Luc Lang reçoit le prix Medicis pour "La tentation"

Luc Lang reçoit le prix Medicis pour "La tentation"
Luc Lang reçoit le prix Medicis pour "La tentation" - © JOEL SAGET - AFP

 

S’il n’a pas reçu le prix Femina pour lequel il était en compétition, le romancier Luc Lang remporte ce vendredi après midi le prix Medicis pour "La tentation" (Stock). Un roman sombre et puissant qui raconte, à hauteur d’homme, l’histoire d’un monde en train de s’effondrer, a annoncé le jury.

"J’ai essayé d’écrire une apocalypse"

"J’ai essayé d’écrire une apocalypse", confiait récemment l’écrivain âgé de 63 ans.

Le héros de "La tentation", François, la cinquantaine, est un chirurgien renommé. Chasseur, on le découvre au début du roman en Savoie tenant dans sa ligne de mire un grand cerf à seize cors. François hésite, tire et blesse l’animal.

Est-ce là que tout commence à basculer ? François choisit de soigner l’animal plutôt que de l’achever. Alors qu’il s’apprête à rejoindre l’animal blessé, une voiture surgit brutalement sur la petite route de montagne. Dans l’habitacle, François croit voir le visage apeuré de sa fille.

François est père de deux enfants. Mathieu, son fils exilé à New York, est financier international adepte de placements à risques. Mathilde sa fille a abandonné ses études de médecine pour suivre un golden-boy, client de son frère, peu scrupuleux.

A travers ses enfants, François est le témoin d’un monde, le sien, en train de disparaître.

La fin des illusions

Luc Lang, Goncourt des lycéens en 1998, nous raconte depuis des années, à travers ses romans, la fin des illusions. Dans un monde où l’argent est roi quelle place reste-t-il pour des valeurs devenues ringardes comme l’humanisme, la compassion ou la charité ?

Le capitalisme universel est devenu la réalité et nous laisse sans recours

"Le capitalisme universel est devenu la réalité et nous laisse sans recours", déplorait Luc Lang lors de sa rencontre avec l’AFP.

Dans le monde cupide et sans affect incarné par ses enfants, François le chasseur, François l’honnête homme, au sens qu’il avait au XVIe siècle, n’est-il pas devenu la proie comme le cerf qu’il tenait dans sa ligne de mire ?

L’écrivain qui aime les mots rares écrit avec la précision du chirurgien maniant son scalpel. En lisant son roman, on pense évidemment à la "tentation du désespoir" de Bernanos

Le roman s’achève dans une explosion de violence, une apocalypse où, étrangement, l’espoir demeure. "Je voulais une apocalypse joyeuse", avait confié l’écrivain. Une apocalypse comme une rédemption.

Le livre était finaliste du prix Femina décerné mardi à Sylvain Prudhomme pour "Par les routes" (Gallimard).


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Le Médicis étranger a été attribué à l’Islandaise Audur Ava Olafsdottir pour "Miss Islande", traduit de l’islandais par Eric Boury (Zulma). Le Médicis essai a été attribué à Bulle Ogier et Anne Diatkine pour "J’ai oublié" (Seuil).

 

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