Le réseau social Linkedin est-il en perte de vitesse?

Linkedin est utile et efficace, mais peu rentable pour ses actionnaires. Le syndrome Twittter?
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Linkedin est utile et efficace, mais peu rentable pour ses actionnaires. Le syndrome Twittter? - © JOE KOHEN - AFP

Début février, LinkedIn a connu son vendredi noir en perdant 30% de sa valeur boursière. Pourquoi ce désamour soudain, pourquoi maintenant, et est-ce grave?

Réseau social à vocation professionnelle, Linkedin est un site pointu. Y créer un profil correspond, en pratique, à y rédiger un CV. Le but n’est pas de s’y faire des amis, mais de pratiquer l’art du "networking" (réseautage). Et le plus souvent, d’y trouver un autre boulot. Linkedin revendique plus de 400 millions de membres dans plus de 200 pays. Ce n’est pas mal, mais sans comparaison avec Facebook qui réunit plus d’1,5 milliard de membres dans le monde, dont 4,4 millions en Belgique.

Avec une originalité locale: Le taux de pénétration de Linkedin en Belgique (2,5 millions) est l’un des plus élevés d’Europe. Cela s’explique par notre bilinguisme, mais aussi par l’absence de vrai concurrent comme Viadeo qui, en France, fait office d’alternative.

La chute boursière intervenue en début de mois repose sur plusieurs explications. Pour certains, la cause en serait la réduction des offres d’emploi en période de crise. Linkedin étant un moyen de se vendre sur le marché de l’emploi, l’absence d’offre fait perdre de l’intérêt au site.

D’autres ne sont pas de cet avis. Pour Gabriel Goldberg , patron de Semetis (agence spécialisée dans l’analyse du web), ce sont les mauvais résultats financiers du dernier trimestre 2015 qui ont effrayé les investisseurs. Et aussi le fait que le nombre des utilisateurs augmente moins que prévu.

L’agence média Blue2purple avance aussi que, depuis début janvier, on assiste à une chute globale des valeurs du marché. Les valeurs spéculatives digitales les plus faibles accusent un recul, alors que les valeurs refuges prennent 18% - comme l’or.

Un outil d’ascension sociale

Linkedin n’est pas un réseau d’amis, mais de contacts purement professionnels, explique Annick Vandersmissen de BluePurple : " On n’y dit pas ce que l’on mange ou le film que l’on a vu. C’est un lieu où l’on publie des articles, où l’on expose ses capacités, on où l’on montre ses atouts. C’est un site où l’on se vend. Et c’est aussi un endroit où des groupes privés évoquent des sujets pointus. Au final, c’est un outil d’ascension sociale. "

Les professionnels comme Semetis en sont convaincus : " Tous les professionnels soignent bien leur profil/CV en ligne. Pour les recruteurs, (les chasseurs de têtes, les services de ressources humaines), c’est aussi un accès à une base de données très riche. " Selon des professionnels du secteur, son coût d'utilisation serait jusqu’à 5 fois inférieur à celui des méthodes traditionnelles de recrutement. L’efficacité pour trouver un emploi est donc réelle.

Des difficultés à attirer la pub

Le vrai problème de Linkedin est sans doute là: la pub.

Pourtant, les services liés au recrutement fonctionnent bien. L’agence Blue2purple évoque une augmentation de 45% en 2015 et des abonnements premium (payant) qui progressent.

L’un des points noirs est que le nombre des utilisateurs uniques stagne, et que le volume de pages vues diminue sur le dernier trimestre... Et, comme pour Twitter, le temps de visibilité sur le site est plus court que sur d’autres.

Le business model de Linkedin est complexe. Ses revenus proviennent de la publicité, mais aussi de l’argent dépensé par les recruteurs et par les utilisateurs. Car de nombreux services sont payants. Par exemple, pour connaître l’identité de tous ceux qui viennent voir votre profil, il faut payer. Et savoir qu’un chasseur de tête vient consulter votre CV, c’est toujours rassurant, voire gratifiant.

Le ciblage était plus qualitatif (alors que celui de Facebook est quantitatif), les annonceurs publicitaires devront payer plus chers pour toucher un client. Et tous ne sont pas prêts à le faire.

Linkedin n’est pas un média "prioritaire"

Le monde de la publicité numérique le reconnaît unanimement : placer une annonce sur Linkedin est rarement un premier choix. En pratique, ce sont surtout les recruteurs qui font des annonces pour toucher des CV très ciblés. Mais, comme l’explique Blue2Purple, " placer un bannering extra-ciblé sur des profils précis ne rencontre pas les attentes du marché. " Et ce serait précisément une faiblesse de fonctionnement de la plate-forme.

Pourtant, Linkedin ne concerne pas que les Cadres supérieurs. La preuve, c’est que Actiris, qui gère l’emploi à Bruxelles, conseille à ceux qui cherchent un emploi (ou à en changer) de s’inscrire sur le réseau social. Le site d’Actiris fourmille d’ailleurs de conseils pour bien se vendre sur Linkedin. L’un de ceux-ci est de définir son "personnal branding". C’est-à-dire ce qui nous différencie des autres. La clé du succès.

 

 

 

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