Medialab: chasser les fake news est devenu un métier

Comment lutter contre la désinformation? En quoi les nouvelles technologies vont-elles nous aider à débusquer ces fausses informations ? Rencontre avec un chasseur d'infox, Denis Teyssou, journaliste, responsable du Medialab à l'Agence France Presse.

Les principales activités du Medialab de l'AFP consistent à travailler sur la vérification de l'information à travers deux projets européens: InVID, sur la vérification des vidéos sur les réseaux sociaux et We Verify, sur la propagation des fausses informations sur les réseaux sociaux. Pour cela, le laboratoire utilise les technologies de la computervision, tout ce qui porte sur la vision par ordinateur et la propagation sur les réseaux sociaux.

"Fake news low cost"

Lorsqu’une photo ou une vidéo est accompagnée d'un texte qui ne lui correspond pas, les machines peuvent aider les humains à le détecter. Explique Denis Teyssou:  "Ce qui marche bien est la similarité d'images. C'est-à-dire ce que l’on va aller regarder si cette image n'est pas déjà disponible dans les index des différents moteurs de recherche. Pour voir si cette image n'a pas déjà été publiée quelque part. InVID permet de fragmenter une vidéo en plusieurs images clés, et de les envoyer vers six moteurs de recherche différents pour voir si ces images n'ont pas déjà été publiées dans le passé. C'est ce qui sert aujourd'hui à un grand nombre de " fact checkers " dans le monde pour vérifier si ces vidéos ont déjà été publiées auparavant. Ce qui est très fréquent. Ce sont des fake news low cost, c'est-à-dire des images ou des vidéos qui ont été décontextualisées."

Un partenaire belge spécialisé dans les campagnes électorales

Mais des fausses images peuvent sortir aussi bien sur Instagram que sur Facebook ou YouTube, et WhatsApp. Ce qui accroît la difficulté de trouver l'origine exacte de ce contenu. Et c’est sur quoi va porter ce nouveau projet européen We Verify, qui a commencé le 1er décembre dernier. "On travaille d'ailleurs avec un partenaire belge, l'ONG EU DisinfoLab, à Bruxelles. Il est spécialisée dans le sourcing des fausses informations, au niveau des élections notamment, des campagnes électorales."

Pas de contrôle automatique avant longtemps

Dans les projets actuels, quelle est encore la part de l'humain et la part de la machine, de l'intelligence artificielle? Pour Denis Teyssou, l'humain reste au centre des recherches en termes de développement. " L'intelligence artificielle ou la technologie aident évidemment l'humain à être beaucoup plus efficace et à retrouver de la connaissance par rapport à l'objet qu'il est en train d'essayer d'analyser. Je ne pense pas que dans un futur proche on va avoir un système 'tout automatisé' qui va permettre de faire quelque chose. "

Quand la technologie se mord la queue

L’ironie du sort est que ce sont les nouvelles technologies qui vont permettre de lutter contre les fake news qui, elles-mêmes utilisent les technologies comme outils de diffusion.

"Vous avez beaucoup d'investissements dans les effets spéciaux sur le cinéma, et ces mêmes effets spéciaux sont à l'origine de nouveaux types de fake, qu’on appelle les deepfake, c'est-à-dire les faux générés entièrement par l'intelligence artificielle. C'est une course permanente du chat et de la souris".

Algorithme et objectivité

Utiliser un algorithme pour débusquer les fake news n’introduit-il pas un biais d’onobjectivité? Sans doute, reconnaît le journaliste, mais pas plus qu’un être humain qui sera victime de biais idéologiques. "Un algorithme, notamment en matière d'intelligence artificielle, va essayer à partir d'un corpus existant et trouver si une information est fausse ou à quel degré elle peut être considérée comme fausse. Et ça va dépendre de ce corpus-là. C'est-à-dire que si on met quelque chose qui sort de ce corpus, les résultats sont en général nettement moins bons. C'est donc toujours un dilemme de savoir si un algorithme pourra réellement trouver ce qu'on cherche. D’où l’importance de la transparence des algorithmes pour éventuellement comprendre pourquoi l’on arrive à tel ou tel résultat."

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