Libraire, professeur, journaliste… ces métiers bouleversés par l'apparition du web

Libraire, professeur, journaliste… ces métiers bouleversés par l'apparition du web
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Développeur, community manager, référenceur… nombreux sont les métiers qui existent aujourd’hui grâce au World Wide Web, inventé il y a trente ans dans les locaux du Cern à Genève (Suisse). Et du côté des métiers plus « classiques », on ne travaille plus non plus de la même façon qu’il y a trente ans.

Le temps où un journaliste ne pouvait compter que sur son réseau et où il fallait attendre la publication du journal pour s’informer est révolu. Même nos facteurs ont troqué la bicyclette contre une camionnette face à l’augmentation constante de colis commandés en ligne. Cette professeure et ce libraire sont eux aussi convaincus que le web a complètement transformé leur profession.

Julie, professeure de Philosophie et Citoyenneté

Nombreux sont les cours où l’on demande aux jeunes élèves d’effectuer un travail de recherche. Avec internet, force est de constater que les écrans ont remplacé les bonnes vieilles bibliothèques dans de nombreux cas de figure.

Dans un monde pollué par des fake news, de nouvelles compétences sont attendues de la part des élèves. Comment évaluer la fiabilité d’une source ? « Dans mon cours, on parle beaucoup d’éducation aux médias », explique-t-elle. Mais tout le personnel enseignant ne serait pas sensibilisé à la question du numérique, et Julie le constate au quotidien : « Peu de collègues passent du temps pour aider l’élève à effectuer une recherche correcte, à travailler sur la fiabilité des sources. On laisse ça au professeur de Français ou à moi. Le professeur de Sciences ne va pas forcément travailler sur la fiabilité des sources avec ses élèves, et c’est peut-être dommage », déplore-t-elle.

Longtemps pointée du doigt, l’encyclopédie libre Wikipédia a permis à des générations d’écoliers d’affiner leur pratique du copier-coller, reprenant parfois mot à mot certains articles. Bien qu’un professeur ne soit pas l’autre, Julie reconnaît devoir redoubler d’efforts à cet égard : « Lorsque je me rends compte qu’il y a des phrases extrêmement bien écrites dans un travail, je recherche ces phrases sur Google et j’agrafe l’article correspondant au travail de l’élève ». À bon entendeur…

L’enseignante est cependant persuadée que la responsabilité doit être partagée entre élèves et professeurs. « Quand on leur demande de faire une recherche, ils sont seuls chez eux, parfois simplement sur leur téléphone, même pas sur l’ordinateur, et ils ne savent pas comment faire », avance-t-elle. Le problème viendrait des programmes scolaires qui ne seraient plus en phase avec notre société contemporaine.

Nicolas, libraire chez Pax à Liège

Il en est convaincu, internet a complètement révolutionné les métiers du livre et le monde de l’édition. Pour lui, le web permet de partager davantage qu’auparavant. « On trouve aujourd’hui toute une communauté de lecteurs, blogueurs, Youtubeurs ou encore influenceurs, qui permettent de découvrir de nouveaux ouvrages. Je pense que c’est une bonne chose, tant pour les lecteurs que pour nous », se réjouit-il.

Attention cependant au revers de la médaille. Impossible de parler des relations entre les libraires et le web sans mentionner les ravages du géant de la vente en ligne Amazon, dont le CEO fait partie des plus grosses fortunes mondiales. « L’apparition d’Amazon a permis aux clients de se rendre compte qu’il y avait une différence de prix de 12 à 14% sur une partie des livres vendus en Belgique », explique-t-il. Bien qu’elle ait tardé à arriver, une réponse politique à ce problème existe désormais au travers du prix unique du livre.

Cette différence de prix n’est pas le seul écueil de l’e-commerce : « Un libraire ne peut pas disposer de tous les ouvrages disponibles. Vous faites des choix, en fonction de la taille de votre librairie. L’e-commerce propose l’intégralité du catalogue, ce qui fausse la donne chez les clients : ils croient que l’on peut tout avoir tout de suite », explique Nicolas.

Pourtant, les lecteurs auraient tout à gagner s’ils privilégiaient le contact humain. « Les algorithmes ne constituent pas un véritable conseil. Ce n’est pas comparable à une discussion entre le libraire et son client. Parfois, et même souvent, cela ne les aide pas à trouver le livre qu’il leur fallait. »

La librairie Pax a néanmoins décidé de prendre le contre-pied des géants de l’e-commerce. Une plateforme en ligne permet aux clients de consulter l’intégralité de la collection proposée par l’établissement. « La différence, c’est qu’on demande au client de venir rechercher ses achats en librairie pour garder et conserver ce contact avec le client », se félicite le libraire.

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