Coronavirus en Belgique : "Aller au cinéma, ça reste un acte social", affirme le réalisateur Luc Dardenne

Où en est l’industrie du cinéma en Belgique ? Si à l’extérieur, tout semble arrêté depuis le 28 octobre, les tournages continuent, avec l’espoir que les salles obscures pourront rouvrir rapidement. Grâce au fonds de garantie et l’augmentation des aides de la Fédération Wallonie-Bruxelles, tous les films francophones prévus en 2020 ont pu être tournés. Et pour l’accueil du public ? "J’espère que ce sera en mars", avouait le réalisateur Luc Dardenne ce mardi dans Matin Première. Une période qui correspond au moment où la vaccination devrait battre son plein, et dont toute la profession, mais aussi les politiciens, parlent. "J’espère surtout qu’on va avoir une date, pour qu’on puisse se préparer, que les distributeurs puissent se préparer pour ventiler leurs sorties de films", rappelle le réalisateur de 'Rosetta' ou 'L’Enfant'.

Car avec autant de films laissés en suspens pendant des mois, il faudrait éviter un engorgement au moment où tout rouvrira. Mais comment les salles rouvriront-elles ? Avec quelle jauge ? Luc Dardenne parle d’une possibilité de les remplir à 30% de leur capacité. "Il faut qu’on puisse payer le personnel, si on n’a pas d’aide complémentaire, avec 30%, on ne s’en sort pas, rappelle-t-il. Je pense que la Fédération Wallonie-Bruxelles va réfléchir et nous écoutera pour qu’on puisse reprendre avec une jauge qui serait de 30%."


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Il faudra également penser à coordonner la réouverture des cinémas avec celle de nos voisins français, note Luc Dardenne. "Comme on a beaucoup de films identiques, nos distributeurs du Benelux doivent pouvoir faire la promotion de leur film au même moment que la promotion française", rappelle-t-il, en tant que président du CA du cinéma 'Le Palace', à Bruxelles. Il faudra également compter sur l’apport des blockbusters, les films à gros budgets. Car on ne peut pas s’en passer, rappelle Luc Dardenne : "Pour que les salles et les distributeurs restent en vie, il faut qu’on ait encore les films importants, américains ou français, les grandes comédies, et qu’ils drainent le public vers les salles."

La crise du covid-19 a toutefois donné un sérieux coup dans l’aile au cinéma… et à l’inverse, elle a fait s’envoler les plateformes de streaming et VOD, comme Netflix ou Amazon Prime. Alors le public va-t-il vraiment retourner au cinéma ? Oui, selon Luc Dardenne : "En Europe, nous avons une culture de la salle, rappelle-t-il. L’intérêt pour la sortie en salle reste énorme." Pour cela, le réalisateur plaide pour une bonne "chronologie", avec un délai d’un mois entre la sortie en salles et la disponibilité sur plateforme. "Il faut qu’un film vive un certain temps, qu’on le laisse vivre en salle avant d’être sur la plateforme", conclut-il.

Une série Netflix des frères Dardenne ?

Pour Luc Dardenne, il n’y a pas tellement lieu de s’inquiéter pour la fréquentation, comme lorsque la télévision était arrivée dans nos foyers dans les années 1960. "Aller au cinéma, ça reste un acte social, affirme le réalisateur. Sortir de chez soi, aller dans une salle et surtout, pouvoir reparler de ce film, c’est une manière de vivre." D’autant plus que plateformes et cinéma classique ne sont pas incompatibles. "Il faut autant sur les plateformes que dans les salles, il y ait une diversité, il y ait des blockbusters et des films d’art et d’essai", note Luc Dardenne.

D’ailleurs, outre les plateformes de niche, catégorisées 'films d’auteur' ou 'classiques' (Mubi, Tënk, LaCinetek, Henri…), les plus populaires ont fait appel à des grands noms du cinéma : David Lynch, Martin Scorsese, Jane Campion, etc. Bientôt une série Netflix par les frères Dardenne ? "Pourquoi pas", sourit Luc, même s’il reconnaît que les séries ne sont "pas sa tasse de thé".


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Plus concrètement, Luc Dardenne dit se réjouir que son appel à réformer le statut des artistes en mai dernier ait "été entendu". "Le fait qu’il n’y ait pas un statut d’artiste désengagé de la législation sur le chômage, c’est une preuve que nos responsables politiques n'ont jamais vraiment réfléchi à la culture, martèle-t-il. On ne parle jamais de la culture. On est considérés comme non-essentiels." Et le réalisateur de faire un parallèle osé avec l’actualité américaine, et l’envahissement du Capitole par des manifestants pro-Trump : "Quand il n’y a pas de culture, voilà ce qui se passe".

La fiction va prendre un peu de temps avant d’approcher cette crise

Selon lui, le désintéressement des politiciens en Belgique sur la question de la culture a transformé le statut d’artiste en celui de chômeur. "On va avoir un nouveau statut qui va permettre aux gens, quand ils n’ont pas de travail, d’avoir une rémunération correcte", se félicite Luc Dardenne. Aujourd’hui, sur environ 15.000 à 100.000 artistes, seuls 7000 bénéficient d’un statut d’intermittent du spectacle, et donc d’une allocation de chômage de 800 euros à 1100 euros, pour une période de prestation d’au moins 312 jours sur une période de 21 mois.


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Les frères Dardenne, célèbres pour leurs descriptions des réalités sociales parfois très dures, s’attaqueront-ils à la crise du covid ? En tout cas, pas tout de suite : si les deux réalisateurs tournent cet été, cela n’est pas "lié", précise Luc. "Mais je pense que le cinéma reste un art très lié au présent, rappelle le réalisateur. Je pense que la fiction va prendre un peu de temps avant d’approcher cette crise."

Un film qui sera peut-être récompensé de la Palme d’Or à Cannes, que les frères Dardenne, lauréats en 1999 et 2005, connaissent bien. Le plus célèbre des festivals de cinéma se déroulera-t-il cette année d’ailleurs ? Luc Dardenne en est convaincu : "Je pense qu’il aura lieu, soit fin juin, soit fin juillet, soit fin août, affirme-t-il, citant les propos du délégué général du festival, Thierry Frémaux. C’est important pour tout le monde."

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