". La commission suissse de l'organisation internationale estime qu'"à une époque où le citoyen ou la citoyenne court le risque de s’enfermer dans une bulle d’information ne présentant qu’une vision partielle et partiale de la réalité, une mise en perspective équilibrée est essentielle. La Commission espère un rejet massif de l’initiative et en appelle à la politique pour qu’elle établisse des règles claires orientées vers le futur pour l’ensemble de la place médiatique suisse, qui comprendraient un mandat fort pour la SSR lui permettant de développer une production de contenus de qualité".

Et si la RTBF, qui travaille sur base d'un contrat de gestion avec une définition très précise de ses missions de service public, et qui poursuit son travail malgré la suppression de la téléredevance à laquelle sa subvention n'était pas liée, servait de modèle à sa consoeur suisse?

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