Mort de George Floyd : le racisme dans le dictionnaire, "Autant en emporte le vent" remis en contexte… La culture suit le mouvement

Des manifestations se déroulent partout à travers le monde pour dénoncer le racisme, à la suite du décès de George Floyd à Minneapolis. L’occasion pour le secteur culturel de se pencher aussi la question du racisme. Plusieurs initiatives visent en effet à remettre en perspective certains éléments à la lumière des derniers événements.

Le choix des mots

Le dictionnaire de référence américain Merriam-Webster va modifier sa définition du mot racisme sur suggestion d’une jeune femme afro-descendante, qui voulait la voir mieux refléter son influence sur les populations visées. L’idée est d’ajouter le caractère systématique et structurel du racisme.

Récemment diplômée de l’université de Drake (Iowa), Kennedy Mitchum avait contacté la vénérable institution, qui publie ses dictionnaires depuis 1847, pour proposer une actualisation. "Je leur ai dit qu’ils devaient inclure le fait qu’un groupe de gens fait l’objet d’une oppression systématique. Ce n’est pas simplement : je n’aime pas quelqu’un", a-t-elle expliqué à la chaîne locale KMOV (antenne de CBS). Le responsable éditorial de Merriam-Webster, Peter Sokolowski, a confirmé que la définition allait être modifiée après l’échange avec Kennedy Mitchum. Il a rappelé que la deuxième des trois définitions du mot racisme reprenait déjà ce concept, "et nous allons la rendre encore plus claire dans notre prochaine version".

Pour l’heure, cet outil de référence définit le racisme comme : " 1. La croyance selon laquelle la race est l’élément déterminant des traits et des capacités humaines d’une personne. 2. C’est aussi l’idée que les différences raciales produisent une supériorité inhérente à une race particulière. Cela peut se traduire par une doctrine ou un programme politique basé sur le racisme et conçu pour mettre en place ces principes. 3. Cela peut être un préjugé ou une discrimination basée sur la race ".

Autant en emporte le vent remis en contexte

Le film "Autant en emporte le vent" sera pour sa part déprogrammé de la plateforme de streaming récemment lancée HBO. L’idée n’est pas de supprimer le film dans son ensemble, mais de pouvoir le recontextualiser avec des éléments historiques.

En effet, considéré comme un chef-d’œuvre avec 8 oscars à son actif, ce film de 3h58 est régulièrement critiqué par les historiens. Ils pointent le film du doigt pour diffuser une idée romantique des Etats du sud des Etats-Unis à la période de l’esclavage.

Pour certains universitaires, il s’agit même de l’instrument le plus ambitieux et efficace du révisionnisme sudiste.

Il présente notamment une version romantique du Sud et une vision très édulcorée de l’esclavage, avec notamment du personnel de maison dépeint comme satisfait de son sort et traité comme des employés ordinaires.

Cette réinterprétation d’une période sombre de l’histoire américaine est l’œuvre de mouvements très organisés dans les anciens Etats confédérés, qui se sont attachés à montrer le Sud d’avant la guerre de Sécession sous un jour présentable.


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Point important, l’idéologie de la "Lost Cause" (cause perdue) soutenait que les Etats du Sud s’étaient battus pour leur indépendance politique, menacée par le Nord, et non pour le maintien de l’esclavage, ce qui est une contre-vérité historique.

Si on prend en compte l’inflation, Autant en emporte le vent est le film qui a rapporté le plus de recette de l’histoire du cinéma avec 3,44 milliards de dollars. Il date de 1939.

Pour HBO Max, maintenir ce film dans son catalogue "sans explication et dénonciation de cette représentation aurait été irresponsable".

La plateforme prévoit de remettre le film en ligne mais avec une contextualisation pour resituer l’œuvre dans son époque.

Le film sera, lui, présenté dans son intégralité, car procéder autrement reviendrait à "faire comme si ces préjugés n’avaient jamais existé", a indiqué le porte-parole de HBO à l’AFP.

Et pour les séries culte ?

Il n’y a pas que dans l’univers littéraire et cinématographique que les choses semblent bouger. Sur le petit écran, même les séries culte ne résistent pas à la vague George Floyd. C’est le cas de la série de téléréalité " Cops ", véritable institution aux Etats-Unis où elle est diffusée depuis 30 ans. La chaîne Paramount Network a décidé de la déprogrammer. Cette série est régulièrement critiquée pour avoir une sur-représentation des personnes issues des minorités pour jouer les suspects.

Un nouveau jour férié sur twitter

Le réseau préféré du président américain a également décidé de prendre part aux manifestations de soutien des luttes antiracistes. En effet, le patron américain de Twitter, Jack Dorsey a annoncé que le jour de commémoration l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis serait désormais un jour férié pour ses employés.

Le 19 juin sera donc désormais, un jour férié chez Twitter. Le 19 juin 1865, le général Gordon Granger a lu la proclamation de l’Emancipation à des esclaves afro-américains au Texas, dernier Etat confédéré à avoir libéré les esclaves après la fin de la Guerre de Sécession.

George Floyd : Funérailles de celui qui est devenu un symbole (JT du 09/06/2020)

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