Le Belge francophone boude-t-il son cinéma?

"Henri" de Yolande Moreau présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2013
"Henri" de Yolande Moreau présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2013 - © A BORREL

Les récentes nominations belges aux Oscars sont un nouvel exemple d'un certain savoir-faire dans notre pays en matière de 7ème art. Pourtant, et contrairement aux Flamands, les francophones sont assez peu réceptifs à l'annonce des sorties de ces réalisations au cachet national. Comment expliquez cela ? Tentative de réponse avec Frédéric Delcor, Secrétaire général de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

En poste à la tête de la Fédération depuis le 1er septembre 2008, Frédéric Delcor est un ardent défenseur du cinéma belge.

S'il estime qu'"il n'y a pas de recette pour attirer le public", il refuse de dire que les francophones boudent le cinéma belge : "Ils traitent le cinéma belge comme tout le cinéma qui traite de la même catégorie". Et précise : "Les entrées du cinéma belge francophone sont comparables au cinéma d'auteur en Europe".

La concurrence trop forte de la France

Le problème, dit-il, c'est qu'"il n'y a pas suffisamment d'identification et d'attachement au cinéma belge" du côté francophone.

En cause ?

Les explications sont multiples, selon lui, mais "un élément est incontestable" : la France, qui est notre voisin direct, est "un des plus grands producteurs de films francophones". Quand un film belge sort, il y en a treize ou quatorze français. Ce qui n'est pas le cas de la Flandre où, dit-il, "pour un film flamand, il y a moins d'un film néerlandais".

"Notre marché du cinéma est très perméable au cinéma français. Il n'y a pas de distinction entre cinéma belge et français". Il suffit de voir comment les francophones consomment les médias français. C'est énorme comparé à la consommation flamande des médias hollandais.

L'absence d'un réflexe identitaire

Comme le disait Hugues Dayez dans Connexion ce vendredi matin, "il y a un réflexe identitaire communautaire très fort en Flandre".

Frédéric Delcor l'explique par le fait que "les Flamands se sont, beaucoup plus tôt que nous, occupés de créer cet attachement du public par rapport à leurs acteurs et réalisateurs. Cela a commencé avec l'arrivée de VTM, il y a 25 ans (le 1er février 1989, ndlr). La chaîne a investi dans les séries flamandes avec l'appui des pouvoirs publics".

Car ce réflexe identitaire n'a pas toujours existé. Ce sont, selon lui, ces séries qui ont contribué à cet attachement. C'est pourquoi, dit-il, tout n'est pas perdu côté francophone.

"On a un sentiment nationaliste plus fort en Flandre qu'en Wallonie, mais ce n'est pas parce que cette réalité-là existe qu'on ne pourra pas évoluer dans cet attachement des Bruxellois et Wallons. On peut rester ouverts tout en développant une appartenance plus forte de ses talents. L'exemple de la manière dont les audiences flamandes ont augmenté prouvent qu'on peut le faire".

C'est pour cette raison que le Secrétaire général de la Fédération Wallonie-Bruxelles a œuvré pour mettre place les Magritte du cinéma et qu'il aide au financement de Cinevox. C'est aussi pour cette raison que la Fédération favorise les séries francophones, pour qu'elles deviennent "un levier" pour le cinéma.

Le cinéma belge manque-t-il d'exotisme?

"Les francophones vont assez peu voir les acteurs belges dans des films belges car il n'y a pas vraiment de dimension d'exotisme, ils ne sont pas transportés ailleurs. Ils ont l'impression que c'est un film qui se passe au bout de leur rue et c'est un syndrome culturel que l'on retrouve partout", déclarait ce jeudi matin, Hugues Dayez, dans Connexion. Il ajoutait même que le cinéma belge est davantage plus "intimiste".

Pas assez exotique ? Trop intimiste ?

Pour le principal intéressé, "c'est clair que la diversité ne s'explique pas de la même façon qu'en Flandre", mais en même temps, c'est là toute la qualité de la reconnaissance de notre cinéma, la manière dont il s'est construit et fait reconnaître à travers le monde.

Ce n'est d'ailleurs pas l'ambition de Frédéric Delcor de faire en sorte que l'on produise des blogbusters en Belgique. Pas seulement pour des raisons budgétaires, mais surtout pour préserver ce savoir-faire qui se renouvelle de génération en génération.

Par contre, il n'est pas du tout contre le fait de produire "des films populaires, comme 'Les Barons' ou comme 'Ernest et Célestine' ou "Le Gamin au vélo" qui a fait quand même plus de 100 000 entrées en Belgique francophone".

En attendant, développer chez les Belges francophones un sentiment de fierté culturelle reste une priorité, "mais c'est une entreprise de longue haleine", conclut Frédéric Delcor.

 

C. Biourge

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