"Les Marquises", dernier album de Jacques Brel, a 40 ans

Le 17 novembre 1977, il y a tout juste 40 ans sortait le dernier album de Jacques Brel, "Les Marquises". Enregistré en toute discrétion au studio Hoche à Paris, cet album considéré comme une œuvre testamentaire connut un énorme succès dès sa sortie, avec des chansons comme "Les remparts de Varsovie", "Voir un ami pleurer" ou "les Flamingants" .

Jacques Brel n’a plus rien enregistré depuis "L’Homme de la Mancha". Le mauvais accueil réservé à son deuxième long-métrage "Far-West" à Cannes l’a poussé à s’éloigner des médias. Il part faire le tour du monde en bateau, en s’arrêtant aux Marquises. On dit qu’il est malade, on parle même de cancer, pourquoi est-il à Paris ? France Brel, sa fille se souvient.

"Dans toute la vie de mon père, il y a quelque chose d’essentiel, c’est aider l’autre. Et en fait, le producteur de disques Eddy Barclay était dans une période difficile. Et Jacques savait très bien qu’en venant faire un nouveau disque, il allait mettre du beurre dans les épinards. Et Jacques a donc accepté, après de longues hésitations, tout de même, parce que revenir en Europe, pour réenregistrer, recommencer ce métier avec lequel il avait pris tant de distance, ce n’était pas simple comme décision."

Jacques Brel n’a plus qu’un poumon, il se sait condamné. Du 5 Septembre au 1er octobre 1977 au studio Hoche à paris, il enregistre 12 titres, à raison d’une à deux chansons par jour. Il chante l’amour, la mort, l’amitié, des thèmes essentiels pour ce grand artiste

"Il revient avec un univers beaucoup plus descriptif, et on a l’impression qu’il a gommé son "moi", qu’il a gommé ce Brel tonitruant, il dit les choses autrement. Il parle de l’essentiel. Il parle de son état de vieillir. Il parle de son quotidien aux Marquises. Il parle du vent, il parle de la pluie qui là-bas est traversière, il regarde les mêmes choses que dans le "Plat Pays", il regarde le mouvement sur ce qui est figé. C’est une carte postale qui devient un poème. Et puis il parle de l’amitié. La chanson "Voir un ami pleure " est un peu une suite de "Jef". Il faut écouter les paroles, c’est comme s’il poursuivait la conversation avec son ami. C’est comme si le temps et l’espace avaient fait leur travail en même temps. "

"Orly" est une des plus belles chansons d’amour. Un couple enlacé n’arrive pas à se quitter à l’aéroport. L’homme en larmes se détache de la femme. Elle sait qu’elle ne le reverra jamais.

"C’est une chanson très autobiographique. La personne féminine à qui Brel faisait allusion s’est certainement reconnue, elle a dû être bouleversée en écoutant ce poème. En fait ce 33 tours a été pour lui aussi une manière de dire des choses à certaines personnes. "Les remparts de Varsovie" c’est aussi un message à une dame. Et quand on connaît la vie de Jacques on se dit qu'il a dit au revoir à sa manière "

 

La chanson "les Flamingants" enregistrée en 1977 garde tout son sens aujourd’hui.

"C’est toute une histoire, il ne faut pas s’imaginer que Jacques a écrit cette chanson sur un coup de tête : dans beaucoup d’interviews il explique que ses chansons viennent d’anciennes émotions. Et on sait qu’il y a beaucoup d’émotions par rapport à La Flandre, par rapport à son pays par rapport aux flamingants. Et quand il utilise dans cette chanson le verbe "interdire" (" je vous interdis d’éructer mes seigneurs autrement qu’en flamand, (...) et je vous interdis d’obliger nos enfants à aboyer flamand ") il s’agit à mon sens d’une réponse à un parti politique parce qu’ à l’époque quand Jacques faisait ses adieux en novembre 1967 aux Beaux-Arts à Bruxelles, il avait reçu un communiqué de presse qui lui interdisait d’aller chanter sur la Côte belge. C’est sa réponse, l’air de rien, il avait été beaucoup plus blessé qu’il n’y paraissait."

Comment expliquez-vous le succès de cet album 40 ans après sa sortie ?

"C’est un album très ouvert, qui parle de tout, de l’amitié. Mais il parle sans fard. Il n’est plus sur scène. Il peut interpréter ses mots. Le plus important pour Jacques ce n’était pas d’être chanteur. C’était d’être auteur."

 

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