La presse belge commente le "zwart-gele zondag" de Bart De Wever

Le dessin de Pierre Kroll en une du Soir
Le dessin de Pierre Kroll en une du Soir - © Capture d'écran du journal Le Soir

Pour la presse flamande, ce dimanche d'élection a désormais un nom : "zwart-gele zondag" (le "dimanche jaune et noir"). Et les quotidiens s’accordent pour afficher en une cette victoire de la N-VA.

En une du journal Le Soir, on voit un dessin de presse de Kroll sur lequel Bart De Wever progresse sur une grande marelle, entre Belgique et Flandre Indépendante. Bart De Wever, toujours, en photo, cette fois, au balcon de l'hôtel de ville d'Anvers : c'est la une du Nieuwsblad : "zwart-gele zondag", mais surtout "triomphe" total. Le mot se retrouve partout dans les unes du nord du pays. "Triomphe" pour Het Laatste Nieuws. "Triomphe" encore, pour Het Belang Van Limburg, triomphe bien sûr pour Bart De Wever.

Et puis, c'est sans doute ce lundi la première page la plus parlante, celle du Standaard. Bart De Wever et ses colistiers gravissent une à une les marches de l'hôtel de ville d'Anvers. Tout autour les flashs crépitent. Sur la photo tout le monde sourit. Tout le monde, à une exception près : Bart De Wever, grave, semble déjà préoccupé par la prochaine étape. Le Standaard titre : "Impossible de l'arrêter. Il vise désormais la Belgique". La N-VA est l'unique vainqueur de ce scrutin, dans la ville et à travers le pays. Il n’y a pas besoin de rappeler les chiffres, l'éditorialiste du Standaard se contente de constater que la formation de Bart De Wever, partie de rien, est désormais devenue le deuxième parti local de Flandre. Et, sur le plan provincial, rien de moins que le premier parti de Flandre.

Transfert de voix

Wouter Verschelden, dans De Morgen, poursuit : "Premier parti provincial certes, mais surtout nouveau parti populaire  flamand. Tout un réservoir de voix conservatrices de droite et jusqu'ici accrochées au Vlaams Belang, ont changé de main. Cette manne de voix pourra désormais peser sur la politique".

Du côté francophone, Béatrice Delvaux dans Le Soir le reconnaît, ce transfert de voix du Vlaams Belang vers la N-VA "est à mettre à l'actif du parti nationaliste, le seul parvenu à mettre hors-jeu le parti d'extrême-droite".

Dans son discours de dimanche, Bart De Wever a lancé au Premier ministre Elio Di Rupo un appel à discuter de la construction du confédéralisme. "Prise de pouvoir, phase numéro 1" : l'expression est de Luc Vanderkelen, l'éditorialiste du Laatste Nieuws, le quotidien flamand le plus lu, qui constate qu’aucun des trois partis flamands - présents au Fédéral - n'est totalement effacé de la carte. Mais tous ont perdu des plumes. En clair, le CD&V et l'Open Vld ont désormais perdu beaucoup de marge de manœuvre. Pour autant, aucun non plus, n'osera débrancher la prise, comme l'Open Vld a fait en 2010.

Un faux pas?

Du coup, bien sûr, Bart De Wever n'a pas manqué cette occasion de rajouter un peu de pression en plus sur les épaules francophones. Et ici, "un peu" de pression doit se comprendre comme un euphémisme. Cet appel à négocier, chacun le digère différemment. "Etait-ce un faux pas?" se demande De Standaard. Peu importe finalement, car la menace est de toute façon inévitable.

Les challengers de la N-VA, ou en tout cas les partis qui oseraient encore se poser en challengers de la N-VA, ne peuvent plus espérer que leur cauchemar s'arrête. Pour ne citer qu'eux, à nouveau, l'Open Vld ou le CD&V, De Standaard constate que changer de président représente pour eux un risque énorme. Mais sans un nouveau souffle, ils risquent en juin 2014 une vraie claque.

Pour conclure côté flamand, la seul voie possible est soufflée par Luc Vanderkelen : les partis au gouvernement doivent réaliser la réforme prévue et même aller plus loin que l'accord de gouvernement, dans la direction de ce que veut l'électeur flamand.

Les éditos de la presse francophone

Pour la presse francophone, il faut aller jusqu'au bout. Appliquer les réformes prévues au Fédéral. Toutes, tant les socio-économiques que les institutionnelles. Certes, mais l'éditorialiste de La Libre le rappelle  d'entrée de jeu : Bart De Wever est bourgmestre d'Anvers, pas Premier ministre. Il serait donc injuste, pour tous ceux qui ont été élus, de réduire ce scrutin au seul résultat de la N-VA. Surtout, l'éditorialiste le constate, on est impatient de voir de quoi BDW est réellement capable. Dès mercredi, il mettra les mains dans le cambouis et ce sera une grande première. Quant aux francophones, qu'ils définissent sans tarder leurs réponses communes. On connaît le programme de la N-VA. Non, ce n'est pas aujourd'hui qu'il faut commencer à négocier le confédéralisme, mais oui, faut-il sans doute s'y préparer.

Thierry Dupièreux dans L'Avenir calme le jeu: espérons que le vote que nous avons exprimé prendra avant tout sa dimension dans la gestion future de nos communes. Une gestion qui sera, finalement, aussi une réponse à tous ces griefs que BDW formule sans cesse vis-à-vis de la Wallonie. Le communal peut donc répondre à l'incertitude fédérale, oui, car c'est là que se cultivent le dynamisme et l'intégrité politique.

Pour Le Soir et Béatrice Delvaux, c'est bien d'un détournement des élections qu'il s'agit. Et les francophones se tromperaient lourdement en balayant d'un geste ce signal venu de Flandre : "Il n'y a pas de temps pour se lamenter, régler ses comptes ou tergiverser. Ce qui monte en Flandre depuis des mois doit être géré. Sinon Bart De Wever l'imposera. Car lui sait où il va. Et il y va".

A. L. avec N. Vandenschrick

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK