Netflix: les utilisateurs belges payent plus cher qu'aux USA pour moins de contenus, pourquoi?

Les utilisateurs belges payent environ 55% plus cher que les utilisateurs américains par rapport à l'offre du catalogue, selon une récente étude du site comparitech. Ce taux met en lumière la différence qu'il existe entre les différents pays, du point de vue du prix mais aussi de l'offre. Alors comment expliquer que le nombre de contenus disponibles en Belgique soit moins élevé que dans certains autres pays ? Ce chiffre est issu de la division du prix de l'abonnement par le nombre d'épisodes de séries et de films contenus dans le catalogue.

Cette enquête menée il y a quelques mois dresse un état des lieux des différences qu'il existe sur la plateforme de streaming entre les différents pays. Les analyses sont basées sur, d'une part, le prix de l'abonnement et d'autre part, le nombre de contenus mis à la disposition des utilisateurs. Ce bilan établit donc en septembre 2018 et dans les 78 pays analysés, les lieux dans lesquels il est le plus rentable de s'abonner à Netflix.

On apprend par exemple que le catalogue belge comprend 3719 films et séries. Ce chiffre peut paraître impressionnant mais il ne l'est pas tant que ça lorsqu'on le compare au top 5 des "meilleurs" catalogues du géant du streaming. En tête, on retrouve les Etats-Unis (5839 films et séries), suivi du Canada (5561), puis du Royaume-Uni (5530), du Japon (5256) et de l'Inde (5255). Lancée dans le monde en 2007, la plateforme a eu le temps d'étoffer son catalogue, de contenus exclusifs et autoproduits, ou pas. Mais visiblement pas de manière aussi efficace aux quatre coins du globe.

On constate donc que lorsqu'on nuance le catalogue de la plateforme avec le prix de l'abonnement payé dans les différents pays, il est plus "rentable" d'être abonné au Canada, en Colombie ou en Inde où les prix mensuels "à la vidéo" coûtent respectivement 0,00124, 0,00127 et 0,00131 dollar. Il s'agit donc du rapport entre un grand nombre de vidéos pour un prix mensuel moins élevé. Dans ce classement, la Belgique figure en 49e position sur 78.

Pourquoi le catalogue belge est-il moins étoffé que dans d'autres pays?

Il est alors légitime de se demander pourquoi le catalogue proposé par Netflix en Belgique est moins fourni que dans d'autres pays du globe. Pour répondre à cette question, il faut distinguer les contenus placés sous licence et ceux soumis à la chronologie des médias.

  • Les licences:

Chaque contenu, diffusé sur Netflix ou pas, est soumis à des droits d'auteur. Concrètement, il s'agit des droits de propriété d'un studio ou d'une chaîne sur un programme. Par exemple, la licence du film "Là-Haut" de Pixar est détenue par Disney, même si Netflix est amené à diffuser ce film d'animation, il n'en sera jamais propriétaire.

Pour diffuser les films et séries sur sa plateforme, le site de streaming doit négocier une licence avec le propriétaire du long métrage. Ces licences sont négociées au cas par cas et ont des durées limitées. Ainsi, une fois que ce "contrat" qui lie Netflix au propriétaire du contenu est obsolète, il appartient aux deux parties de décider de le prolonger ou bien d'y mettre fin.

C'est par exemple pour cela que certains contenus disparaissent du catalogue du site après y être restés plusieurs années. De plus, au-delà du critère de durée, les critères géographiques sont aussi pris en compte dans les licences. Autrement dit, si Disney demande à Netflix de ne pas diffuser "Là-Haut" en Belgique, la plateforme est tenue de respecter la volonté du propriétaire.

D'autant plus que parfois, des licences d'exclusivité ont déjà été conclues avec d'autre diffuseurs avant Netflix. Les fans belges de la série "House of Cards" ont fait les frais de ce processus lors de la sortie de la troisième saison. Canal +, en France, et BeTV, en Belgique, sont respectivement coproducteurs de cette production américaine. Ce statut leur octroie automatiquement une licence d'exclusivité de diffusion de la série en français. Lors de l'annonce du lancement du troisième package d'épisodes sur Netflix, les abonnés de Belgique ont été déçus de ne pas pouvoir en profiter directement puisque les épisodes devaient d'abord avoir été diffusés sur BeTV. La plateforme de streaming a donc trouvé une solution toute simple à ce couac - mais qui n'a sans doute convenu qu'aux anglophiles - en permettant le visionnage de la saison en anglais.

  • La chronologie des médias:

Ensuite, il y a un autre processus qui affecte toutes les productions diffusées au cinéma : la chronologie des médias.  Concrètement, il s'agit du procédé traditionnel, imposé par un règlement belge, selon lequel un film, après avoir été diffusé au cinéma, peut sortir en DVD 4 mois plus tard. Il peut ensuite être diffusé sur les chaînes dites "spécialisées en cinéma" 10 mois plus tard puis sur les chaînes "traditionnelles" 20 à 24 mois plus tard. Enfin, il peut être partagé sur les plateformes de streaming - et donc sur Netflix - 24 mois plus tard.

Ce type de législation est effective dans différents pays mais pas selon les mêmes modalités. En France par exemple, la diffusion en streaming n'est autorisée qu'après trois ans. Ces divergences législatives en vertu des œuvres culturelles audiovisuelles sont donc le second facteur qui crée une différence dans la date d'apparition des films sur Netflix.

Mais à côté des contenus soumis à toutes ces règles, il faut tout de même rappeler que Netflix produit aussi un grand nombre de films et séries. "Orange is the new black", par exemple, n'est soumis à aucune licence puisque produit par le géant du streaming lui-même, il peut donc le diffuser partout, en même temps et dans toutes les langues.

Accéder au catalogue américain avec un abonnement belge?

Techniquement, il est possible d'accéder depuis la Belgique à des contenus bloqués dans notre pays, comme le catalogue Netflix d'un pays étranger par exemple. Cela peut se faire avec un VPN, une technologie qui anonymise en quelque sorte votre connexion à Internet, de telle sorte que le site auquel vous vous connectez ne peut détecter que vous êtes situé en Belgique et n'avez donc pas accès, en théorie, aux contenus réservés aux Américains. "Le technologie VPN en tant que telle est parfaitement légale" précise Etienne Wéry, avocat spécialiste du droit numérique. Beaucoup d'entreprises ou de particuliers utilisent d'ailleurs un VPN pour se protéger des piratages. 

"L'utilisation qu'on fait du VPN par contre dans certains cas peut-être illégale nuance l'avocat. Certaines personnes malintentionnées récupèrent des contenus dans un pays étranger via un VPN et le commercialise dans leur pays où ce contenu est normalement bloqué, c'est souvent le cas en sport. Un belge, par exemple, va chercher des matchs de foot du championnat anglais et les rediffuse en Belgique en faisant payer. Ça c'est clairement illégal. Maintenant, si c'est un particulier qui le fait, pour son propre usage, sur Netflix par exemple, sans commercialisation, là il prend très peu de risque".

Archives : Journal télévisé 09/09/2018

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK