Mise sur écoute des utilisateurs de Facebook: peut-on efficacement protéger ses données personnelles ?

C’est une accusation que Facebook a longtemps démentie mais qui semble finalement avérée. Le géant des réseaux sociaux aurait bien payé des centaines de sous-traitants pour transcrire des extraits sonores de conversations de certains usagers et ce, afin d’affiner et personnaliser le ciblage de ses contenus publicitaires et les fils d’informations.

Dans un communiqué transmis à l’agence financière Bloomberg, Facebook reconnaît avoir fait transcrire des enregistrements sonores de conversations grâce à l’autorisation des usagers de son application Messenger.

En avril 2018, son PDG Mark Zuckerberg avait pourtant fermement nié ces soupçons lors d’une audition devant le congrès. "Vous parlez d’une théorie du complot qui circule affirmant que nous écoutons ce qui se passe dans votre micro et que nous l’utilisons pour de la pub. Nous ne faisons pas ça".

Fin de cette pratique ?

Après avoir récemment dû s’acquitter d’une amende record de 5 milliards de dollars pour mauvais usage des données privées de ses usagers, Facebook est à nouveau sous le feu des critiques. Des sous-traitants du réseau social vérifiaient que l’intelligence artificielle restituait de manière correcte les retranscriptions de chats vocaux.

Pour Gabriel Goldberg, consultant chez Hakacia, entreprise spécialisée dans le data et la transformation digitale, cette fonctionnalité bien précise au sein de Messenger entre dans le cadre de cette amende. "Il s’agit d’un test qu’ils ont démarré il y a quelques semaines seulement. D’après moi, c’est dans le cadre de cet accord à 5 milliards de dollars passé avec le législateur américain que Facebook a reconnu qu’il y avait des fournisseurs externes qui comparaient les transcriptions de la machine et celles de l’être humain".

Facebook s’est justifié en arguant que les utilisateurs concernés avaient choisi l’option de transcription de leurs discussions vocales. Problème : ces utilisateurs n’ont jamais été prévenus qu’un être humain puisse écouter des conversations qui relèvent du privé.

Depuis ces révélations, l’entreprise affirme avoir mis fin à cette pratique. "Tout comme Apple ou Google, nous avons gelé la pratique de faire écouter les enregistrements sonores par des humains la semaine dernière", explique le réseau social.

"Selon moi, plutôt que de se fier uniquement aux conditions d’utilisation, ils auraient dû faire une annonce pour faire part à leurs utilisateurs du test réalisé sur ce nouveau produit de retranscription lancé sur Messenger", déplore Gabriel Goldberg.

Consenti par l’utilisateur

Olivier Bogaert, commissaire à la Computer Crime Unit de la Police Fédérale, précise pourtant que malgré cette fonctionnalité, c’est l’utilisateur lui-même qui donne accès à ces données en signant les conditions d’utilisation. "Lorsque vous créez un profil, vous signez les conditions d’utilisation de Facebook. En faisant cela, vous donnez déjà pas mal d’autorisations".

Dès lors que vous installez l’application Messenger sur votre smartphone, vous donnez accès à l’utilisation de votre micro pour des communications téléphoniques mais pas seulement. "Ces données sont échangées et stockées sur les serveurs de Facebook. Dans les conditions d’utilisation, il est précisé que Facebook peut consulter ces données et donc prendre connaissance de votre activité au quotidien", poursuit-il.

L’accord doit être "libre, spécifique, éclairé et univoque

Toutefois, l’Autorité de protection des données souligne que ce consentement doit être "libre, spécifique, éclairé et univoque. Par éclairé, on entend que la personne concernée devrait connaître au moins l’identité du responsable du traitement et les finalités du traitement auquel sont destinées les données personnelles. D’ailleurs ces informations sont cruciales pour la personne concernée qui souhaiterait exercer ses droits auprès du responsable du traitement (droits d’accès, de rectification, de suppression,…) qui lui sont conférés par le RGPD".

L’APD préconise également plusieurs choses pour être sûrs que leurs conversations ne soient pas écoutées. "Le premier réflexe que nous recommandons est de vérifier les paramètres du smartphone. Il est très simple de désactiver le microphone de votre smartphone. Pour vraiment ne plus avoir de doutes sur la protection des conversations, la suppression de l’application serait également une solution".

Quelles informations partagez-vous ?

Avec l’implémentation du RGPD, l’Autorité de protection des données ajoute qu'"il revient aux responsables du traitement d’assurer une communication claire et en toute transparence vis-à-vis de leurs utilisateurs sur l’utilisation de leurs données personnelles. Il est également important de signaler que toute personne à un droit d’accès qui consiste à savoir du responsable du traitement quelles données lui concernant sont traitées. Si le responsable du traitement ne donne pas suite à l’exercice de ces droits, les personnes lésées peuvent porter plainte auprès de l’Autorité".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK