Les 30 ans de la Guerre du Golfe : quand les humoristes s'en emparent

Les Guignols et les Inconnus ont ri de la couverture de la Guerre du Golfe.
Les Guignols et les Inconnus ont ri de la couverture de la Guerre du Golfe. - © Canal + / Antenne 2

L’opération "Tempête du désert", point d’orgue de la Guerre du Golfe a 30 ans. Le 16 janvier 1991, l’armée américaine à la tête d’une coalition de près de 40 pays lance une attaque contre l’Irak pour libérer le Koweït, envahi en août 1990. La guerre filmée en direct a inspiré quelques humoristes qui nous ont laissé des sketches cultes. Les Inconnus, les Guignols, le trio Boujenah-Bedos-Smaïn sont ceux qui ont osé s’aventurer sur le terrain du rire, en plein conflit armé. Extraits.

  • Les Guignols et le commandant Sylvestre

Sur Canal +, l’émission "les Guignols de l’Info", baptisée à son lancement en 1988 "Les Arènes de l’info", va connaître le succès avec la Guerre du Golfe. Quand les chaînes de télévision traditionnelles ne parlent que des affrontements militaires, Canal + fait le pari de l’humour et de la dérision. Diffusées en clair à 19h55, les marionnettes, qui n’ont pas encore trouvé leur public, vont cette fois s’inviter dans les foyers de France et de Belgique (via Canal + Belgique).

Deux personnages récurrents vont incarner le programme : PPD (alias PPDA, alias Patrick Poivre d’Arvor, le journaliste de TF1) à la présentation du JT parodique et Monsieur Sylvestre, qui prend les traits de Sylvester Stallone. En Commandant Sylvestre, celui-ci incarne la puissance militaire des Etats-Unis face aux "bougnoules". En patron de la World Company, il incarne cette fois la domination économique et financière américaine. C’est Yves Lecoq qui imite les deux personnages.

  • Les Inconnus et la "Guerre mondiale dans le monde"

Au début de l’année 1991, tout le monde ne parle que de la Guerre du Golfe. Le trio d’humoristes les Inconnus, qui connaissent le succès sur Antenne 2 avec la "Télé des Inconnus", une émission qui rit du petit écran, de ses programmes et de ses animateurs, décident de pasticher les émissions spéciales consacrées au conflit. Les trois parodies ainsi réalisées dans la "Télé des Inconnus" volume 3, diffusée en prime le 22 mars 1991 sont devenues plus célèbres que les programmes d’infos eux-mêmes.

Générique lancé par une musique de Péplum (limite Star Wars), gros plan sur un nonchalant Guillaume Durant devenu Guillaume Truand (Didier Campan) assis sur l’accoudoir du fauteuil du présentateur du JT de La Cinq qui n’attend qu’une chose, c’est que ça pète. Mais en attendant, "ça stagne un petit peu, c’est au point mort, c’est dommage".

Deux experts sont sur le plateau, un militaire (Didier Bourdon) et un collaborateur de cabinet (Pascal Légitimus). Devant eux, une maquette et des miniatures montrant le terrain des opérations. Le jargon est incompréhensible ("Mirage sol-sol-air-sous-sol-M1, les missiles TTA31…"), les points de vue opposés, l’animateur laisse faire : les deux experts finissent par s’écharper comme deux enfants gâtés. "C’est lui qui a commencé !" Une solution pour Guillaume Truand face à ce lamentable spectacle, taper sur son minitel le "3615 Boum Boum la Guerre".

Le deuxième épisode, alors qu’on est en "stand-by total" et "qu’on n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent", expose l’expertise de Michel Chevalet, célèbre journaliste scientifique de TF1, rebaptisé Michel Chvalé. Ce qu’on retient de sa présentation d’un missile "sismosismique" américain, représenté par le stylo du présentateur, c’est la "forme oblongue classique, ogive avant à l’avant, ogive arrière à l’arrière, la partie centrale de l’appareil se trouvant là aussi, au centre".

Troisième partie : "Situation claire". Toujours rien à se mettre sous la dent, il faut faire de l’antenne. Guillaume Truand, les pieds sur son bureau, s’impatiente. On meuble avec un direct de Washington à 3h du matin. Le correspond Jean-Louis Diminué (Pascal Légitimus) est formel : le président Bush, "il dort toujours". On se moque gentiment des interventions depuis l’étranger qui ne servent à rien.

Retour plateau, avec un spécialiste des questions moyen-orientales (Bernard Bourdon) pour qui la situation est "fort claire". En effet, "si les maronites modérés du Sud-Liban redonnent aux Alaouites du mouvement dur le contrôle du Nord de Beyrouth Ouest, ils ne s’opposeront pas à ce que les chiites Amal demeurent à l’extrême est de Beyrouth Sud. Reste à savoir toutefois ce que les Kurdes du mouvement Kahal feront avec ou sans l’aide des moudjahidines sunnites du clan Afat…"

Vous avez compris quelque chose ? "Cela dit", poursuit l’expert, très bien informé sur les dissensions locales, "si les Tamoules de Palestine restent neutres et surtout si Ashkénazes bouddhistes des territoires occupés demeurent divisés, on ne voit vraiment pas comment les Calvinistes musulmans du Cheikh Abib pourraient empêcher les intégristes luthériens de l’imam Choukhtar d’étouffer dans l’œuf l’Intifida des Amish séfarades de la bande sud-est du nord-ouest de la banlieue de Beyrouth-Centre, périphérique intérieur compris." La précision routière a toute son importance.

  • Smaïn, Bedos, Boujenah

Fin des années 80, début des années 90, Smaïn, Guy Bedos et Michel Boujenah sont de véritables vedettes de l’humour francophone. Le 4 février 1991, soit peu après le déclenchement de l’opération "Tempête du désert", le trio va monter sur scène pour un spectacle unique diffusé en direct à la télévision. C’est un succès d’audience !

Le message qu’ils veulent faire passer, alors que la tension mondiale est à son comble et que les communautés se divisent, c’est qu’un juif, un Arabe et un chrétien peuvent travailler ensemble et surtout, faire rire. Le titre du spectacle est "Coup de soleil à l’Olympia".

Le Soir rappelle à l’époque que ce spectacle était prévu de longue date, avant la guerre, suite à la profanation du cimetière juif de Carpentras, au printemps 1990. Mais il se trouve que le contexte mondial a accéléré les choses et modifié l’approche.

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