Netflix: le marché belge doit-il craindre l'arrivée du géant de la SVOD?

Netflix: le marché belge doit-il craindre l'arrivée du géant de la SVOD?
Netflix: le marché belge doit-il craindre l'arrivée du géant de la SVOD? - © JONATHAN NACKSTRAND - BELGAIMAGE

L'arrivée du géant américain de vidéo à la demande avec abonnement est imminente: Netflix a annoncé son implantation en Belgique d'ici la fin 2014, probablement déjà en septembre. Tout le monde pourra donc, dès lors, souscrire à un abonnement qui donnera l'accès illimité à une vaste sélection de films et de séries, sur internet. De quoi faire frémir le marché belge des télécommunications... qui se montre pourtant assez serein. Ce débarquement va-t-il chambouler notre paysage médiatique?

100 000 films et séries en streaming à volonté, en toute légalité. L'abonnement 100% internet proposé par Netflix cartonne aux Etats-Unis et s'est déjà exporté aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Irlande, en Suède, en Finlande et au Danemark. D'ici la fin de l'année et probablement déjà en septembre, Netflix implantera son service SVOD (subscription video on demand, ou vidéo à la demande avec abonnement) dans six autres pays européens, dont la Belgique fait partie.

Avec son coût mensuel garanti "bas" (l'abonnement coûte 8 dollars et ne dépassera probablement pas les 10 euros en Belgique), l'offre va-t-elle détourner le consommateur des opérateurs ou des chaînes de télévision traditionnels? Les spéculations vont bon train et donnent généralement ces derniers pour perdants.

L'exclusivité plutôt que la nouveauté: de l'air pour BeTV

Le bouquet de chaînes payant BeTV est souvent pointé comme la première victime potentielle de Netflix. Mais BeTV s'en défend fermement, insistant sur une différence fondamentale entre son offre et celle du géant américain.

Alors que le catalogue de Netflix est basé sur des films datant d'au moins un ou deux ans, ce qui lui permet de les obtenir à un prix pas trop élevé, BeTV revendique plutôt un contenu plus récent. Et la part des revenus générés par les nouveautés en VOD (vidéo à la demande) étant significative, la chaîne se montre plutôt confiante. D'autant que l'achat de nouveautés - dont les droits sont beaucoup plus chers - pousserait Netflix à revoir le prix de son abonnement à la hausse, et donc à se défaire du profil low cost qui lui réussit si bien jusqu'ici.

Le lancement de BeTV Go, qui fonctionne exactement de la même façon que Netflix, a toutefois des airs de riposte. Mais s'il est gratuit pour les abonnés, le service BeTV Go a un prix beaucoup plus élevé que celui que devrait demander le concurrent américain. Qu'à cela ne tienne, BeTV assure que son offre sera aussi plus appropriée au public belge.

La RTBF garde les droits pour Gotham, dont Netflix revendique l'exclusivité

Fabrice Massin, directeur du département RTBF Interactive, tient aussi à relativiser l'impact du débarquement futur de Netflix en Belgique. Il affirme même que "l'arrivée d'un nouveau concurrent sur le marché belge devrait plutôt le booster, en incitant à l'innovation".

Il rappelle aussi que la plateforme américaine ne peut s'affranchir de certaines règles: "Le groupe a annoncé qu'ils avaient les droits mondiaux sur la nouvelle série Gotham, mais en Belgique, c'est la RTBF qui a obtenu l’exclusivité et qui la gardera", dit Fabrice Massin.

Ajoutant que, "dans un premier temps" du moins, Netflix ne proposera pas de contenu local, il estime que l'idée n'est pas forcément négative: la RTBF pourrait donc envisager de lui vendre des productions propres, tout comme "la VRT a vendu sa série 'Salamander' à Netflix pour qu'il la diffuse en Amérique du Nord", explique-t-il.

Adieu la neutralité du net?

Enfin, du côté des opérateurs, le débarquement de Netflix n'est pas non plus accueilli comme une nouvelle dévastatrice. Belgacom, qui propose aussi un catalogue VOD où les nouveautés occupent une bonne place, rappelle que les consommateurs ont besoin d'internet pour profiter des services du groupe américain. Là où ils risquent de perdre des plumes, les opérateurs pourraient donc les récupérer en consommation internet.

Reste que pour éviter la saturation de leur bande passante, les opérateurs doivent constamment investir pour assurer une certaine fluidité du réseau. Mais si Netflix devient trop vorace, la tentation de faire passer le géant à la caisse pourrait être grande. C'est ce qui se produit d'ailleurs aux Etats-Unis, où le principe de neutralité du net (tous les utilisateurs doivent bénéficier des mêmes avantages) n'est pas aussi défendu qu'il l'est en Europe.

Haroun Fenaux, porte-parole de Belgacom, affirme que l'entreprise "n'exclut aucun business model" pour le financement de ses investissements futurs. L'idée de faire payer l'utilisateur en fonction de sa consommation fait aussi partie des options même si, assure-t-il, "cette décision appartient à l'Europe".

G.R.

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