NKM et Christine Boutin: deux évanouissements, une indignation à géométrie variable

NKM et Christine Boutin: deux évanouissements, une indignation à géométrie variable
NKM et Christine Boutin: deux évanouissements, une indignation à géométrie variable - © AFP

"Paris: Nathalie Kosciusko-Morizet fait un malaise après une altercation." Le titre a fait le tour des sites internet d'informations ces dernières heures. Ce jeudi, l'ancienne ministre française Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate de droite aux législatives à Paris, s'est évanouie. Quelques secondes plus tôt, un homme s'est emparé des tracts qu'elle distribuait dans la rue pour les lui jeter à la figure tout en la traitant de "bobo de merde".

La chute de Nathalie Kosciusko-Morizet a été violente : on apprend ce vendredi matin que la membre des Républicains a passé la nuit en observation à l'hôpital et qu'elle souffre d'un traumatisme crânien.

La scène est capturée par un photographe qui travaille pour l'AFP. L'agence France-Presse envoie quelques uns de ces clichés à ses clients, des médias du monde entier dont la RTBF. Sur certaines de ces photos, on voit la candidate aux législatives gisant sur le sol, les jambes repliées. Un secouriste lui prodigue les premiers soins.

Aussitôt, une vague d'indignation se soulève face à la diffusion des images de Nathalie Kosciusko-Morizet. Christiane Taubira (socialiste et ex-ministre de la Justice), Michel Denisot (journaliste et animateur de télévision), ou le blogueur Hugo Travers actif sur la chaîne LCI critiquent la publication du cliché. "Indécence", invitation au respect de la "dignité" ou tout simplement "pas d'images"... la condamnation est largement partagée sur la toile.

Christine Boutin a réagi au malaise de Nathalie Kosciusko-Morizet, dénonçant "l'indécence" de ceux qui se moquaient "comme on l'a fait quand [elle l'a] été lors de la Manif Pour Tous".

Fallait-il diffuser de telles images ? Oui pour l'AFP. "Une personnalité publique, candidate aux élections législatives, se faisant agresser et ayant, à la suite de cette agression, un malaise lui faisant perdre connaissance plusieurs minutes, est une information qui justifie, pour une agence de presse comme l'AFP, d'être relatée en texte et en image", justifie l'agence interrogée par L'Express

On est dans un lieu public où se tient une action publique

Benoît Grevisse, professeur à l'Ecole de Journalisme de Louvain où il donne notamment le cours de déontologie et analyse critique du journalisme, est du même avis. "On est dans un lieu public où se tient une action publique, volontaire, revendiquée. C'est l'exercice politique dans son sens plein."

Autre question à se poser dans ce genre de cas : l'information est-elle d'intérêt public ? "Montrer que, dans l'exercice le plus élémentaire de la fonction politique, à savoir rencontrer les gens, le débat est dégradé au point de devenir violent, c'est d'intérêt public", poursuit Benoît Grevisse.

Et Christine Boutin ?

Un autre cas similaire revient en mémoire : l'évanouissement de Christine Boutin, présidente du Parti chrétien démocrate, en mars 2013. Celle-ci avait perdu connaissance lors d'une manifestation contre le mariage pour tous où les forces de l'ordre avaient lancé des gaz lacrymogènes. A l'époque, l'image de cette ancienne ministre du Logement, elle aussi au sol, avait fait sourire et suscité de multiples parodies accompagnées du mot-dièse #JoueLaCommeBoutin.

Même Fleur Pellerin, alors ministre déléguée aux PME, à l'Innovation et à l'Économie numérique, avait imité le malaise dans la séquence "La boîte à questions" dans le Grand Journal sur Canal+. 

En 2013, la même Christine Boutin avait remercié pour les mises en scène "souvent très drôles" de #JoueLaCommeBoutin. "Mais pour moi c'était du vrai", concluait-elle.

S'il y a eu des marques d'indignation lors de l'évanouissement de Christine Boutin, force est de constater qu'elles n'ont pas laissé de traces profondes. Nos recherches sur Google Actualités pour le mois de mars 2013 ne permettent en tout cas pas d'en remettre en évidence. Ce déséquilibre en a étonné quelques uns ces jeudi 15 et vendredi 16 juin.

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