Lancer un concurrent mobile à Netflix en plein confinement : le pari osé de Quibi que nous avons testé

Investir 1,5 milliard d’euros dans un projet qui consiste à consommer de la vidéo ailleurs qu’à la maison, sur son smartphone. Subir la crise sanitaire du coronavirus et prendre acte du confinement qui touche 75% des Américains. Ce n’est pas tout à fait la façon dont les expérimentés Jeffrey Katzenberg (ex-Disney et ex-Dreamworks) et Meg Whitman (ex-Disney et ex-eBay) appréhendaient le lancement de leur nouveau bébé, Quibi. Quibi est un diminituf de "quick bites" qu’on peut traduire "rapides bouchées". Voilà résumé le projet Quibi : offrir des séries télé, des émissions de téléréalité, des documentaires, de l’info, etc., par "bouchées" de 10 minutes maximum. Une file à la poste ? Attendre un transport en commun ? Quibi vous propose, dès son lancement, 25 programmes, avec un certain nombre de stars d’Hollywood. Ainsi, la série mise en avant lors du lancement sur votre smartphone de l’application, Survive, est portée par Sophie Turner, Sansa Stark dans Game of thrones. On retrouve également Jennifer Lopez pour reality tv, Tituss Burgess dans un concours culinaire, Chance the Rapper pour des blagues, l’oscarisé Christoph Waltz dans un thriller, LeBron James, etc. L’offre est diversifiée et assez semblable à celle de Netflix, par exemple. L’ambition du duo Katzenberg/Whitman est claire : devenir le Netflix nomade.

Horizontal ou vertical, à vous de choisir

Regarder un film ou une série sur un téléphone, cela n’a rien de révolutionnaire : tous les géants du streaming le font. Mais c’est une expérience au rabais lorsque le même programme est visionnable sur un écran d’ordinateur ou sur une télévision en 4K. Quibi est plus radical : ses programmes ne sont disponibles que sur smartphone. Et intelligemment, Quibi laisse le choix à ses utilisateurs : les programmes peuvent être regardés en tenant son smartphone horizontalement (avec un format ressemblant au cinéma/télé) ou verticalement, sans bandes noires. Selon le format, vous voyez la scène de façon différente : beaucoup plus serré en vertical, plus classique en horizontal. De quoi donc s’adapter à tous les usages. Autre innovation : bloquer l’horaire de visionnement. Steven Spielberg est annoncé sur Quibi avec un projet de film d’horreur. Le mythique réalisateur a demandé que son œuvre ne soit visible qu’à partir de minuit, jusqu’à l’aube. Techniquement, Quibi a assuré Spielberg que c’était possible.

De façon générale, l'application est très réactive, la recherche de programme se fait d'un pouce, on peut "suivre" une série, télécharger les épisodes. Ce qui est proposé à l'écran est réalisé "comme un vrai film" : mise en scène, jeu, rien ne semble au rabais. Il s'agir réellement d'une autre façon de consommer un produit qui ressemble à un docu ou une série, sauf que ce n'est pas tout à fait la même chose...

Écriture plus nerveuse

Un épisode d’une série de 42 minutes est généralement coupé en 4, de quoi permettre l’insertion de publicité. Et avant chaque écran publicitaire, l’épisode propose un coup de théâtre, de quoi donner envie de rester sur la chaîne. Ce modèle historique et dominant pendant des décennies, mis à mal par les géants du streaming qui ne diffusent pas de pub, retrouve une seconde jeunesse grâce à Quibi. Comme l’explique au New York Times Nick Santora (ex-Sopranos, ex-Prison Break), l’écriture est "difficile mais exaltante". Son script de 48 pages a triplé de volume avec un climax toutes les 10 pages. C’est l’exigence de Jeffrey Katzenberg : chaque "bouchée" doit se finir sur un gros suspense, avec une écriture nerveuse.

En attendant une éventuelle disponibilité sur nos latitudes, Quibi est utilisable, en Belgique, avec un compte iTunes/GooglePlay américain. Les trois premiers mois sont gratuits, suite l'abonnement est à 8$/mois.