Marie-Rose Morel: le sujet de la RTBF qui fâche en Flandre

Les funérailles de Marie-Rose Morel à Anvers samedi 12 février
Les funérailles de Marie-Rose Morel à Anvers samedi 12 février - © Les funérailles de Marie-Rose Morel à Anvers samedi 12 février

Le reportage de la RTBF sur les funérailles de l'ex-députée du Vlaams Belang, diffusé samedi, suscite la polémique. Au nord du pays, certaines réactions sont virulentes. Pourquoi une telle émotion ? Tentative de réponse avec le politologue Dave Sinardet.

Des médias qui affichent leur colère au nord du pays, tandis qu'au sud, on s'étonne (lire ci-dessous). Une certitude : le reportage diffusé samedi sur la RTBF ne laisse pas indifférent. On peut même dire que le sujet est devenu hyper sensible entre les deux communautés médiatiques et politiques du pays. 

Pour Dave Sinardet, politologue à la VUB et à l'Université d'Anvers, qui a fait sa thèse de doctorat sur le rôle des médias dans les conflits communautaires, il faut essayer de comprendre les deux points de vue.

D'un côté, dit-il, on peut comprendre que les francophones soient surpris par le fait que le Vlaams Belang est traité en Flandre "comme un parti comme les autres".

D'un autre côté, beaucoup de Flamands ont suivi toute la couverture médiatique faite autour de la personnalité de Marie-Rose Morel et de sa maladie. Sa souffrance les a émus et ils ont vu en elle davantage cette maman qui se battait contre le cancer que celle qui fut une responsable politique xénophobe.

Du côté francophone, dit-il, c'était sans doute la première fois qu'on entendait parler de Marie-Rose Morel, au travers d'un reportage qui manquait de nuances.

Pour Dave Sinardet, il y a en effet "quelques fautes et omissions importantes" dans le reportage diffusé par la RTBF. Le journaliste n'a, par exemple, "pas expliqué que les principaux leaders du Vlaams Belang n'étaient pas invités aux funérailles. Il n'a pas expliqué non plus le rôle que Marie-Rose Morel a joué dans la division du Vlaams Belang. En plus, depuis sa maladie, Marie-Rose Morel ne s'était plus beaucoup exprimée sur la politique, contrairement à ce qu'on dit dans le reportage. Certaines formulations ont également été mal choisies", explique-t-il. 

Une tendance à la caricature

Autre grand problème, selon lui, les médias ont actuellement tendance à renforcer cette incompréhension en "homogénisant" leurs propos. Le politologue s'explique en citant en exemple le titre utilisé ce lundi par Het Laatste Nieuws : "Walen misbruiken dood Morel" ("Les Wallons utilisent la mort de Morel").

Pour lui, c'est exagéré, "si on veut critiquer le manque de nuance du reportage de la RTBF, il ne faut pas non plus tomber dans la caricature. Un reportage de la RTBF ne signifie pas qu'il se fait le porte-parole de tous les Wallons". Autrement dit, on ne peut pas résumer le fait d'un journaliste à tous les Wallons.

Tout comme "il ne faut pas dire que Het Laatste Niews représente tous les Flamands" ou que "toute la Flandre est derrière le Vlaams Belang", comme sous-entendu dans le reportage.

Pour lui, les réactions sont beaucoup plus nuancées qu'elles n'y paraissent. "Sur Twitter, par exemple, j'ai vu que des francophones s'indignaient de ce reportage et inversement, que des Flamands ne comprenaient pas le problème, ni toute l'attention médiatique flamande pour Morel".

Des médias qui ont du mal à se remettre en question

Tant au sud qu'au nord du pays, les médias ont du mal à se remettre en question, ajoute-t-il. "Il y a parfois un problème d'auto-critique mais dans le contexte actuel de la crise communautaire les médias, et souvent involontairement, ont plutôt tendance à mettre de l'huile sur le feu que d'avoir un point de vue plus objectif ou nuancé".

Dave Sinardet met notamment en cause "notre système politique". Le fait qu'un élu n'est responsable électoralement que devant sa propre communauté et pas devant les électeurs de tout le pays. Un problème pour les débats dominicaux où les journalistes ont du mal à faire venir telle ou telle personnalité politique de l'autre côté de la frontière politique car électoralement cela n'est pas intéressant pour eux, explique-t-il. C'est ça qui, selon lui, crée aussi des clichés et des malentendus.

Avec la crise politique, ce qui est positif c'est que chaque communauté s'intéresse davantage à l'autre, précise-t-il. "On est sensible à l'image que l'autre donne de nous mais on est pas encore assez sensible à l'image que nous donnons de l'autre".

Les réactions

Les condamnations sont unanimes en Flandre mais le plus virulent est Het Laatste Nieuws avec son "Walen misbruiken dood Morel" ("Les Wallons utilisent la mort de Morel"). Dans son édito, le journal parle même de "scandale absolu".

Sur deredactie.be, on titre de manière ironique : RTBF : "du travail journalistique équilibré".

Het Nieuwsblad parle, lui, de "francophones qui trouvent la sympathie pour Morel totalement déplacée". De Standard, lui, a préféré mettre en avant "les excuses de la RTBF pour son reportage sur Marie-Rose Morel".  Quant au De Morgen, le plus modéré, on utilise plutôt des pincettes avec ce titre : "La RTBF voit dans les funérailles de Morel la rupture du cordon sanitaire". 

Notons qu'au travers de toutes ces récriminations, c'est surtout la dernière phrase du reportage qui semble avoir le plus choqué : "Aujourd'hui, la Flandre rend hommage à ce que les médias flamands appellent une héroïne de la lutte contre le cancer. Et peu importe semble-t-il, si ce cancer a servi à renforcer médiatiquement son parti d'extrême-droite", concluait le journaliste.

A la RTBF, en tout cas, on "assume pleinement ce reportage" même si on "regrette qu'il ait pu choquer certains téléspectateurs, à un moment où l'émotion était sans doute à son comble".

C. Biourge

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