Léon Bottou (Facebook): "l'intelligence artificielle est encore de la science-fiction"

Un marché de l’intelligence artificielle qui pourrait peser plus de 17 milliards de dollars dans le monde en 2020 voilà ce qui nous est promis. L’ICHEC, Haute École de gestion, vient d’organiser une journée sur la question et il faut bien reconnaître que l’intelligence artificielle reste pour le grand public une boîte à craintes et à fantasmes. Dont l’une des plus souvent exprimées serait une révolte des robots, qu’une intelligence artificielle ou que des machines prennent conscience de leur existence et décident par elles-mêmes de faire des dégâts aux humains. 

Léon Bottou est chercheur en intelligence artificielle chez Facebook, et pour lui, cette crainte relève bien de la science-fiction. "C’est le scénario de Terminator. La possibilité qu’un humain mal intentionné prenne le contrôle d’un système informatique qui contrôle par exemple une raffinerie est beaucoup plus probable que d’imaginer que ce système informatique va devenir conscient et va décider de faire brûler la raffinerie pour embêter les humains, franchement".

Oubliez donc définitivement, Terminator, Blade Runner ou 2001 l’Odyssée de l’espace ; données, corrélations, variables... à bien des égards, l’intelligence artificielle est aujourd’hui surtout utiliser dans le domaine des statistiques.

Pour Léon Bottou "l’intelligence artificielle est de la science-fiction. Mais on n’en est pas là. Ce qui existe vraiment aujourd’hui, ce sont des méthodes statistiques qui trouvent des corrélations dans les données. Les choses qu’on sait faire aujourd’hui sont très significatives. On sait de façon relativement fiable reconnaître des objets dans des images. Par exemple, si on veut faire un système qui reconnaît la race d’un chien dans une image, on va faire un système qui va fonctionner beaucoup mieux qu’un humain, parce que c’est très spécifique. On sait de façon relativement fiable comprendre les mots qui sont prononcés dans la parole, et il y a trois ans ce n’était pas vrai. On fait donc des progrès considérables en traitement du langage naturel et il y aura des applications économiques certaines. On sait de façon pas très fiable, mais quand même utile, faire de la traduction d’un langage à l’autre. Là où il faut faire attention, c’est quand on va vers une nouvelle application, car ce n’est pas sûr que ça marchera aussi facilement. Il va falloir de la recherche, il va falloir du travail, ce n’est pas automatique".

Si des gens meurent parce que cette voiture a fait quelque chose de stupide que n’importe quel humain aurait pu faire mieux, ce n’est pas acceptable

Donc, oui, il y a des progrès spectaculaires dans certains domaines (l’image et le langage) mais il y a plein de secteurs économiques dans lesquels l’intelligence artificielle est en fait très largement perfectible. Comme exemple concret on peut parler des véhicules autonomes, dont la prolifération a été annoncée depuis des années.

Or il se fait qu’en l’état actuel des choses, pour Léon Bottou, les véhicules autonomes existants ne sont en fait pas entièrement autonomes. "En fait, on peut acheter aujourd’hui des voitures qui se conduisent presque toutes seules, sauf qu’il faut quand même garder un œil dessus. Et ce " il faut garder un œil dessus " est une chose qui va prendre très longtemps à disparaître. En particulier, on n’a pas de très bonne méthode pour certifier qu’une voiture à conduite automatique va bien se comporter dans toutes les situations. Curieusement, on peut arriver à dire qu’une voiture qui se conduirait automatiquement a en moyenne moins d’accidents qu’une voiture conduite par un homme. Mais dans les cas précis ou spécifiques, ce n’est plus vrai, et c’est un problème. Si des gens meurent parce que cette voiture a fait quelque chose de stupide que n’importe quel humain aurait pu faire mieux, ce n’est pas acceptable".

Parce que, bien sûr, personne ne veut voir sur les routes des véhicules qui, en moyenne, se comportent bien, mais dont on ne peut certifier la sécurité. Les méthodes de l’intelligence artificielle existante ne sont à cet égard pas encore suffisamment fiables. Et plus qu’à des trouvailles tonitruantes ou à des événements spectaculaires, le développement de l’intelligence artificielle ressemble plutôt à une forêt qui pousse, à un phénomène de long terme.

 

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