Laurent Capelluto, un révolutionnaire maladroit dans "Operation Libertad"

Laurent Capelluto sur la plage de la Quinzaine à Cannes
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Laurent Capelluto sur la plage de la Quinzaine à Cannes - © RTBF

L'acteur belge, Laurent Capelluto, joue dans quatre films sélectionnés à Cannes cette année, en allant du plus petit au plus grand rôle. Mais c'est pour "Operation Libertad", présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, qu'il a fait le déplacement. Un film qui lui tient à cœur.

La première fois qu'il a foulé le tapis rouge, c'était en 2008 avec "Un conte de Noël" d'Arnaud Desplechin, sélectionné en Compétition. Une expérience dont il ne garde pas un très bon souvenir. Aujourd'hui, s'il est revenu à Cannes, c'est parce qu'il tient beaucoup au film du réalisateur suisse, Nicolas Wadimoff, davantage connu dans le monde du documentaire.

"J'y tiens beaucoup parce que c'était une très très belle aventure assez singulière à plus d'un titre", explique Laurent Capelluto. "D'abord le sujet était vraiment intéressant pour moi. Pour quelqu'un de ma génération, se plonger comme ça, intensément dans les milieux révolutionnaires des années 70', c'est passionnant et puis cela interroge beaucoup sur la question de l'utopie et moi je fais partie d'une génération qui n'avait plus vraiment d'utopie (...) Je me souviens que nous regardions avec une certaine condescendance, voire un certain cynisme, les discours idéologiques de nos aînés qui nous semblaient tout à fait en faillite et le fait de faire ce travail sur ce plan là m'a vraiment permis de me rendre compte du souffle qu'amenaient ces mouvements".

En d'autres termes, cela lui a permis de mieux comprendre ces militants. "Je trouve que ce qu'il y a d'intéressant dans ce film c'est qu'on voit aussi combien ces militants révolutionnaires cherchent surtout, à travers leurs discours idéologiques, à régler des problèmes personnels et interpersonnels dans le groupe. Il ne s'agit pas du tout de glorifier ces mouvements là mais peut-être de montrer qu'à cette époque là , avec des moyens pour le moins très critiquables, il y avait un souffle et une envie de changer le monde que ma génération n'a absolument pas connue par exemple".

L'acteur belge y voir d'ailleurs une certaine similitude avec le mouvement des indignés ou certaines insurrections. "Il y a là quelque chose de cet ordre là, à la sauce actuelle qui est en train de prendre forme", dit-il.

L'histoire

Dans "Operation Libertad", un ancien membre d'un groupuscule révolutionnaire suisse ressort les cassettes d'une opération à laquelle il a participé dans sa jeunesse, décidé à en faire un film. C'est donc dans une espèce de faux documentaire que l'on découvre comment un groupe de jeunes idéalistes décident de s'attaquer à une banque de la banlieue de Zurich.

Un long métrage tourné caméra à l'épaule et en caméra subjective. Ce qui n'aide pas forcément à rentrer dans le film. Mais un fois le pas franchi, on se laisse complètement emporter par cette aventure, maladroite à plus d'un titre, et dans laquelle on retrouve des personnages attachants. Dommage qu'il y ait quelques petites longueurs de trop dans la deuxième partie du film.

Une préparation en profondeur

Si le réalisateur, Nicolas Wadimoff, connaît bien cette période de l'histoire, ce n'était pas le cas de Laurent Capelluto et de ses compères.

Il a donc fallu un long travail de préparation, comme l'explique l'acteur belge : "Il y a eu une très très grosse préparation avec des lectures, des visions de films, des répétitions, des débats parce qu'il fallait qu'on acquière un vocabulaire de cette époque (...) Donc c'est un travail qui était très complet et qui m'a fait plus pensé à un travail de théâtre, qui est un petit peu de là d'où je viens et où je me sens toujours un peu chez moi, parce qu'on avait vraiment le sentiment d'être en amont de la création, ce qui est rare au cinéma".

Le réalisateur a aussi tourné le film dans sa chronologie, ce qui est également très rare au cinéma. Ici, cela a permis au comédien d'être en permanence dans le rythme du film.

"Au cinéma, l'acteur arrive en général plic ploc à la fin et son travail est de rentrer au bon moment et dans le rythme de ce qu'on lui demande. Là on a vraiment formé un groupe, une troupe. On a tourné dans la chronologie sur deux mois avec un acteur portugais, avec un acteur allemand, deux actrices suisses, un acteur français et on s'est tous retrouvé comme une bande", raconte Laurent Capelluto.

Parallèlement, comme c'était filmé sous forme d'un faux documentaire, "la caméra pouvait balayer à 360 degrés à tout moment, que l'on soit intégré dans la scène ou non. Donc, on était tout le temps sur le plateau, on ne venait pas juste pour un scène et cela a créé une cohésion, une forme d'écoute", ajoute-t-il.

A la Quinzaine des Réalisateurs, en tout cas, le film semble avoir été majoritairement apprécié par le public. Verdict ce vendredi soir à la clôture avec la remise des prix.

Les trois autres films dans lesquels on retrouve Laurent Capelluto sont : "Amour" de Michael Haneke en Compétition. Il y joue un tout petit rôle au début de film ; "Les trois mondes" de Catherine Corsini dans la section Un Certain Regard ; et "Au Galop" de Louis-Do de Lencquesaing, présenté à la Semaine de la Critique.

C. Biourge

Bande-annonce d'«Operation Libertad»

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