Les superhéros: une autre manière de découvrir l'histoire récente des USA

Une autre façon de voir les superhéros ?
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Une autre façon de voir les superhéros ? - © The Secret Life Of Superhero Toys By Edy Hardjo

Depuis quelques années, les films et les BD de superhéros américains ont envahi les écrans de cinéma et les rayons des librairies. Les films planent au sommet du Box-office et les «comics» ne se sont jamais aussi bien vendus. Mais malgré ce succès, les critiques sont nombreuses. On leur reproche des scénarios faciles, et leur côté "bons sentiments à l'américaine". Et pourtant, si l’on creuse un peu, on découvre qu’ils sont aussi un surprenant moyen d’explorer l'histoire américaine récente.

Depuis une dizaine d’années, ils ont conquis les écrans de cinéma. Les superhéros américains sont partout. Spiderman, Batman et autres Captain America se sont hissés au sommet du box-office, le hit-parade des films les plus regardés. Il n’y a plus une année sans sa nouvelle version de Batman, son nouvel épisode des X-men ou quelques nouvelles toiles de Spiderman.

Et ce succès à l’écran a plusieurs conséquences indirectes. Difficile de rencontrer trouver un magasin de jouets qui ne vend pas la dernière Batmobile. Impossible de fréquenter les allées d’une librairie sans tomber sur un album de Spiderman ou de Green Lantern. C’est en particulier du côté des librairies que le succès est le plus évident. En 2014, sur un marché de la BD en stagnation, le rayon des "comics" est le seul à avoir vu ses ventes progresser.

Selon Claude de Saint-Vincent, grand patron du groupe "Média-participation", qui contrôle les éditions "Dupuis", "Dargaud", "Lombard", mais aussi "Urban Comics", spécialisée dans les superhéros, "c’est un phénomène semblable à celui qui a porté le manga japonais vers des succès commerciaux importants dans les années 90. En Europe, le cinéma a donné une seconde jeunesse à des héros de BD qui existent parfois depuis plus de 60 ans".

Au delà du mépris

Malgré son succès commercial croissant, ce secteur de la BD est toisé, voir méprisé, par de nombreux lecteurs. Nombreux sont ceux qui refusent de lire ces albums si éloignés des sentiers battus de la BD européenne, et qui n’ont qu’un lointain rapport avec la fameuse école franco-belge.

Pour d’autres, ces "comics" sont avant tout un moyen, pour l’industrie culturelle américaine, d’imposer ses scénarios faciles, et surtout de faire passer, à la grosse louche, ces "bons sentiments à l'américaine", empêchant que la moindre histoire ait une fin sans "Happy-end".

Et pourtant, une récente exposition lors du Festival International de la BD d’Angoulême, a démontré que ces "comics" recélaient une richesse inattendue. Cette exposition a permis de convaincre des milliers de visiteurs qu’il valait parfois la peine d’aller au-delà d’un anti-américanisme de bon ton, courant en Europe.

L’exposition était consacrée à Jack Kirby, une légende des BD de superhéros. C’est sous son crayon que sont nés de grands noms de l’univers de la cape et du masque mystère. On peut citer Captain America, Hulk, X-Men et des dizaines d’autres héros méconnus chez nous.

Jean Deppelley, biographe de Jack Kirby a mis sur pied cette exposition. Il souligne que "d’un point de vue graphique, Kirby a révolutionné le genre. Il a impulsé mouvements et énergie à ces dessins de superhéros. Il se dégage plus d’énergie d’un coup de poing dessiné par Kirby que de l’ensemble d’un album, dessiné par un de ses prédécesseurs. Tout y était rigide et stéréotypé".

Mais au-delà de ces progrès graphiques, c’est surtout les personnages eux-mêmes qui frappent. Jack Kirby a dessiné pendant plus de quarante ans. Et au fur et à mesure de sa carrière, il a poussé ses superhéros à affronter les ennemis de l’Amérique du moment.

C’est ainsi que Captain America s’en prend à Hitler, dans une ses aventures, dès 1939. Soit deux ans avant l’entrée en guerre des USA contre l’Allemagne nazie… Au début des années 50, ce sont les communistes qui deviennent les adversaires fétiches des superhéros. La guerre froide bat son plein…

Les ennemis de l'intérieur

Ceci dit, si tout cela semble caricatural et assez évident, Jack Kirby sera aussi capable de s’en prendre aux ennemis intérieurs de l’Amérique.

Dès les années 50, les mêmes superhéros dénoncent les dévoiements du Maccarthysme.

Quant à Hulk, né d’une explosion atomique, il montre bien la crainte des américains fasse à une certaine tendance à l’autodestruction, que la guerre froide, contre l’URSS pousse à son sommet.

Enfin, on ne peut s’empêcher de rappeler que Kirby osera créer Black Panther, le premier superhéros noir, dès les années soixante. Le tout dans un pays où les membres du Ku-Klux-Klan, n’hésitent pas à défiler cagoulés, sur les boulevards de Washington.

Cela vaudra d’ailleurs de nombreuses menaces de mort à Kirby. Elles venaient majoritairement du Texas et autres états du sud.

Il est impossible de décrire en un article tous les liens existants entre les superhéros américains et l’histoire des États-Unis de ces 50 dernières années.

 

Il faudrait toute une page pour simplement expliquer une création récente: celle du premier superhéros musulman, fruit des dérives sécuritaires récentes dues aux attentats du 11 septembre 2001.

 

Mais il est clair qu’il est salutaire de ne plus voir Superman, seulement comme "un type qui a la sale habitude de mettre son caleçon rouge au-dessus de ses collants", mais aussi comme le reflet inattendu de l’histoire récente des États-Unis.

Gérald Vandenberghe

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