Michel Piccoli est décédé, il était l'un des derniers monstres sacrés du cinéma français (photos et vidéos)

Michel Piccoli, pilier du cinéma hexagonal, en 1985, 2001 et 1969
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Michel Piccoli, pilier du cinéma hexagonal, en 1985, 2001 et 1969 - © BELGA/AFP

Monstre sacré. L’expression est loin d’être galvaudée en ce qui concerne Michel Piccoli, immense artiste qui nous a quittés à l'âge de 94 ans. Plutôt habitué au cinéma d’auteur, le comédien à l’impressionnante filmographie, a fait les beaux jours du septième art hexagonal durant plus de quatre décennies. Il décrochera notamment le prix d’interprétation masculine à Cannes 80 pour Le Saut dans le vide, de Marco Bellocchio, et l’Ours d’argent pour Une étrange affaire à la Berlinale 82.

"Michel Piccoli s'est éteint le 12 mai dans les bras de sa femme Ludivine et de ses jeunes enfants Inord et Missia, des suites d'un accident cérébral", indique le communiqué de la famille transmis à l'AFP par Gilles Jacob, ami de l'acteur et ancien président du Festival de Cannes.

Nommé quatre fois dans la catégorie "meilleur acteur" aux César (Une étrange affaire en 82, La Diagonale du fou en 85, Milou en mai en 1991 et La Belle Noiseuse un an plus tard), il n’en décrochera cependant aucun. Il sera aussi deux fois nommé aux Molières pour Le Roi Lear (2006 et 2007).

Le cinéma sera pour lui un "laboratoire extraordinaire", dira-t-il. Ce qui ne l’empêche pas de fouler les scènes de théâtre. Il aura joué dans plus de 60 pièces depuis sa première (L’Invasion, de Léonid Léonov, en 1945) à Minetti de Thomas Bernhard, en 2009. Il passera entre-temps par Phèdre, Le Misanthrope, le Sucre ou encore Le Roi Lear. Il tourna aussi une quantité non négligeable de téléfilms.

Piccoli a toujours été catalogué à gauche. Même plus que ça : il était proche du parti communiste. Comme le souligne l’Express.fr dans un portrait consacré au maître en 2015, il apportera son soutien aux socialistes François Mitterrand (en 1981) et Ségolène Royal – lors de sa campagne malchanceuse de 2007-.

Côté vie privée, il a été marié à l’actrice (de cinéma et surtout de théâtre) suisse Eléonore Hirt en 1954. Ils auront une fille. Plus tard, il aura une longue liaison avec la chanteuse Juliette Gréco. En 1978, il épousera une scénariste avec qui il adoptera deux enfants.

Le mariage "discret" de Gréco et Piccoli (archives INA)

Revoyons sa carrière en images, notamment par le biais de quelques films cultes :

"Le Mépris" de Jean-Luc Godard, 1963

"Et mes fesses… Tu les aimes, mes fesses ?"… Qui ne se souvient pas des questions anatomiques d’une Brigitte Bardot nue et lascive ? C’est à Piccoli qu’elle les adressait. Le film le propulsera au-devant de la scène. ""Le Mépris" m’a donné parmi les plus beaux moments que j’ai pu vivre avec mon réalisateur et mes partenaires. Tous, Fritz Lang (acteur dans le film, ndlr), Bardot, l’équipe des techniciens, nous travaillions dans la joie, mais aussi avec une sévérité exceptionnelle. Il est rare qu’un film suscite à la fois autant de joie et de concentration." dira-t-il à l’express.fr.

Bande-annonce du "Mépris" de Godard :

Avant le Mépris, durant une petite vingtaine d’années, Piccoli va se frotter aux spots des projecteurs avec des œuvres comme Le parfum de la Dame en noir (Louis Daquin), le Point du Jour (du même réalisateur, son premier grand rôle), French Cancan (Jean Renoir), les Grandes Manoeuvres (René Clair) ou Le Doulos (Jean-Pierre Melville).

Entretien avec l'acteur, en novembre 1968 (archives SONUMA de l'émission "omenscope")

"Belle de jour", Luis Bunuel, 1966

Film critique de la bourgeoisie, Catherine Deneuve, avec ses airs d’Emma Bovary, y crève l’écran. Trois ans plus tôt, il avait joué aussi dans un autre film phare du maître Bunuel : Le journal d’une femme de chambre. En 1974, il poursuivra l’aventure avec le réalisateur espagnol dans Le charme discret de la Bourgeoisie.

Bande-annonce "version 2017" réalisée à l’occasion du cinquantième anniversaire du film :

"Les Choses de la vie", Claude Sautet, 1970

Piccoli et Sautet, c’est du sérieux. Retenons aussi Max et les Ferrailleurs, César et Rosalie (il fait le narrateur), François, Vincent, Paul… et les autres (1974) et Mado (1976).

 

Bande-annonce des "Choses de la vie" de Claude Sautet (1970)

"La grande bouffe", Marco Ferreri, 1973

Scandale à Cannes en 73. Le cinéaste italien venait présenter au gratin son dernier film, la Grande Bouffe. Réunissant Philippe Noiret, Marcello Mastroianni, Ugo Tognazzi, Andrea Ferréol et Piccoli, le film est une violente attaque la société de consommation et (encore) la bourgeoisie. Public et presse se déchaîneront avec une violence rare. C’est que l’œuvre choque, à cause de ses scènes crues, morbides et scatologiques. " On nous a reproché d’être grossiers et vulgaires, dit Michel Piccoli à Télérama, mais c’est tout le contraire, La Grande Bouffe est un film d’amour. Amour des gens, amour des hommes et amour de la femme." Grand acteur et homme de convictions, Piccoli n’a pas eu froid aux yeux en tournant ce pamphlet. De nos jours, le film, bien que toujours choquant pour d’aucuns, fait partie du panthéon cinématographique franco-italien.

"La Passante du Sans-Souci" de Jacques Ruffio, 1982

Grand film que cette Passante du Sans-Souci. Piccoli rejoint encore une fois Romy Schneider. Il interprète un patron d’une ONG fou d’amour pour son épouse. Cette dernière offrira au film, qui fait écho aux difficultés personnelles de l’actrice d’origine allemande à ce moment (particulièrement au décès accidentel de son fils), des scènes bouleversantes. Ce sera le dernier film dans la cinématographie de la charismatique actrice. Le réalisateur, Jacques Ruffio, est quant à lui, décédé en 2016.

 

 

"Habemus papam" – Nanni Moretti, 2011

Un pape, franchement appelé à régner, est pris d’une panique monstre avant de se montrer au balcon de Saint-Pierre de Rome. Le moment est troublé dans la petite communauté vaticane, et un psychanalyste (Moretti lui-même) va venir au chevet de l’homme d’église récalcitrant. Piccoli est un Saint-Père plus vrai que nature dans cette comédie tendre. Le long-métrage sera applaudi par la critique et sélectionné à Cannes. Anecdote du film, le nom de Piccoli dans le film est Melville. Il s’agit d’un clin d’œil au célèbre réalisateur français. Jean-Pierre Melville.

Bande-annonce du film de Nanni Moretti

Petite galerie images :

"L'album souvenir" de Michel Piccoli (Archives SONUMA 1987) - l'artiste se confiait dans l'émission "Cargo de Nuit" 

Hommages sur la Une et la Trois

La Une et la Trois vont rendre hommage à Michel Piccoli à travers la diffusion de deux de ses films parmi les plus emblématiques.

Ce lundi soir : le 2e film de la séance VIP : Milou en Mai en hommage à Michel Piccoli.

La Une diffuse  à 22h05 le film MILOU EN MAI  réalisé par Louis Malle où Michel Piccoli jouait aux côté de Miou-Miou. Rôle pour lequel il avait été nommé au César dans la catégorie Meilleur Acteur.

" Le film raconte une dispute au sein d'une famille bourgeoise de province pour le partage de l'héritage autour du cadavre d'une défunte, sur fond de Mai 68.. Michel Piccoli joue Milou Vieuzac, le fils épicurien et grand rêveur et qui vit avec sa mère dans la grande maison familiale…

Un jour, alors qu'il est sorti, celle-ci meurt soudainement d'une crise cardiaque. C'est le commencement de la réunion de famille qui doit décider des modalités de l'enterrement de la mère, que l'on veille pendant que la révolte étudiante éclate à Paris. La défunte est alors devenue l'" âme " de la famille et de la maison sur fond de crise, de règlements de compte, alors que dehors le monde change brutalement. Avec la grève générale, l'enterrement se fait plus compliqué, exacerbant les tensions ".

Ce jeudi 21 mai :

La Trois diffusera  à 21h05 : Les choses de la vie, un film de Claude Sautet avec Michel Piccoli et Romy Schneider. Suivi du Hep Taxi qui lui fut consacré en 2011. La soirée se terminera avec l’émission Cinéscope.

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