#ModereCommeTwitter, quand la toile s'indigne contre la politique de modération du réseau social

Twitter a définitivement fermé le compte @b3zero, alimenté depuis deux ans par le journaliste William Reymond.
Twitter a définitivement fermé le compte @b3zero, alimenté depuis deux ans par le journaliste William Reymond. - © LEON NEAL - AFP

#ModereCommeTwitter. C’est à l’aide de cet hashtag que de nombreux internautes dénoncent la récente suppression d’un compte qui a publié des images des Jeux Olympiques protégées par droit d’auteur, alors que le réseau social tolère bon nombre de contenus haineux ou racistes.

La danse de la joie de Nijat Rahimov

Suspendu du réseau social depuis le 11 août dernier, le compte d’informations français @B3zero est désormais éjecté définitivement du réseau social. Le compte, qui relayait quotidiennement des actualités chaudes, à l’instar de @lesnews ou @info140, dénombrait près de 40 000 abonnés.

Mais William Reymond, le journaliste qui alimentait le compte depuis son lancement il y a deux ans, aurait contrevenu à la politique de droits de diffusion du Comité international olympique (CIO) en publiant une courte vidéo qui témoignait de la joie de Nijat Rahimov, un haltérophile kazakh, après sa victoire olympique. Le journaliste a, via l’application Vine, filmé son téléviseur où défilaient les images.

Ce qui est en effet prohibé. Les règles édictées par le Comité précisent bien que ceux et celles qui ne posséderaient pas les droits pour partager des images des Jeux ne peuvent en aucun cas se permettre de publier celles-ci sur une plateforme internet. C’est ainsi que la vidéo se retrouve également sur le compte Twitter de France Télévisions, le groupe audiovisuel détenant, quant à lui, les droits des JO de Rio.

Une réclamation déposée par le CIO

Mais ce qui suscite entre autre l’indignation de la toile, c’est qu’il suffit de taper le nom de l’athlète dans le moteur de recherche pour s’apercevoir que la vidéo a également été diffusée par de nombreux autres utilisateurs, sans pour autant que leur compte ait été supprimé.

William Reymond assure avoir tenté de contacter le média social afin d'expliquer la situation, mais en vain. Le journaliste affirme que la décision a été prise aux États-Unis, où siège la société.

Le quotidien français Libération a lui-même contacté l’entreprise afin d’en savoir plus, mais a seulement été invité à lire la politique en matières de droits d’auteurs de la plateforme. Le quotidien conclut donc qu'une plainte aurait été déposée par le CIO.

Une pétition pour sauver le compte récidiviste

De nombreux internautes se sont donc indignés face à la décision. Un mouvement de protestation également suivi par l’ex-présidente du Mouvement des entreprises de France (Medef), Laurence Parisot. De nombreux messages de soutiens fleurissent également sur Facebook, où la page du média d’information est toujours accessible. Une pétition a même été créée afin de sauver @B3zero.

En juin dernier, alors que se tenait l’Euro de football, @B3zero avait par ailleurs déjà fait l’objet d’une suspension de quelques heures par Twitter, pour avoir publié des vidéos de la compétition.

Le droit d’auteur aux dépens de propos haineux ou racistes ?

Via le hashtag #ModereCommeTwitter, les internautes dénoncent surtout l’impuissance du réseau à lutter efficacement contre le harcèlement, pointant son incapacité à censurer les comptes qui diffusent des propos haineux, racistes, antisémites, islamophobes, sexistes ou encore homophobes, comme s’en indigne Buzzfeed.

De son côté, le réseau à l’oiseau bleu préfère rester neutre face à la nature des contenus que ses utilisateurs publient, laissant ces derniers tenus pour seuls responsables. "Un fondement qui correspond au principe de neutralité des intermédiaires techniques sur les réseaux de télécommunications", comme l’explique Jean-Ferdinand Puyraimond, avocat spécialisé en droit d’auteur et assistant à la faculté de droit de l’Université Libre de Bruxelles.

La liberté d'expression est un droit plus 'flou' que le droit d'auteur

"Les propos dits 'haineux' ne sont pas toujours faciles à modérer, puisqu’ils ne sont pas toujours juridiquement reconnus comme tels. Le législateur, en ne limitant pas trop le droit à la liberté d’expression, en fait donc un droit certes fort, mais plus flou que le droit d’auteur, où, dans plus de 90% des cas, les faits sont avérés", explique-t-il.

Un des principaux arguments de Twitter réside dans le fait qu’il lui serait impossible de modérer a priori les contenus puisque cela reviendrait à lui donner un certain pouvoir de censure, qui "diminuerait l’attractivité de l’outil", selon Jean-Ferdinand Puyraimond.

"Il ne faut également pas oublier que Twitter est une société américaine, mais que son audience mondiale est fragmentée, et la liberté d’expression n’est pas non plus la même aux États-Unis qu’en Europe par exemple. Des propos dits 'haineux' dans un tel État pourront être tolérés dans d’autres. C’est au cas par cas", conclu-t-il. 

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