Netflix: un acteur rebelle qui fait trembler le cinéma

Alors que le film « Roma » d’Alfonso Cuaron s’est imposé ce dimanche comme le grand gagnant de la cérémonie des Bafta, prestigieuses récompenses britanniques du cinéma, son producteur Netflix continue de bousculer les lignes dans le paysage cinématographique mondial et en bouleverse les modes de consommation.

Un gigantesque vivier de contenus

Fondée en 1997 par Reed Hastings, l’entreprise américaine dont le siège se situe à Los Gatos en Californie, s’est spécialisée dans la diffusion de contenus vidéos en ligne à la demande. Grâce à un immense catalogue de films, séries et documentaires disponibles en streaming et accessibles depuis plusieurs appareils, Netflix présente l’avantage de pouvoir toucher un public hétéroclite, amateur de contenus variés, en proposant un abonnement mensuel à un prix très abordable (environ 8 et 14 euros par mois).

Disponible dans plus de 190 pays, la plateforme compterait aujourd’hui plus de 140 millions d’utilisateurs dans le monde. La force de Netflix, c’est aussi et surtout sa capacité à proposer des contenus en adéquation avec les attentes des utilisateurs et de leur offrir un système de recommandations très élaboré grâce à la présence d’un puissant algorithme.

Si des séries comme « Stranger Things », « Black Mirror », « Narcos » ou encore « Orange Is the New Black » ont amplement contribué à instaurer Netflix comme une référence dans le paysage audiovisuel actuel, le géant américain s’est aussi placé ces dernières années, à coups de financement et de diffusion d’œuvres originales, comme l’un des acteurs principaux dans le monde du 7e art.

En 2018, plus de 80 longs-métrages ont d’ailleurs été proposés par la plateforme, un chiffre plus important que de nombreux studios américains.

En quête de reconnaissance critique

Prix du Meilleur film pour « Roma » et meilleur réalisateur pour le mexicain Alfonso Cuaron durant les BAFTA, Lion d’Or en 2018 durant la Mostra de Venise, toujours en lice pour les Golden Globes… Jusqu’à présent, aucune production Netflix n’avait encore bénéficié d’un tel engouement critique.

C’est d’ailleurs pour cette raison que la plateforme a temporairement accepté de s’écarter de son modèle de diffusion en sortant le film dans les salles, celui-ci étant ainsi éligible pour les Oscars.

Selon Goldman Sachs, l’entreprise aurait d’ailleurs investi 18 milliards de dollars en 2018 pour proposer du contenu original et les prévisions de ce budget pourraient atteindre 22.5 milliards en 2022.

Un montant amplement suffisant pour permettre à Netflix de s’offrir une légitimité grâce aux poids lourds du cinéma, à l’image d’Alfonso Cuaron bien sûr, mais aussi des frères Coen (« La ballade de Buster Scruggs »), de Guillermo Del Toro (« Pinnochio ») ou d’acteurs reconnus comme Natalie Portman (« Annihiliation »), Jake Gylenhall (« Velvet Buzzsaw » présenté au Festival Sundance) et Sandra Bullock dont le récent « Bird Box » est devenu l’un des plus gros succès de la plateforme, avec plus de 45 millions de visionnages, selon des chiffres communiqués en décembre 2018.

Le dernier gros coup de Netflix, c’est la sortie imminente sur son catalogue du prochain projet de Martin Scorsese. Baptisé « The Irishman », ce film de gangsters prévu pour mars 2019 rassemblera rien de moins que Robert de Niro, Al Pacino et Joe Pesci.

Deux mondes qui s’entrechoquent

En 2017, c’est durant le Festival de Cannes que la polémique sur le rôle de Netflix a pris de l’ampleur. En cause, la présence de deux films financés par Netflix ("Okja" et "The Meyerowitz Stories) dans la sélection officielle en compétition pour la Palme d’Or.

Face au tollé, le Festival de Cannes avait fini par accepter que Netflix réserve à sa plateforme l’exclusivité de la diffusion des œuvres qu’elle finance en 2017 mais avec l’obligation en 2018 de sortir le film en salle pour que celui-ci puisse figurer en compétition. Netflix avait ensuite répliqué en boycottant la cérémonie l’année suivante, au grand dam des sélectionneurs.

Ces films, à la différence des autres en compétition, n’étaient jamais sortis en salle et contournaient les règles encadrant la production et la diversité des œuvres dans le cinéma et la télévision en France, règles reprises sous le terme d’« exception culturelle ».

Si Netflix dérange, c’est principalement parce que les exploitants des salles de cinéma, les financeurs du secteur ou les chaînes de télévision, semblent avoir du mal à rivaliser avec ce nouveau mode de consommation qu’impose la plateforme en rachetant des droits de diffusion exclusifs. En modifiant l’ordre de distribution dont l’équation équivaut à une présentation en festivals, une sortie dans les salles puis en DVD, Netflix secoue les règles du cinéma traditionnel.

Pourtant une étude récente publiée par le Cabinet EY, et commandée par l’association américaine des propriétaires de cinéma, indique que les spectateurs qui fréquentent le plus souvent les salles obscures sont également ceux qui consomment le plus de contenus en streaming. Deux façons de consommer des œuvres audiovisuelles qui ne seraient finalement pas si opposées ?

Un débat qui n’a certainement pas fini d’ébranler l’industrie cinématographique.

Journal télévisé 09/09/2018

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