Nicolas Vadot: "C'est le sexisme religieux qui m'effraie, plus que le terrorisme"

Dessinateur de presse, notamment pour le Vif/L'express et l'Echo, Nicolas Vadot est revenu  dans Matin Première sur l'attentat à Charlie Hebdo il y a 3 ans, qu'on commémorera en France ce dimanche: "C’est une partie de mon enfance qui a été touchée. J'ai toujours du mal à croire qu'on ait pu mourir pour des petits dessins. Je me suis demandé pourquoi on s'était attaqué à nous, les dessinateurs, et pas aux gens qui font du stand up? Je pense que c'est parce que le dessin, c'est aussi l'innocence, l'enfance. On a voulu toucher l’enfant qui est en nous, c’est ça qui a été attaqué le 7 janvier".

Il a pourtant exprimé ce vendredi l'espoir que "les pires années du terrorisme en Occident - car il faut rappeler que le terrorisme s'exprime aussi un peu partout dans le monde - sont passées: 2015,2016, 2017, j’espère que c’étaient les pires".

La liberté de la presse est réelle en Belgique, il l'a réaffirmé. "Ce qui ne va pas bien, ce sont les jeunes ne lisent pas de journaux, ce qui m’inquiète, c’est le saucissonnage de l’info sur les réseaux sociaux, l'info qui vous sera livrée par morceaux".

La liberté d'expression, ça s'apprend

Il se dit aussi inquiet pour la liberté d'expression, qui doit s'inculquer, lui qui fait partie de l'association Cartooning for Peace, créée par Plantu et Koffi Annan en 2006, à la suite de l'affaire des caricatures de Mahomet, et dont le but est de promouvoir la paix à travers les échanges entre différents dessinateurs de presse du monde entier. "Oui, la liberté d'expression, ça s'apprend, c'est pour ça que c'est une des premières choses qu'on a faites après l'attentat de Charlie Hebdo, c'est aller dans les écoles". "On va dire qu'on a le droit d'être choqué - moi je suis Charlie, mais je n'aime pas tellement Charlie -, on peut être choqué, on a le droit de le dire, sans pour autant se taper dessus"

Mais une des choses qui a le plus étonné Nicolas Vadot dans ces rencontres, "c'est d'entendre des jeunes filles de 13 ans, car dans les banlieues françaises, ce sont elles qui parlent, dire que pour elles c'est une chose entérinée que l'homme est supérieur à la femme, et dire par exemple "'mais monsieur, il ne peut pas y avoir de viol dans le mariage car quand la femme est mariée, le mari peut faire ce qu'il veut d'elle'."

Le caricaturiste n'hésite pas à dire que ce qui l'effraie vraiment, "plus que le terrorisme, c'est le sexisme, le sexisme religieux".

Un retour de balancier du politiquement correct

Les récentes affaires d'harcèlement sexuel n'ont pour autant pas changé sa façon de dessiner les femmes ("je ne suis pas catalogué comme dessinateur sexiste") mais peut-être certaines pratiques quand même: "Je me suis rendu compte que lorsque je dessinais une foule d’anonymes, je dessinais plus d’hommes, donc maintenant je rajoute les femmes".

Ce qui pose selon Vadot la question d'"où s’arrêter, parce que si je dois commencer à rajouter des personnes de toutes les couleurs et de toutes les religions, ça va être difficile: comme le soulignait le Café Serré, il y a un retour de balancier du politiquement correct qui peut être un peu gênant par rapport à ça"

 

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