La presse écrite boit la tasse en Belgique francophone

La presse écrite boit la tasse en Belgique francophone
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Les derniers chiffres du CIM (Centre d'information sur les médias) sont désastreux pour les quotidiens francophones : en un an, le recul atteint près de 7% pour la version papier et la diffusion payante en ligne n'arrive pas à endiguer le mouvement.

On le sait depuis des années, la lecture des journaux papier intéresse de moins en moins de monde et la tendance ne semble pas s'arrêter. Chaque livraison des tableaux du CIM en apporte la confirmation. Et la dernière ne fait pas exception à la règle.

La diffusion globale des journaux belges en version papier est en net recul entre le quatrième trimestre 2013 et le troisième trimestre de cette année : -4,53%. Ce sont surtout les titres francophones qui accusent le coup : -6,92% en moyenne. Parmi les moins bien lotis, Le Soir perd 8,61%, La DH/Les Sports 9,06%, le gratuit Metro (FR) 11% et L'Echo 12,87%.

En Flandre, où le lectorat est plus attaché au journal papier, notamment pour ses éditions régionales, le reflux est en moyenne de -3,42%. On note, que Metro (NL) cède aussi plus de 10%.

A côté de cette diffusion papier, tous nos journaux proposent de l'information en ligne. Mais la version payante de ces sites n'arrive pas à les maintenir à flot du côté francophone : -4,22% en moyenne. Ce sont surtout Le Soir et L'Echo qui ont réussi à développer l'abonnement payant à leur site, mais cela ne leur permet de limiter leurs pertes qu'à la marge : respectivement -7,66% et -2,99%.

Au nord du pays, les journaux flamands gèrent mieux les possibilités d'abonnements en ligne. C'est principalement le cas de De Tijd, qui jouit comme L'Echo d'un lectorat limité mais qualitatif et intéressé dans une info économique et boursière où la rapidité est essentielle : un tiers de ses abonnements sont numériques. Résultat, en Flandre la diffusion payante papier et en ligne stagne mais se maintient.

Une stratégie digitale qui s'est fait attendre

"Les éditeurs sont en train de mettre en place une stratégie digitale, mais trop tard", observe Thibaut De Norre, directeur des études chez Auxipress.

Longtemps, le support digital est resté gratuit. "Nous sommes à un moment charnière, note-t-il, il s'agit "renforcer la stratégie digitale, ce qui n'est pas évident, compte tenu des différents supports, tablette, smartphone ou PC".

La décision de rendre des sites ou des parties de sites de presse écrite payant intervient donc trop tard, selon Thibaut De Norre, citant l'exemple récent de la La Libre et de La DH. Il souligne aussi la richesse que peuvent apporter les contenus digitaux, qui à la différence du papier ne sont pas limités dans l'espace.

Diversifier: le modèle NYT

Comment développer un modèle payant viable pour la presse quotidienne ? C'est le défi que doivent donc relever les éditeurs belges.

L'expérience payante entamée par le New York Times montre qu'on peut gagner ce pari. Le journal américain a été pionnier en la matière, ce qui lui a donné le temps d'expérimenter les différentes formules de contenu en ligne payant. S'il est en train de réussir aujourd'hui, dit Thibaut De Norre, c'est grâce à un contenu riche, diversifié et peu cher.

Ces mauvais chiffres n'hypothèquent cependant pas l'avenir de la presse quotidienne belge, estime-t-il : "Notre paysage de presse écrite a déjà été réduite. On vendra toujours moins de papier et plus de presse digitale", mais à condition de se diversifier, ajoute-t-il, et de miser sur les segments d'avenir : l'info locale, de proximité et l'info spécialisée.

@jfherbecq

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