La VRT aurait-elle succombé à des pressions du Vlaams Belang ? Une séquence coupée crée la polémique

Une séquence coupée de l'humoriste Geert Hoste à la VRT crée la polémique.
Une séquence coupée de l'humoriste Geert Hoste à la VRT crée la polémique. - © JASPER JACOBS - BELGA

La décision de la VRT de couper une séquence de son émission satirique "De Ideale Wereld", datant du 30 avril, après les critiques formulées par le Vlaams Belang au sein de son conseil d’administration, suscite un vif débat au nord du pays. "Il s’agit d’un précédent dangereux", a ainsi estimé la députée régionale Groen Elisabeth Meuleman, qui préside la commission Média du Parlement flamand.

Le passage litigieux concerne une plaisanterie de Geert Hoste. L’humoriste y explique que pour se reconnaître quand ils portent un masque, les membres du Vlaams Belang font le salut hitlérien. Selon De Standaard, cette séquence a été coupée après des critiques exprimées par le Belang au sein du conseil d’administration de la chaîne publique. Olivier Goris, le directeur des programmes de Eén et Canvas, aurait présenté ses excuses à l’ensemble du CA.

"Des pressions politiques ont visiblement été exercées via le conseil d’administration et son président y a cédé. C’est le plus gros problème", a réagi Elisabeth Meuleman.

On est proche de ce qui peut s’appeler de la censure

Selon cette dernière, la VRT dispose pourtant de son propre code déontologique pour traiter ce genre de situation. "L’ombudsman doit normalement être saisi. Le conseil d’administration ne doit pas s’occuper du contenu des programmes", a-t-elle ajouté en estimant "qu’on est proche de ce qui peut s’appeler de la censure".


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Un avis largement partagé par le sp.a. "C’est un signal complètement erroné", a affirmé Hannelore Goeman, la cheffe de groupe des socialistes flamands au parlement régional. "Que l’extrême droite soit parvenue à faire modifier le contenu d’une émission, par l’intermédiaire du conseil d’administration, est très inquiétant", a renchéri la parlementaire et spécialiste des médias Katia Segers. "La VRT ne doit jamais plier aux pressions politiques. Nous devons absolument éviter de revenir à une chaîne publique politisée. La VRT est suffisamment forte pour ne pas céder à ces pressions", a-t-elle ajouté.

A droite aussi, le retrait de la séquence fait des remous. "Si la VRT a effectivement accédé à la demande de son administrateur Vlaams Belang, nous avons un problème fondamental", d’autant que l’extrême droite a elle-même introduit, ce mercredi, en séance plénière du parlement flamand, une résolution contre la censure médiatique, a souligné la parlementaire Open Vld Stephanie D’Hose.

Enfin, l’ex-candidat à la présidence du CD&V, Sammy Mahdi ne mâche pas non plus ses mots. "Tenter de faire taire la chaîne publique. J’oserais presque dire que ce sont des pratiques nazies", a-t-il écrit sur Twitter.

La direction de la VRT est attendue ce jeudi après-midi au parlement flamand afin d’exposer aux parlementaires régionaux les grandes lignes de son rapport annuel 2019. L'administrateur délégué ad intérim de la VRT, Leo Hellemans, a déjà nié toute ingérence politique exercée via le conseil d'administration. 

Le patron réfute toute ingérence

L'administrateur délégué ad intérim de la VRT, Leo Hellemans, a nié ce jeudi toute ingérence politique exercée via le conseil d'administration.


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"Quelqu'un nous a signalé un fragment embarrassant. Nous avons regardé ce passage et, avec la maison de production, nous avons jugé qu'il était effectivement inapproprié", a déclaré Hellemans sur le site web du diffuseur public vrt.nws. "Peu importe qui a porté plainte. Nous aurions fait exactement la même chose si ce commentaire venait de quelqu'un d'un autre parti ou de quelqu'un qui ne fait pas partie du conseil", a-t-il assuré.

La VVJ (association flamande des journalistes) préoccupée

De son côté, l'association flamande des journalistes (VVJ) a exprimé ce jeudi sa préoccupation face à la censure exercée sur le programme par le conseil d'administration et la direction du service public. L'association s'inquiète que, dans le futur, la VRT cède également à la censure dans des programmes d'information pure. "Que se passera-t-il si un invité fait une telle comparaison dans un autre programme? Et si quelqu'un dans un article d'opinion ou un commentaire établit un parallèle entre le Vlaams Belang et le nazisme? Et si quelqu'un relie un parti politique à la dictature, à un génocide ou à des crimes contre l'humanité?", s'interroge la VVJ.

L'association trouve par ailleurs interpellant le fait que la direction et le conseil d'administration de la VRT ne respectent pas l'indépendance éditoriale de l'émission "De Ideale Wereld".

La VVJ souligne en outre qu'il existe suffisamment de procédures conventionnelles pour les personnes qui seraient dérangées par le contenu d'un programme diffusé par la VRT.

Enfin, la VVJ s'étonne encore qu'un parti qui insiste sans arrêt sur la liberté d'expression et qui explore et transcende les limites de la décence avec son humour et sa satire, soit à l'origine d'une telle censure.

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