Lors d'une manif, comment compter les manifestants ?

RTBF
RTBF - © RTBF

Depuis quelques jours, la bataille des chiffres des manifestants s'est engagée en France. Soulignant les écarts entre les résultats de la police et ceux des syndicats, les journalistes ont décidé de s'en mêler, quitte à fâcher.

L'exemple de Marseille, reste un cas d'école: mardi 12 octobre, les manifestants étaient au nombre de 230 000 selon les syndicats et de 24 500 pour la police. Une différence de 1 à 10 qui commencent à éveiller les soupçons... "Nous n'avons aucun intérêt à dire qu'il y a moins de monde que dans la réalité. Notre rôle n'est pas de masquer l'ampleur d'un mouvement social, bien au contraire", affirmait mercredi David-Olivier Reverdy du syndicat de police "Alliance". Alors que du côté de la CGT, on réfutait, de plus belle, une quelqconque exagération.

Mais cette fois-ci plusieurs journalistes ont eu la même idée pour en avoir le coeur net : procéder à leur propre comptage. A Médiapart (site payant) à Paris, huit journalistes se sont répartis tout au long du défilé. Leur résultat est une surprise, près de 76 000 personnes, bien moins que les syndicats mais aussi moins que les policiers.

A Marseille, où la question est de plus en plus polémique, l'AFP, France Bleue Provence et la télé locale LCM se sont donné le même exercice, arrivant à "une estimation comprise entre 16 860 et 21 690". Et enfin à Brest, en Bretagne le journal Ouest France a évalué la mobilisation à 11 000 manifestants, quand la police en comptait 8000 et les syndicats 20 000.

 


Chiffres des manifs : pourquoi une telle différence? (Marseille)
envoyé par LCM. - L'info internationale vidéo.

Une forme de référendum

De plus en plus, une méfiance est née vis-à-vis des chiffres communiqués par l'administration. Et les accusations portées mercredi par le syndicat policier Unité SGP Police / Force Ouvrière, contre la préfecture de Marseille n'arrange rien. Dans un communiqué, le syndicat dénonce la hiérarchie policière qui "confond les limites entre politique et service public." Selon lui, cette façon de "travestir" la contestation sociale risque en définitive de "ridiculiser la police".

Les préfectures n'ont commencé à compter qu'après 1968, mais c'était avant tout pour régler les problèmes de circulation. Alors pourquoi la question est-elle devenue si sensible ? Dans Le Figaro du 12 octobre, l'historienne Danielle Tartakowsky rappelle que cette politisation date seulement des grèves de 1995 : "C'est Alain Juppé qui, le premier, théorise cette vision des choses en déclarant qu'à partir de 3 millions de personnes dans la rue, il démissionnerait. Les Guignols de l'info, sur Canal +, inventent alors le 'Juppéthon', parodie du Téléthon." D'après l'historienne, par la suite, ces comptes sont petit à petit devenus une nouvelle forme de "référendum d'initiative populaire".Vrai ou faux débat, la bataille des chiffres n'est en tout cas pas prête de se terminer. Pour mettre fin au débat, peut être faudrait-il faire comme le conseillait, mardi, un manifestant à l'AFP : "Vous devriez engager des bergers, eux, ils sont habitués à compter leur troupeau".

VG

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK