Les femmes parlent deux fois moins que les hommes dans les médias, selon une étude

Les femmes parlent deux fois moins que les hommes dans les médias, selon une étude de l'INA
Les femmes parlent deux fois moins que les hommes dans les médias, selon une étude de l'INA - © ERIC LALMAND - BELGA

Un rapport publié par David Doukhan, chercheur à l’Institut National français de l’Audiovisuel (INA) l’affirme. Les femmes parlent deux fois moins que les hommes dans les médias. Des résultats sans appel, obtenus pour la première fois grâce aux calculs d’une intelligence artificielle.

Un immense volume de données

David Doukhan le précise, « la question de l’égalité entre les femmes et les hommes est un sujet qui suscite de nombreux débats et passions. La description objective des différences de représentation existant entre les hommes et les femmes dans les médias est un enjeu sociétal majeur. »

Au total, ce sont donc plus de 700.000 heures de programmes, dont certains remontent à 2001, qui ont été analysés pour les besoins de ce rapport. Il s’agit là du plus gros volume de données jamais analysé au monde.

Pour obtenir ces résultats, l’auteur s’est appuyé sur un logiciel d’analyse acoustique pour analyser les programmes de 22 chaînes de télévision, depuis 2010, et 21 stations de radio françaises, depuis 2001.

Grâce à une collaboration entre l’INA et le laboratoire d’informatique de l’université du Mans, le logiciel baptisé InaSpeechSegmenter permet de « localiser les zones de parole au sein de documents multimédias, et de déterminer le [genre] des locuteurs ».

Grâce à un algorithme, le logiciel est donc capable de distinguer une voix de femme ou d’homme, selon la fréquence des sons émis. La marge d’erreur serait d’à peine 0,6% selon le chercheur.

Un constat frappant

L’analyse de ces données dresse un état des lieux plutôt alarmant puisque le temps de parole des femmes dans les médias français est tout simplement deux fois plus faible que celui des hommes. Les prises de parole des femmes à la télévision représentent moins d’un tiers du temps de parole alloué (32,7%) et ce pourcentage est encore plus faible à la radio puisqu’il retombe à 31,2%.

L’étude analyse également les spécificités de chaque média. On apprend ainsi que ce sont sur des chaînes comme Teva et Chérie 25, principalement destinées aux femmes, qu’elles ont le plus la parole. Mais même sur ces chaînes, le temps de parole des hommes est plus important. Avec 45% de temps de parole féminin, la chaîne d’info France 24 se classe en troisième position.

Ce sont les chaînes sportives comme Eurosport ou L’Équipe qui offrent le moins temps de parole aux femmes avec des pourcentages respectifs de 7,4% et 16,5%.

Légère amélioration

Toutefois, ces inégalités auraient tendance à diminuer ces derniers temps puisque le temps de parole des femmes à la radio aurait progressé de 4.7%.

« Le taux d’expression des femmes, toutes chaînes confondues, a évolué de 30,4% en 2010 à 35,1% en 2018. Cette évolution est particulièrement visible sur les chaînes publiques (+7%) », affirme David Doukhan.

En ce qui concerne la radio, « le taux médian d’expression des femmes est passé de 25,1% en 2001 à 34,4% en 2018, soit une augmentation d’environ 0,5% par an pendant 18 ans. »

Les nombreux indicateurs générés dans ce rapport seront prochainement publiés sur data.gouv.fr, la plateforme ouverte des données publiques françaises.

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