Le Belge créateur de la marque "Mom I'm fine" gagne son combat contre le plagiat au Canada

Jonathan Kubben vient de passer 8 jours à camper devant l’entreprise canadienne Reitmans pour récupérer la paternité sur sa marque au Canada.
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Jonathan Kubben vient de passer 8 jours à camper devant l’entreprise canadienne Reitmans pour récupérer la paternité sur sa marque au Canada. - © F. Collienne - RTBF

Jonathan Kubben est un homme déterminé. Il voulait récupérer la paternité sur la marque "Mom I’m fine" qu’il a créée et que Reitmans, une entreprise canadienne, a utilisée sans son autorisation. Il a donc campé devant les bureaux de Reitmans, à Montréal, jusqu’à obtenir réparation. Retour sur combat de 15 mois et sur la guerre d’image qui a finalement fait plier le géant canadien.


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Une saga qui dure depuis 15 mois

"C’est enfin fini. On a trouvé un accord de manière pacifique", sourit Jonathan Kubben. Le Belge est assis dans son campement de fortune situé sur la rue Sauvé, au nord de Montréal. Il n’arrive pas encore à y croire mais il vient de signer un accord avec l’entreprise canadienne Reitmans, un accord en trois temps. "Je demandais trois choses et je les ai obtenues. D’abord, je récupère 'Mom I’m fine' au Canada. Ensuite, je reçois une indemnité. Enfin, une participation financière de leur part à mon projet humanitaire au Mexique", explique-t-il, soulagé de tourner la page.

L’histoire commence il y a quelques années. Jonathan Kubben quitte alors son job et vend sa voiture, il décide de voyager. En route, il poste des photos et pour rassurer sa mère mexicaine, il a l’idée de poser avec une pancarte sur laquelle il écrit "Mom, I’m fine", soit "Maman, je vais bien" en français. Rapidement, ses photos font le buzz et son compte Instagram devient viral. Le Belge protège son concept en 2016 et lance plus tard une ligne de vêtements dont les revenus sont destinés à financer un projet humanitaire au Mexique.

En avril 2018, des followers l’avertissent. Reitmans, la plus grosse enseigne de prêt à porter féminin au Canada, utilise la phrase "Mom I’m fine", même phrase, même typographie, pour une grande opération commerciale à l’occasion de la Fête des Mères. Certains internautes interpellent aussi Reitmans. L’enseigne entre alors en contact avec Jonathan, les premiers échanges sont cordiaux. Mais rapidement, les avocats entrent dans la danse, la discussion devient plus compliquée. Et ce qui va choquer Jonathan, c’est quand il apprend que Reitmans a déposé la marque "Mom I’m fine" au Canada en pleine négociation.

En effet, Jonathan n’avait pas encore déposé sa marque au Canada, il attendait d’avoir davantage de fonds pour le faire. Reitmans l’a doublé et a pris l’avantage sur le sol canadien. A ce moment-là, Jonathan aurait pu se lancer dans une procédure judiciaire. Mais un procès risquait de lui coûter cher et de s’éterniser. Il décide alors de se rendre à Montréal pour alerter les médias et les influenceurs sur ce qu’il est en train de vivre.

Une petite tente face au siège social de Reitmans

A Montréal, Jonathan décroche quelques interviews, les médias s’intéressent à son histoire. Il a quelques contacts avec l’entreprise Reitmans. Mais dans un communiqué envoyé aux médias et notamment à la RTBF, Reitmans ne reconnaît aucun tort. L’entreprise estime même que sa campagne Mom I’m fine était "légale et légitime" et qu’elle respecte le travail des influenceurs et créateurs. Pour Jonathan, c’est un nouveau coup dur. Il opte alors pour une technique plus radicale : il loue une tente et s’installe face au siège social de Reitmans. Le Belge affirme se battre pour tous les petits créateurs qui peuvent se retrouver dans sa situation.

Dans le même temps, Jonathan active son réseau sur Instagram et Facebook. Des influenceurs du monde entier, des artistes comme le DJ Belge Lost Frequencies, postent des messages dans lesquels ils le soutiennent. Un hashtag, soit un mot-clé sur les réseaux sociaux, circule alors : #FixThisReitmans autrement dit, "Réparez ça, Reitmans".

Le compte Instagram de Reitmans est inondé de commentaires négatifs envoyés par tous ceux qui soutiennent le Belge, certains appellent même ouvertement au boycott. Jonathan ne gagnera peut-être pas au tribunal, mais il est en train de gagner la guerre de l’image sur les réseaux sociaux.

Les Québécois viennent le soutenir en personne

Jonathan pense qu’il va être très seul sur son campement. Mais il est rapidement entouré et soutenu. Des voisins, mais aussi des personnes qui le suivent en ligne, viennent tous les jours pour lui apporter à manger et à boire, lui offrir un accès aux douches et aux toilettes. Ils lui permettent aussi de recharger son téléphone. Partout où il passe, Jonathan bénéficie d’un capital de sympathie. Sous nos yeux, des policiers lui souhaitent bon courage et certains conducteurs klaxonnent en passant devant le campement.

Marie-Eve et Kylla, deux Québécoises, sont venues plusieurs fois pour le soutenir. "Son histoire nous a vraiment touchées, on était outrées et on a voulu lui apporter notre aide", indique Kylla, qui a activé tout son réseau canadien. "Je lui apporte des lunchs santé pour ne pas qu’il perde son énergie", ajoute Marie-Eve. "Souvent, dans ce type de confrontation, les grosses compagnies tentent d’épuiser les gens, elles se disent 'ils vont flancher, tu ne dors quand même pas dans une tente pendant un mois' donc je voulais qu’il ait un maximum d’énergie pour mener sa bataille jusqu’au bout ", indique la jeune femme qui vit à deux heures de là et a fait le trajet plusieurs fois.

La victoire finale

Le campement semble faire bouger les lignes et l’enseigne peut difficilement se permettre de garder le Belge pendant des semaines devant son bâtiment. Au fil des jours, les négociations entre avocats reprennent jusqu’à aboutir à cet accord qui satisfait Jonathan et lui permet de repartir en Belgique la tête haute.

"Cet accord est pleinement satisfaisant et mérité pour Jonathan et son association. Au-delà du cas particulier de mon client, cet accord marque un tournant majeur dans les relations entre influenceurs et grandes sociétés. L’histoire de Jonathan aura nécessairement une influence positive et je l’espère encouragera les créateurs de contenus à être parfaitement renseignés sur leurs droits de propriété intellectuelle en vue de se prémunir à tout moment de toute violation", indique Me Louis Godart, l’avocat de Jonathan Kubben depuis Bruxelles.

L’entreprise Reitmans a pour sa part réagi par voie de communiqué ce vendredi soir. "Nous sommes heureux d’annoncer que nous avons réglé le malentendu avec Jonathan Kubben et conclu une entente. En plus de lui transférer la demande de marque de commerce pour " Mom I’m Fine " au Canada, nous avons également convenu de remettre une indemnité et décidé de faire un don à son association afin de soutenir la construction d’une école faite de plastique au Mexique. Nous souhaitons à Jonathan la meilleure des chances pour son association et ses projets. Merci à tous pour avoir attendu patiemment le règlement de ce malentendu, sachant que Reitmans défendrait ses valeurs d’intégrité et de respect."

Jonathan Kubben va quitter Montréal dans quelques heures, direction la Belgique. Son combat est enfin terminé.

L'influenceur s'estimait plagié par une marque canadienne (sujet du JT du 20/06/2019):

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