Les artistes francophones s'exportent à Beyrouth

Les artistes belges francophones s'exportent à Beyrouth, au Liban
Les artistes belges francophones s'exportent à Beyrouth, au Liban - © RTBF

Le Salon du Livre francophone de Beyrouth a ouvert ses portes ce week-end au Biel (Centre international de conférences et de loisirs de Beyrouth), en plein centre de la capitale libanaise. Pour la 18ème édition, et pendant neuf jours, c’est la Fédération Wallonie Bruxelles qui a été choisie comme invitée d’honneur. Vingt-cinq éditeurs et onze auteurs ont fait le voyage jusqu’au Liban.

Une file de visiteurs impatients se presse devant la table des dédicaces, à l’emplacement réservé pour la "Belgique - Wallonie-Bruxelles". François et Luc Schuiten viennent d’ouvrir la programmation des artistes francophones belges au Salon.

"Awesome !", s’exclame Tania, étudiante en 5è année de graphisme et de design. Son ami, Anthony, nous explique l’importance du travail des deux artistes francophones dans le domaine de l’architecture… dans un anglais parfait. Trois étudiants en illustration ne tarissent pas d’éloges sur l’œuvre dessinée de François Schuiten: "C’est un des plus grands !", s’exclame Joseph. "Mais je ne savais pas s’il était Français ou Belge…". Autant dire que le concept de "Belgique – Wallonie-Bruxelles", choisi pour le Salon, ne parle pas à tout le monde. 

Face à la grande visibilité des artistes français, l’Administrateur général des relations internationales Wallonie Bruxelles (WBI), Philippe Suinen, relativise: "Dans une culture mondialisée, il faut une vision universelle, et des créateurs cosmopolites. Et la Belgique et le Liban partagent une diversité culturelle, mais aussi une diversité dans la créativité qui vient de la différence". D’où le manque de reconnaissance à l’étranger des artistes belges francophones ? Pour le patron du WBI, mais aussi de l’AWEX, également partenaire de la participation belge francophone au Salon, il s’agit de redéfinir le "branding" de la Wallonie et de Bruxelles ; redéfinition qui passe par le concept de cosmopolitisme et d’interculturalité.

Pas gagné ?

Pas sûr. Michel Schwery, directeur d’une des deux plus importantes librairies francophones du pays, reconnaît la valeur des artistes de francophones de Belgique. "Dans nos recherches, nous ne nous focalisons pas sur des Marc Levy, ou des Paulo Coelho. On profite des salons pour dénicher des talents différents. On a rencontré Kitty Crowther (illustratrice et auteure belge pour enfants) à un salon…"

"On connaît bien la Belgique au niveau humoristique, parce qu’il n’y a pas de vrai gouvernement… Comme chez nous!", explique en souriant cet autre libraire francophone. Reste que le domaine d’excellence des auteurs belges francophones à l’étranger, et donc au Liban, est la bande dessinée. Simplement reconnue comme "belge", "c’est incontestablement la bande dessinée qui a une portée importante en termes de ventes".

Vingt-cinq éditeurs et onze auteurs, dont deux dessinateurs de bande dessinée, ont fait le déplacement depuis Bruxelles.

"C’est la seconde fois", précise François Schuiten, entre deux signatures. "Je voulais voir comment la ville s’est transformée aujourd’hui. C’est ça qui est fascinant de voir cette ville : je regrette qu’elle oublie de conserver les traces". A l’image de ses pierres, Beyrouth oublie aussi une partie de son histoire linguistique. Si 60% des habitants disent parler le français, cette langue a tendance à céder le pas à l’anglais, à tout le moins dans les relations professionnelles.  

L’enjeu pour la France, initiatrice par le biais de ses agences culturelles au Liban, est donc important. Dans ce domaine, pourtant, la Fédération Wallonie Bruxelles tente de se faire une place. Lors du Sommet de la francophonie qui s’est tenu à Beyrouth en 2002, un groupe de travail comprenant des Québécois, des Suisses, des Libanais, et des Belges, s’est réuni sur le thème de la diversité culturelle. 

Le travail, informel au début, a abouti in fine à l’adoption de la convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la liberté culturelle… 

La France, acteur historique dans la région, semble aussi aujourd’hui convaincue de la nécessité de revitaliser la francophonie, entre autres au Liban. Organisatrice exclusive du Salon à sa création, elle a cédé un partenariat au Syndicat des libraires francophones libanais. 

Aujourd’hui, c’est la Fédération Wallonie-Bruxelles qui se trouve au centre de cette manifestation. Mais qu’on ne s’y trompe pas trop : l’enjeu géopolitique de la région reste "chasse gardée".

W. Fayoumi

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