"Le Vénérable W", moine islamophobe dénoncé à Cannes: Facebook bannit les injures anti-musulmans en Birmanie

Des dizaines d'internautes birmans ont été temporairement exclus de Facebook ces derniers jours pour avoir utilisé le terme "kalar", terme injurieux servant à désigner notamment les musulmans, dans un pays en proie à une montée de l'islamophobie. Et ce alors que vient d'être présenté à Cannes “Le Vénérable W”, de Barbet Schroeder, dans lequel il démonte la mécanique haineuse d'Ashin Wirathu, moine birman leader du parti Ma Ba Tha. 

"Kalar", l'insulte pour désigner les mulsulmans

Facebook, soumis à une pression mondiale pour éradiquer les discours haineux, les fausses informations ou les vidéos violentes, est le premier réseau social en Birmanie. Le mot "kalar" est un terme controversé dans ce pays d'Asie du Sud-Est, très majoritairement bouddhiste, désignant les personnes d'origine indienne au départ. Ces dernières années, les nationalistes bouddhistes extrémistes l'ont employé de plus en plus pour désigner la minorité musulmane dans leur discours haineux.

Parmi ces extrémistes, il y a les supporters du parti fasciste Ma Ba Tha qui appelle au meurtre de la minorité musulmane Rohingya. Leur leader est le moine birman Ashin Wirathu, sujet principal du film documentaire "Le Vénérable W", présenté à Cannes cette semaine.

"W et son parti, le Ma Ba Tha, ne sont toujours pas interdits malgré leurs appekls au meurtre" explique Barbet Schroeder à Télérama. Aung San Suu Kyi, qui partage le pouvoir avec la junte militaire depuis 2015, n'y parvient pas non plus. Et cela ne risque pas de se produire car U Ko Ni, le prestigieux avocat musulman de Aung San Suu Kyi, qui était en train de concevoir une stratégie pour modifier la loi constitutionnelle favorable aux militaires, a été tué le 29 janvier 2017 d’une balle dans la tête à l’aéroport alors qu’il tenait son petit-fils dans les bras. La photo de son assassin au moment où il s’apprête à tirer, certainement prise par les commanditaires du meurtre, a été mise sur Facebook dans l’heure qui a suivi. On a découvert quelques semaines plus tard que l'entourage de W serait impliqué dans ce meurtre. W a engagé un procès contre le journaliste qui a levé l'affaire".

"W est également très présent sur les réseaux sociaux. Sur sa page Facebook, il a même félicité le tueur de l'avocat. Ce qui a provoqué un scandale chez les autres moines bouddhistes qui ont condamné cette apologie du meurtre et pris la décision d'interdire W de parole pour contenir son pouvoir de nuisance".

La semaine passée, le clergé bouddhiste birman a ainsi interdit Ma Ba Tha, dont le nom signifiait en birman "L'Association pour la protection de la race et de la religion", et qui a choisi de se donner un nouveau nom: la Fondation philanthropique Bouddha Dhamma.

Depuis l'ouverture du pays en 2011, ce mouvement fondamentaliste, qui se voit comme une vigie contre la menace d'une islamisation de la Birmanie, pays qui compte moins de 5% de musulmans, est de plus en plus présent.

Ceux qui applaudissent l'interdiction exclus aussi

Mais il semble que dans sa volonté d'empêcher les injures, Facebook aille trop loin: certains internautes ont aussi été bannis pour des mots proches dans leur sonorité, soulignant les difficultés pour Facebook à suivre les publications dans des dizaines de langues.

D'autres, comme l'internaute Aung Kaung Myat, ont été exclus pendant 24 heures pour s'être félicités de l'action de Facebook. "C'est ridicule", a-t-il dit. "J'ai été moi-même victime quand j'ai écrit: 'Facebook supprime les messages qui incluent le mot kalar'".

Quant à Yarzar Soe-Oo, c'est une blague évoquant de la soupe de haricots indienne ("kalar pal hin") qui lui a valu une exclusion temporaire. Interrogé par l'AFP, Facebook a expliqué que "certaines erreurs arrivaient parfois" car la société devait gérer "toutes les semaines des millions de publications".

 

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