Marc Moulin : de la radio à la musique, de l'eurovision à la bande dessinée, un grand de la RTBF !

Marc Moulin
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Marc Moulin - © RTBF

Cela fait dix ans que Marc Moulin s’en est allé dans les pays de l’autre côté, selon l’expression de Julos Beaucarne… Ce touche-à-tout de génie aurait pu, peut-être, devenir aussi un grand scénariste du neuvième art ! Mais sa collaboration avec Hugues Dayez, dans ce domaine, ne fut qu’éphémère… Tout en méritant d’être mise en avant aujourd’hui ! Une bd non publiée à découvrir ici…

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Marc Moulin et Hugues Dayez : deux hommes de radio qui, un jour, se sont retrouvés côte à côte pour une émission d’humour. Deux collègues de travail pour lesquels le sourire se devait de se tapir, toujours, au creux des mots. Deux artistes, chacun à sa manière, qui un jour se sont rencontrés, se sont découverts des affinités, et ont décidé de vivre ensemble l’aventure d’une création dessinée…

Le résultat, c’est une bande dessinée qui n’est jamais parue en album, mais dont tout le scénario et tout le crayonné ont été créés. Une bd de facture classique, certes, tant au niveau du graphisme que de la linéarité littéraire, mais une bd qui révélait chez Marc Moulin un regard acéré sur le monde qui était le sien, et sur ce qu’il était en train de devenir.

En 1995, date de cette collaboration, on parlait encore peu d’internet… Dans le récit de Marc Moulin, il est déjà bien présent, pourtant ! Tout comme le pouvoir mondial des entreprises pharmaceutiques et leurs dérives mortelles.

Il y a dans cette bd un petit côté visionnaire étonnant. Et dans le dessin de Hugues Dayez, une approche joyeuse et souvent réussie des visages et de leurs expressions, et quelques maladresses " juvéniles " dans les décors et les proportions. Mais l’ensemble est bien construit, raconte une histoire qui ne perd personne en cours de route.

Cette bande dessinée non aboutie, et que j’ai eu le plaisir de lire, de découvrir, montre un Hugues Dayez inattendu, metteur en scène, en quelque sorte, plutôt que journaliste-chroniqueur cinématographique, avec un beau coup de crayon, et un sens inné de la mise en place des différents personnages.

Cette bd prouve encore plus, si le besoin s’en faisait sentir, tous les talents de Marc Moulin. Dans son scénario, comme chez les grands scénaristes du neuvième art, il s’amuse à orchestrer et à organiser le hasard pour raconter une histoire à la fois souriante et sérieuse.

Mais il s’y révèle également, et surtout peut-être, un véritable dialoguiste. Par le choix de ses mots, bien sûr, par le rythme, également, qu’il leur impose et qui se différencie, phrasé et musique, d’un personnage à l’autre.

Bien sûr, il y a des maladresses dans cet essai, dans cette collaboration complice de deux artistes abandonnant, le temps d’une aventure commune, le métier qui était le leur.

Cela dit, pour l’un comme pour l’autre, le fait qu’aucun éditeur n’ait voulu publier cette aventure écrite et dessinée dans la juste filiation d’auteurs comme Tillieux, cette absence de reconnaissance n’a en rien empêché l’affirmation de quelques autres de leurs talents.

Pour Hugues Dayez, c’est le journalisme, et le cinéma, sans langue de bois.

Pour Marc Moulin, ça a été la musique, l’eurovision, le théâtre, la provocation, l’écriture.

Marc Moulin était un artiste, un de ces journalistes-animateurs-chroniqueurs-humoristes aux talents évidents. Il a été, à l’instar d’autres disparus comme Gérard Valet, Armand Bachelier ou Luc Varenne, entre autres, un des vrais membres actifs et créateurs de la RTBF. Et dix ans après sa mort, il nous offre encore quelques facettes inédites de son plaisir de vivre !

 

Jacques Schraûwen

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