Les "deepfakes", ces vidéos hyper réalistes bientôt au service des fake news ?

Capture d'écran vidéo Buzzfeed
Capture d'écran vidéo Buzzfeed - © Youtube

Après les articles "fake news", on assiste depuis deux ans à l’émergence de vidéos truquées hyper réalistes, dans lesquelles des personnalités tiennent des propos jamais prononcés. Ces montages nommés "deepfakes" se propagent à tel point sur la Toile que certains présentent cette technologie comme le futur des fake news.

Au départ, les deepfakes permettaient surtout à incruster le visage d’une star dans un film porno ou à faire dire des énormités à des personnalités politiques. Mais aujourd’hui, la technologie étant plus accessible, la crainte est qu’elle soit utilisée à des fins de propagande ou de chantage. Réticent à l’idée de prendre position à ce sujet, le PDG de Facebook Mark Zuckerberg vient finalement de déclarer qu’il serait "sensé que le réseau social se dote d’une politique spécifique en la matière".

"Nos ennemis peuvent nous faire dire n’importe quoi, quand ils le souhaitent"

Quoi de plus parlant qu’un exemple ? L’an dernier, une vidéo publiée par le média Buzzfeed a été massivement commentée. On y apercevait l’ex-président américain Barack Obama déclarer face à la caméra que “Donald Trump est un abruti total”. Barack Obama ferait-il une telle déclaration publiquement ? Probablement pas. Et en effet: c’est en réalité l’acteur Jordan Peele qui est derrière ce "deepfake" bluffant (voir ci-dessous).

"Nos ennemis peuvent nous faire dire n’importe quoi, quand ils le souhaitent […] 'Nous devons être plus prudents avec ce que nous trouvons sur internet”, précise l’acteur.

"Un défi pour la démocratie"

La crise des gilets jaunes l’a encore prouvé : les vidéos en ligne ont une véritable force de frappe. Dès lors, que risque-t-on face à la multiplication de ces "deepfakes"? Pour Paul Scharre, consultant spécialisé en intelligence artificielle au Center for a New American Security, "ces vidéos joueront un rôle dans les campagnes électorales en Europe et aux Etats-Unis ces deux prochaines années. La technologie s’améliorant, les gens vont créer les vidéos pour tenter d’influencer la campagne électorale. Ce sera un défi pour la démocratie".

Si au départ, un ordinateur puissant avec un logiciel combinant des algorithmes était nécessaire pour créer ce type de vidéo, il est aujourd’hui possible de transformer le discours en saisissant du texte. On se souvient du poids des "fake news" lors des élections américaines et du référendum sur le Brexit, quel impact ces vidéos plus vraies que nature pourraient donc avoir ?

Une vidéo "deepfake" de Mark Zukerberg

Comment les débusquer ?

Plusieurs initiatives se mettent en place pour lutter contre ces "deepfakes". Aux États-Unis, l’agence de recherche américaine de défense a par exemple financé des projets à hauteur de 68 millions de dollars et divers médias investissent dans le fact-checking de vidéos. 

Par ailleurs, la technologie n’étant pour l’instant pas optimale, des détails peuvent mettre la puce à l’oreille: un personnage clignant jamais des yeux, une peau à l’aspect étrange, une voix ou des mouvements de bouche peu crédibles… Mais là encore, ce serait compter sur la méfiance des internautes. On l’a pourtant vu avec les 'fake news', il est facile de se faire piéger.

Arrêter de croire aux vidéos ?

Dans un webdoc consacré aux deepfake, CNN s’interroge également sur l’impact que ces vidéos pourraient avoir sur notre rapport à la vérité. “L’audio et la vidéo apparaissent depuis plus d’un siècle comme le socle de la vérité", écrit CNN. Pourtant, "malgré des preuves vidéos, certains questionnent déjà des événements comme l’Holocauste ou les attentats du 11 septembre (...) le conspirationnisme va encore empirer  (...) Le risque principal de ces deepfakes est qu'elles altèrent pour toujours la confiance”.

Ainsi, explique Xavier de La Porte, chroniqueur de France Inter"toute image circulant dans les réseaux deviendrait par essence suspecte, l’image numérique basculerait dans le monde du faux, de la fabrication, on n’y croirait plus du tout”. Et à l'inverse, "quelqu’un qui aura été filmé en train de dire ou faire quelque chose de répréhensible ou de gênant pourra toujours, en l’absence d’autre source, crier au 'deepfake'".

Le Top 10 des vidéos Deepfake

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