Le hip-hop fête ses 40 ans… et a droit à un musée pour l'occasion

C’était en 1979. Le « Rapper’s Delight » est le premier succès rap de l’histoire. Mais quand les membres du groupe Sugarhill Gang l’enregistrent, ils sont loin de se douter qu’ils vont propulser le genre au rang de culture planétaire.

« J’aurais jamais cru que ça prendrait de telles proportions. A l’époque, on nous décourageait de faire du hip-hop, personne ne respectait ça », explique à l’AFP Grandmaster Caz, l’un des pionniers du rap aux Etats-Unis et co-auteur de ce tube entré dans l’histoire.

« Rapper’s Delight » permet au monde entier de découvrir un genre nouveau et de graver dans le vinyle cette musique née dans les « block parties » du quartier new-yorkais du Bronx. « Avoir enregistré en studio est la chose la plus intelligente qu’on pouvait faire pour le hip-hop », se remémore pour l’AFP Master Gee, l’un des trois rappeurs de Sugarhill Gang. « Commercialement, on était les premiers. C’est comme si on avait marché sur la Lune », explique le chanteur, aujourd’hui âgé de 57 ans.

Des récompenses et des filles

Le morceau s’est vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde et a même eu l’honneur d’être introduit en 2011 à la très prestigieuse Bibliothèque du Congrès de Washington. C’est donc très logiquement à quelques minutes de là que s’est ouvert le musée du hip-hop. Un musée éphémère où sont exposées plusieurs centaines de micros dédicacés, disques de platines, produits dérivés, posters… La parfaite représentation de 40 ans d’histoire, dont les trois acolytes Hen Dogg (décédé depuis), Wonder Mike et Master Gee sont à l’origine.

« Je voulais juste avoir un rencard avec une fille ! », se souvient Master Gee. « J’étais au lycée, je rappais à des fêtes de mon quartier. Je voulais juste me décrire pour m’assurer que les gens sachent qui j’étais. »

A l’époque, le hip-hop est une culture balbutiante dont le rap est l’expression musicale et qui tourne autour de quatre éléments : la danse, le graffiti, le « MCing » (la manière de rapper) et le « DJing » (la maîtrise des platines).

Pour enregistrer « Rapper’s Delight », Sugarhill Gang se permet de reprendre la célèbre ligne de basse de « Good Times », le tube du groupe de disco Chic, également utilisée en 1980 par Queen dans « Another One Bites the Dust ».

« Avant de rapper, j’étais un D.J. et le disco était à la mode à l’époque. Il y avait le funk avec des artistes comme Parliament Funkadelic, Nile Rodgers… On prenait des éléments dans toutes les musiques autour de nous », se souvient Master Gee.

A ses débuts, le rap est festif et aborde des thèmes légers, comme la fête, la drague et l’amour de cette musique, medium utilisé par une minorité noire et discriminée pour s’exprimer. « C’était une libération, un nouveau moyen marrant de s’exprimer », rembobine Grandmaster Caz, qui, du haut de ses 57 ans, continue d’arborer avec fierté ses chaînes « bling-bling ».

 

« The Message »

Ce morceau est le premier à avoir décrit avec réalisme la vie et la pauvreté des ghettos. Un style « conscient » qui a profondément marqué cette musique, souvent vue comme le moyen d’expression des sans voix.

Mais la révolution est arrivée par accident. « Je voulais juste faire quelque chose de différent, pour me débarquer des textes de base », se rappelle Melle Mel, autre rappeur âgé de 57 ans aujourd’hui. « Il s’est avéré que c’était du rap + conscient + mais je voulais juste changer de style », explique-t-il. « Personne n’y croyait vraiment. Je ne pensais pas que ça allait être un succès populaire, parce que c’était un morceau sérieux. Le hip-hop était une manière de s’échapper. Les gens voulaient s’amuser ».

La recette a pris. Grâce à ce tube, le groupe est devenu le premier artiste rap à être introduit au Rock and Roll Hall of Fame, panthéon du rock et de la musique populaire américaine, en 2007. « Cela a permis de mettre notre musique au niveau où elle devait être : aux côtés de tous les autres grands genres », ajoute Melle Mel. Et même si les nouveaux artistes du moment ne connaissent pas forcément leurs noms et leurs tubes, les pionniers restent confiants quant à l’évolution du rap.

« On n’arrête pas ce qui est inéluctable et on ne tue pas ce qui est immortel. C’est ça le hip-hop », sourit Master Gee.

Un mouvement qui ne peut être arrêté…

Melle Mel pose toutefois un regard amer quant à l’évolution de sa musique. « La culture hip-hop est maintenant plus une sous-culture, une culture de la drogue, plus violente. C’est une culture de la violence qui n’a rien à voir avec le hip-hop. Évidemment, on s’est défoncé, mais ce n’était pas ça, le hip-hop. Le hip-hop est une culture axée sur la musique, pas sur la violence et pas sur la drogue », estime Melle Mel.

Mais pour Master Gee : « La société dans son ensemble a été forcée de le laisser (le hip-hop) s’installer. Ils n’ont pas pu l’arrêter. Tu ne peux pas arrêter ce qui ne peut pas être arrêté, tu ne peux pas tuer ce qui ne peut pas être tué et c’est le hip-hop. »

Pour se rendre compte de l’influence du rap et de sa montée en puissance, il faut observer les chiffres. Ainsi, le classement des ventes d’albums 2017 en France (streaming compris), consacre le hip-hop. Cinq des sept premières places sont occupées par des artistes issus du rap ou des « musiques urbaines ».

En plus de ce classement, les certifications qui pleuvent sur le rap sont une autre preuve de sa place émergente, autant sur le plan commercial que culturel. En 2017, 38 albums ont été récompensés d’un disque de platine (100.000 équivalents vente) 21 d’entre eux sont des albums de rap. La même année quatre albums de rap figurent également parmi les huit albums certifiés disque de diamant (500.000 équivalents vente).

Etant donné la diversité des styles de rap et du rapprochement de certains de ceux-ci avec la pop culture, beaucoup de gens qui ne sont pas forcément des fans de hip-hop viennent à des concerts écouter un artiste qu’ils aiment, tout en écoutant toujours autant de rock ou d’électro par ailleurs. Ce qui n’était pas le cas avec le public hip-hop d’il y a 10 ou 15 ans.

En 1988, Cargo de Nuit rencontre  Spoonie Gee, un autre pionnier du Hip-Hop ...

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK