La prison, "mon école du crime": le témoignage d'Amedy Coulibaly en détention (vidéo)

Il a essayé de le raisonner, vendredi. Il avait même essayé de se rendre Porte de Vincennes, avait essayé de l'appeler. Sans succès. "Il", c'est l'ancien co-détenu d'Amedy Coulibaly, l'homme qui a tué une policière à Montrouge jeudi 8 janvier, le preneur d'otage qui a abattu quatre clients d'une supérette casher, vendredi 9 janvier.

Ils avaient été incarcérés ensemble, il y a des années. Mais son compagnon de taule ne pensait pas qu'Amedy pouvait en arriver à commettre ces actes criminels. Les deux avaient en commun l'aversion de la prison, ils avaient en tous cas réunis leurs efforts pour en dénoncer les travers, la violence, les dangers.

C'est ce que relaie ce mardi le quotidien Le Monde, sur son site. Le journal publie en effet une vidéo, dont les images ont été tournées en 2007. Des scènes filmées dans la clandestinité, dans l'enceinte de la prison de Fleury-Merogis, où Amedy Coulibaly est détenu à l'époque. Des scènes crues qui montrent l'état insalubre des lieux, les conditions de vie déplorables des prisonniers, la violence endémique.

Dans cet extrait publié par Le Monde, les cellules aux murs sales, les douches aux moisissures apparentes, aux équipements insuffisants sont visibles, mais aussi des témoignages parlants sur les relations entre prisonniers, la débrouille et l'agressivité:

Le Monde avait rencontré ces deux prisonniers, sous conditions strictes d'anonymat, en 2008. "C’était un jeune homme sorti de prison comme on en rencontre régulièrement en reportage lorsqu’on explore les quartiers les plus difficiles de la banlieue parisienne. Un "black", musculeux, soupçonneux, condamné pour des affaires de braquage", écrit le journaliste Luc Bronner.

Amedy Coulibaly avait réussi à faire publier ses images par Envoyé Spécial, en 2009. "Fleury-Mérogis, les images interdites", une vidéo de 2h30, montrait également des hommes se faire rouer de coups, des bagarres. Ce témoignage authentifié par l'Observatoire international des prisons, avait bouleversé public et associations.

"La prison, c’est la putain de meilleure école de la criminalité"

"Quand on est en détention, on voit plein de reportages télé sur les prisons. Mais ils ne montrent jamais ce qui se passe vraiment parce que l'administration organise les visites et ne montre que les bâtiments en bon état. On s'est dit qu'il fallait montrer l'autre côté de la détention", expliquait Amedy Coulibaly. Qui a affirmé au journaliste du Monde "vouloir faire bouger les choses".

"La prison, c’est la putain de meilleure école de la criminalité. Dans une même promenade, tu peux rencontrer des Corses, des basques, des musulmans, des braqueurs, des petits vendeurs de stups, des gros trafiquants, des assassins ", soulignait-il. "Là bas, tu prends des années d’expérience. Au début, quand je suis arrivé en détention après avoir fait une connerie, je me disais j’arrête tout. Après le temps passe et je me dis, je nique tout, ils me rendent ouf. Comment vous voulez apprendre la justice avec l’injustice ?", disait-il.

La démarche des deux anciens co-détenus de l'époque ne s'était pas arrêtée là. Leur vidéo les a amenés à publier un livre: "Reality Taule, au-delà des barreaux".

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La prison "mon école du crime": le témoignage d'Amedy Coulibaly en détention (video) © Tous droits réservés

"Dans ce livre, où Amedy Coulibaly apparaît en photo sur la couverture, de dos, regardant par les barreaux de la prison, on découvre le parcours de braqueur multirécidiviste, son tempérament 'blasé, pessimiste et fataliste', comment la prison est devenue son 'école du crime'", rapporte Le Parisien.

Un livre qui s'ouvre avec une dédicace des deux auteurs: "Nous dédions ce livre à ceux qui feront tout pour ne jamais aller en prison et ceux qui feront tout pour ne jamais y retourner"...

Un témoignage glaçant. Et, à l'heure où les prisons sont sous les feux de l'actualité, instructif sur la déshérence d'une certaine jeunesse, sur la violence des lieux de détention. Des erreurs à ne pas reproduire aujourd'hui?

@wafayoumi, avec Le Monde

 

 

Regardez aussi ce reportage de nos journalistes du JT. On y évoque les problèmes de radicalisation en prison, aussi chez nous. Un conseiller du culte islamique y explique ses difficultés:

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