La recette (presque) secrète pour faire un bon best-seller à lire sur la plage

Pourquoi certains livres attirent-ils plus l'attention des lecteurs que d'autres ?
Pourquoi certains livres attirent-ils plus l'attention des lecteurs que d'autres ? - © pixabay.com - Free-Photos - CC0 Creative Commons

Il faut voir le regard offusqué de Judith Krans, auteur de best-seller à succès, quand Bernard Pivot lui parle de littérature "industrielle". C'était en 1984, le journaliste "bibliovore" consacrait une émission d'Apostrophes à la saison des best-sellers. Nous sommes en plein dans cette période, coincée entre le début de l'été et la rentrée littéraire de septembre.

Quels sont les livres qui figurent en tête des ventes ces dernières semaines ? Et quelle est la recette de leur succès ? Qu'en pensent les auteurs, petits et grands vendeurs. Focus sur ces livres (qu'ils soient en papier ou stockés dans une liseuse électronique) que vous avez mis dans votre valise.

En vacances, pas question de se prendre la tête. "Il parait que l’été, pendant les vacances, que vous soyez à la montagne, à la campagne ou sur la plage, vous préférez les romans populaires, les romans très romanesques, la littérature d’évasion à toute autre forme de littérature. Détente oblige, bien sûr", notait Bernard Pivot en 1984.

Musso et Levy : la force de l'habitude

L'affirmation est vraie encore aujourd'hui. Au sommet des hit-parades, les indétrônables sont là. Ils s'appellent Guillaume Musso, avec "La jeune fille et la nuit" (16e roman, le premier publié chez Calmann Levy après un divorce avec l'éditeur XO), et Marc Levy, avec "Une fille comme elle" (19e titre, encore et toujours chez Robert Laffont). 

Musso et Levy, les deux machines de guerre de l'édition. Début juin, à l'heure où les fans de lectures commencent à préparer leurs vacances, ils occupaient les quatre premières places au top 200 des ventes. Ils sont suivis de près par Joël Dicker ("La disparition de "Stephanie Mailer") ou Michel Bussi ("Sang famille").

Tous ces auteurs jouent sur une force, explique Thierry Bellefroid, présentateur de l'émission "Livré à Domicile" sur La Deux : l'habitude. "Le lecteur adore revivre une émotion qu'il a aimée. Il tente donc de la retrouver en achetant le ou les livre(s) suivant(s) du même auteur. Ainsi sont nés Musso et Levy. Mais aussi, plus récemment, Michel Bussi, qui a mis un certain temps à s'installer mais qui, une fois le premier succès installé, a connu des ventes exponentielles au point d'être le deuxième plus gros vendeur de l'Hexagone aujourd'hui", analyse le journaliste. 

>>> Retrouvez en fin d'article la sélection de livres et de bandes-dessinées de Thierry Bellefroid pour cet été

Et puis il y a toujours bien l'un ou l'autre outsider qui vient se glisser dans le classement : Raphaëlle Giordano est de ceux-là. Cela fait des mois qu'elle figure parmi les auteurs les plus vendus pour "Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une".

Sans oublier le Goncourt qui connait en cette période son crépuscule avant d'être remplacé par le prochain lauréat désigné traditionnellement en octobre. Cette année, c'est Leila Slimani ("Chanson douce") qui profite de ce coup de pouce très envié dans le monde de l'édition.

Comment faire un bon best-seller ?

Mais comment s'assurer une place sur les tables de librairie, bien en vue ? Pour Bernard Werber, qui a connu le succès dans les années 90 avec sa "Trilogie des fourmis", c'est un secret bien mal gardé. Pour rédiger un bon best-seller, il faut "une bonne histoire et une fin surprenante". "Je fais le livre que j'ai envie de lire. (Celui) qui va m'émerveiller, qui va m'amuser", expliquait-il en 2007 au journal télévisé de France 3.

Peut-on pour autant établir un algorithme, sorte de formule presque magique, pour rafler la mise en librairie ? C'est ce qu'ont tenté de faire Jodie Archer et Matthew L. Jockers dans leur livre "The Bestseller code". Pour établir une "anatomie d'un blockbuster de librairie", ces deux spécialistes de l'édition (elle est éditrice, il est chercheur à l'université) ont passé à la moulinette informatique quelque 20.000 ouvrages. 

Au terme de 5 ans de recherches, Archer et Jockers en sont arrivés à cette conclusion, résumée dans un article de Slate.fr : "Séduire des millions de lecteurs ne relève en rien du hasard." Un bon best-seller, c'est : un nombre limité de thèmes principaux (l'intime, la chaleur humaine et l'empathie sont parmi les plus porteurs), un rythme ternaire qui a fait ses preuves depuis des centaines d'années (scène d'exposition/conflit/résolution du conflit), un vocabulaire simple et des verbes d'action.

Pour Thierry Bellefroid, il faut aussi tenir compte d'un ingrédient primordial. "Ne négligeons pas les effets du marketing, non plus. Le bouche à oreille et les libraires font certains succès, surtout les plus inattendus. Mais la pub, la com', la sur-médiatisation en font bien davantage... Et on ne mise que sur ceux qui vendent déjà."

Ecrire en anglais... ou attirer l'attention en français

Enfin, si l'ambition d'un écrivain est de réussir dans le monde entier, mieux vaut s'exprimer en anglais. Un excellent auteur qui écrit en français touchera surtout le monde francophone avant d'hypothétiques traductions. Un anglophone aura droit d'entrée de jeu à un public bien plus large... avant l'adaptation au cinéma ou en série télévisée.

Il existe des exceptions à la règle faisant primer l'anglais sur tout autre langue. Ainsi, "La vérité sur l'affaire Harry Quebert" du Suisse Joël Dicker a beau avoir été écrit en français (dans un style tellement limpide que certains lecteurs ont cru à une traduction depuis l'anglais), il sera prochainement porté au petit écran avec l'acteur Américain Patrick Dempsey dans le rôle titre. Dans le cas de Joël Dicker, le bouche à oreille après l'obtention de prix comme le Goncourt des lycéens et le prix du roman de l'Académie française ont joué un rôle prédominant.

Dans ce contexte, les Belges sont-ils condamnés à vivre dans l'ombre du voisin français ? Amélie Nothomb ou les romans policiers de Barbara Abel sont autant de preuves du contraires. "Il y a aussi toute une série d'auteurs belges qui réalisent de meilleures ventes que leurs homologues français, rappelle Thierry Bellefroid. Y compris dans des maisons d'éditions parisiennes, où des auteurs français parfois encensés par la critique peuvent stagner autour des mille exemplaires à la nouveauté. Quelqu'un comme Armel Job par exemple (qui a publié cette année "Une femme que j'aimais" chez Robert Laffont, NDLR) n'a vraiment pas à rougir de ses ventes."

Les romans incontournables à lire cet été, sélectionnés par Thierry Bellefroid

Détente et évasion : 

  • Le Suspendu de Conakry, de Jean-Christophe Rufin, Flammarion 
  • J'ai perdu Albert, de Didier Van Cauwelaert, Albin Michel 
  • Laisse-moi en paix, de Clare Mackintosh, Marabout 

Polar social et politique : 

  • Ma ZAD, de Jean-Bernard Pouy, Série Noire Gallimard
  • Kisanga, d'Emmanuel Grand, Liana Levi
  • Le Salon de beauté, de Melba Escobar, Denoël 
  • Rien de plus grand, de Malin Persson Giolito, Presses de la Cité 

Littérature belge 5 étoiles :  

  • Partir avant la fin, Ariane Le Fort, Seuil 

Destins singuliers : 

  • L'Homme sensible, d'Eric Paradisi, Anne Carrière
  • La facture, Jonas Karlsson, Babel (poche) 

Roman des écorchés : 

  • Un jardin de sable, Carl Thompson, Monsieur Toussaint Louverture 

Voyage littéraire : 

  • Traversée, de Francis Tabouret, P.O.L. 
  • Samouraïs dans la brousse, Guillaume Jan, Paulsen

Essai très littéraire sur l'Amérique de Trump : 

  • Raconte-moi la fin, de Valeria Luiselli, L'Olivier

Essai bucolique de haute tenue stylistique : 

  • La Bête a bon dos, de Christine Van Acker, José Corti 

Les bandes-dessinées incontournables à lire cet été, sélectionnées par Thierry Bellefroid

Action, détente : 

  • Il faut flinguer Ramirez, de Nicolas Petrimaux, Glénat 
  • Tyler Cross T.3, de Nury & Brüno, Dargaud 

Humour absurde : 

  • Moins qu'hier (plus que demain), de Fabcaro, Glénat

Adaptation littéraire : 

  • Bonjour tristesse, de Françoise Sagan, par Frédéric Rébéna, Rue de Sèvres
  • Serena, de Ron Rash, par Pandolfo & Risbjerg, Sarbacane

Autobiographie à ne pas rater : 

  • Ailefroide : altitude 3954, de Rochette, Casterman

Anticipation brillante : 

  • Alt-Life, de Falzon & Cadène, Le Lombard

Fantastique onirique : 

  • Essence, de Benjamin Flao & Fred Bernard, Futuropolis

Page d'histoire oubliée : 

  • Florida, de Jean Dytar, Delcourt 

Histoire du XXe siècle à taille humaine : 

  • Jonas Fink, de Giardino, Casterman 

Sujet du journal télévisé du 18 juin 2017: comment choisit-on ses lectures de vacances ?


Tout au long de l’été, la rédaction web de la RTBF vous raconte des histoires liées à des objets incontournables de l’été. D’où viennent-ils ? Que disent-ils de nous et de notre société ? Quels souvenirs font-ils remonter à la surface ? Le thermomètre, la tente qui se déploie en deux secondes, l’apéro, la crème solaire, les tubes de l’été qui vous ont fait danser ou encore ces émissions qui animent nos soirées télé estivales… Retrouvez tous les articles en cliquant ici.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK