Le Vlaams Belang lance son propre média, les autres partis vont-ils suivre ?

Le Vlaams Belang lance sa propre chaîne, les autres partis vont-ils suivre ?
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Le Vlaams Belang lance sa propre chaîne, les autres partis vont-ils suivre ? - © Tous droits réservés

Le parti d’extrême droite étend sa panoplie d’outils de communication avec le lancement de son propre média en ligne : VBTV. Ce phénomène déjà connu aux États-Unis va-t-il devenir la norme dans notre pays ?

La Turquie et son influence négative sur notre pays et l’Europe ", voici le premier épisode du nouveau média du Vlaams Belang, VBTV. Dans cette vidéo de 8 minutes, Tom Van Grieken échange sa casquette de président du parti contre celle de présentateur.

Il y interviewe deux députés de son propre parti, Chris Janssens et Tom Vandendriessche, pour évoquer notamment l’influence du Premier ministre turc Erdogan et de la communauté turque dans les affaires belges et européennes.

I want you dead

Les discussions dans le studio télévisé du parti sont ponctuées par un reportage du fondateur du mouvement "Schild & Vrienden", Dries Van Langenhove qui s’est rendu à la frontière gréco-turque en mars 2020. Selon le député fédéral qui se prend pour un reporter de terrain, il y aurait seulement des " jeunes hommes agressifs en âge de combattre " à la frontière.

On y voit ensuite une vidéo d’un jeune homme qui, selon les sous-titres, crie : "I want you dead" ("Je veux vous tuer"). En réalité, selon l'agence de presse AP qui a réalisé les images à l'époque, il s’agit d'un homme désespéré qui se tenait à la frontière gréco-macédonienne en 2015. Dans son mauvais anglais, il dit "I want to dead (die)" ("je veux mourir") et fait donc allusion à un éventuel suicide.

Une faute embêtante pour le président du Vlaams Belang qui expliquait lors de l’émission que ce reportage avait pour but de montrer la réalité du terrain. Il concède : "C’est une erreur humaine, ça n’aurait jamais dû arriver."

Modèle à l’américaine

Avec ce nouveau canal, le Vlaams Belang s’inspire fortement des schémas de communication mis en place aux États-Unis. Reinout Van Zandycke, expert en communication politique, explique : " Cette initiative est dans la lignée de médias américains comme "Breitbart" ou "One America News". Une étude montre que les électeurs de Donald Trump suivent des médias différents de ceux consultés par les électeurs de Joe Biden. On assiste ainsi à une polarisation grandissante de la société. "

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Selon lui, le Vlaams Belang fonctionne un peu comme une start-up : " Ils sont innovants, rapides et n’ont pas peur de commettre des erreurs. " Le président du Vlaams Belang confirme : " Il s’agit d’un projet expérimental. Au départ, le but n’était pas de réaliser plusieurs émissions, mais vu la tourmente qu’a suscité la première émission dans les médias, nous allons remettre le couvert. "

Journalisme ou politique ?

En s’appropriant les codes utilisés par les médias classiques, le deuxième parti de Flandre réduit la frontière entre information et opinion. Tom Van Grieken assure que l’objectif de cette nouvelle émission n’est pas de faire de l’information mais de faire passer le message de son parti : " Au 19e siècle, on imprimait des livres, maintenant, on a recours à d’autres méthodes de communication innovantes. "

Ce nouveau canal constitue un moyen supplémentaire de transmettre l’idéologie du Vlaams Belang directement au public, en contournant les médias traditionnels soumis aux règles de déontologie. " Cela permet de créer de plus en plus d'ambassadeurs qui vont propager les messages du parti ", indique Reinout Van Zandycke.

Même si le Vlaams Belang compte se cantonner à la diffusion en ligne de ce programme, ce mélange des genres risque d’avoir de lourdes conséquences, selon l’expert en communication : " Si les gens regardent VBTV en pensant qu’il s’agit d’un canal d’information comme les médias traditionnels, c’est dangereux. Il devrait notifier le public qu’il s’agit d’une opinion et non d’informations neutres. "

Pionnier en Belgique

Depuis des dizaines d’années, le Vlaams Belang se veut être un pionnier en Belgique en matière d’innovation dans les techniques de communication politique. " Dans les années 90, nous étions les premiers à créer notre site web. Nous avons aussi pratiqué en masse le porte-à-porte avant d’autres. Plus récemment, nous étions également les premiers à investir dans la promotion de nos publications sur Facebook ", assure le dirigeant du Vlaams Belang.

Arrivé à la tête du parti après la déconfiture électorale de 2014, cet Anversois de 34 ans diplômé en marketing, a développé de nouvelles techniques de communication qui se sont avérées payantes : en cinq ans, le parti d’extrême droite a réussi à tripler le score de son parti qui est ainsi devenu le deuxième parti en Flandre. Selon les derniers sondages, il deviendrait même le premier parti au nord du pays.


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Le parti de Tom Van Grieken était le premier à investir en masse dans la promotion de ses publications sur les réseaux sociaux, notamment Facebook. Dernièrement, le parti multiplie les manières de communiquer avec ses (potentiels) électeurs. En plus de VBTV, Dries Van Langenhove, député Vlaams Belang, compte aussi produire son propre média.

En matière de réseaux sociaux, le Vlaams Belang ne souhaite pas seulement se limiter à Facebook et Twitter. Il vient par exemple de lancer des campagnes via Whatsapp, comme le faisait Jair Bolsonaro lors de la campagne de l'élection présidentielle au Brésil.

Les autres partis vont-ils suivre ?

Vu le succès engrangé par le Vlaams Belang, les autres partis commencent à également investir de plus en plus dans la promotion de contenu sur les réseaux sociaux. Vont-ils également emboîter le pas du Vlaams Belang en créant le propre média ?

Reinout Van Zandycke répond par l’affirmative : " Ils organisent déjà des webinaires dans d’autres contextes. S’ils voient que le modèle porte ses fruits, ils suivront. "

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