Le regard espiègle de Michaël Lonsdale n'éclairera plus le cinéma

Michaël Lonsdale, le 18 septembre 2012
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Michaël Lonsdale, le 18 septembre 2012 - © JOEL SAGET - AFP

Rares sont les acteurs français pouvant se targuer d’avoir été un "méchant de James Bond". Michaël Lonsdale était de ceux-là. Souvenez-vous, le maléfique homme de l’espace Hugo Drax, qui avec son adjoint Requin, a donné du fil à retordre à OO7 dans Moonraker. Michael Lonsdale est mort ce lundi à l’âge de 89 ans.

Bande-annonce de "Moonraker" (1979)

Et rappelez-vous, le charismatique français est aussi présent dans nos souvenirs d’enfance… Et oui, dans Hibernatus, c’est le docteur Loriebat, celui qui veut à tout prix récupérer son "hiberné", face à un de Funès "qui n’a pas dodeliné".

Récemment, il a incarné cet émouvant Frère Luc dans le multicésarisé Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, en 2010. Michael Lonsdale remportera grâce à ce film le premier César de sa carrière en tant que meilleur second rôle masculin.

Bande-annonce du "César du meilleur film 2011":

Né à Paris le 24 mai 1931 d’un père français et d’une mère anglaise, sa famille partira s’installer à Londres en 1935 puis à Casablanca en 1939 (son père ayant été nommé à un poste de représentant en engrais au Maroc). La guerre éclate deux jours plus tard, comme il l’explique dans une interview aux Inrockuptibles en 2011. Ils s’installeront dans un petit village arabe, et resteront dans la région de Casa une dizaine d’années.

L’acteur avouera qu’il était très touché de retrouver cette atmosphère du Maghreb et il puisera dans celle-ci ses souvenirs de jeunesse pour incarner son personnage de "Des hommes et des dieux" (l’action se déroulant en Algérie, où l’on suit la congrégation des moines de Thibhirine).

L’appel de la scène

Fin des années 40, c’est le retour dans la capitale française. Sa mère s’installe dans un appartement près des Invalides. Cet appartement, Michael Lonsdale l’occupera jusqu’à la fin de sa vie.

Lonsdale va alors s’inscrire aux cours Balachova – les techniques de ce prestigieux enseignement théâtral inspireront les Américains et leur actor studio. D’un naturel timide, le jeune homme va y rencontrer son amour pour l’actrice Delphine Seyrig et pour le théâtre contemporain.

Sa voix est jugée trop faible pour la prestation scénique. Mais le comédien persévère, et mènera bientôt sa barque sur les planches et devant les caméras. Sa carrière au cinéma fera un grand bond en avant grâce à François Truffaut. Le grand réalisateur le fera jouer dans La mariée était en noir (1967) et Baisers volés (1968). "Truffaut est le premier cinéaste à m’avoir permis de totalement improviser" dira l’acteur.

Avant cela, il aura tourné aussi sous les directions d’Orson Welles (le Procès), de René Clément (Paris brûle-t-il ?) ou encore d’Yves Robert (Les Copains).

Un homme et une voix

Lonsdale, c’est donc une carrière cinéma faisant le grand écart entre cinéma d’auteur et blockbusters. Ainsi, il jouera également dans Ronin, de John Frankenheimer (1998) ou encore dans le Munich de Steven Spielberg (2007). Dans les années 2000, il tournera avec François Ozon, Bruno Podalydes, et bien sûr Xavier Beauvois. Il s’illustrera aussi dans des téléfilms. Mais Lonsdale, c’est aussi le théâtre. Un géant. Il joua dans une quantité pléthorique de pièces. Son affection va vers le contemporain (Anouilh, Beckett, Duras…). Il utilisera également sa voix, si reconnaissable, dans de nombreuses lectures sur scène – ou sur les ondes -, livres audio ou autres voix off.

Un homme et un dieu

Ouvertement catholique, le comédien s’engagera dans le renouveau charismatique. Dans l’interview des Inrocks de 2011, Lonsdale avouera qu’il a souvent interprété des rôles d’ecclésiastiques (moine dans Le Nom de la Rose, de Jean-Jacques Annaud, grand inquisiteur dans Les Fantômes de Goya, de Milos Forman, cardinal dans Galilée, de Joseph Losey). Ses convictions religieuses seront aussi placées au service de mises en scène sur des spectacles sur Soeur Emmanuelle ou encore Sainte-Thérèse de Lisieux. Il est membre de la section "arts et lettres" de l’Académie catholique de France.

Lonsdale avait réussi à être un comédien moderne tout en gardant sa foi. Le cinéma, il le voyait comme un milieu en mouvement. Ainsi, il déclarait "beaucoup d’acteurs de ma génération se sentent perdus dans le cinéma contemporain, sont dans la nostalgie d’un état antérieur du cinéma. Moi, j’ai le goût de l’adaptation".

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