La liberté de la presse, une liberté jamais acquise

Depuis le début de l’année, 38 journalistes sont décédés et 129 emprisonnés.
Depuis le début de l’année, 38 journalistes sont décédés et 129 emprisonnés. - © RSF

Dimanche, le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi a ratifié une loi antiterroriste sévère prévoyant notamment une peine de prison allant de cinq à sept ans pour toute personne accusée de "promotion d’idées incitant à la violence". Sans nommer expressément les journalistes, la loi stipule qu’une amende allant de 200 000 à 500 000 livres égyptiennes (soit environ 23 000-58 000 euros) pourrait toucher quiconque diffuserait ou publierait de "fausses" informations sur des activités terroristes. Un exemple de la remise en question de la liberté de la presse dans le monde – une liberté en dents de scie selon les législations nationales. Tour d’horizon de cette liberté qui doit se revendiquer sans cesse pour être reconnue.

La liberté de la presse dans le monde selon RSF

Régulièrement, Reporter Sans Frontière (RSF) rappelle un constat alarmant : d’année en année, cette liberté, bien nécessaire dans une société démocratique, décline sur tous les fronts. Les chiffres peuvent ne pas sembler – aussi triste que cela soit à dire – flagrants : 38 journalistes sont décédés et 129 emprisonnés depuis le début de l’année. Mais lorsque l’on compare avec les chiffres de 2002, c’est le choc : les chiffres ont presque triplé en treize ans.

"Le World Press Freedom Index (Indicateur pour la liberté de la presse à l’international, ndlr) met en lumière la détérioration générale de la liberté de la presse en 2014. Assaillie par les guerres, les autorités non-gouvernementales, les violences au cours de manifestations et la crise économique, la liberté de la presse est en recrudescence sur les cinq continents."

Têtes de liste des bons élèves, les habituels Finlande, Norvège et Danemark. De l’autre bord, le Turkménistan, la Corée du Nord et l’Érythrée sont les pires pays en terme de liberté de la presse. Et si la Belgique arrive à la 23ème place sur les 180 pays listés en 2014, l’herbe n’est pas vraiment plus verte ailleurs.

La France borderline

"Journalistes, collabo !", criaient des manifestants français en janvier 2014 pendant une manifestation d’opposition au pouvoir en place. La France est, à la suite les attentats de Charlie Hebdo, le pays ayant perdu le plus de journalistes depuis le début de l’année.

La question de la sécurité est donc brûlante en France : la validation par le Conseil constitutionnel, ce 23 juillet, de la majeure partie de la loi sur le renseignement ne remporte pas tous les suffrages – loin de là.

Les défenseurs de la liberté d’expression dénoncent une nouvelle atteinte à la liberté de la presse. La loi sur le renseignement a donc suivi, proposant l’autorisation d’écoutes administratives. Elle passe de cinq à sept critères autorisant sa mise en place. De la "Prévention du terrorisme" aux concepts flous de protection de l’"Indépendance nationale" et de "Prévention des atteintes à la forme républicaine des institutions" : ses motifs sont bien larges et pourraient faire se rétracter la liberté de la presse.

Or, depuis Charlie Hebdo, la France est sous "menace imminente" terroriste. De quoi laisser une certaine marge aux autorités de surveillance. Pourquoi ne pas poser en effet un traqueur GPS ou un micro sur des militants politiques un peu trop extrémistes ou des journalistes d’investigation en plein terrain, question de "Défense nationale" ?

Manuel Valls, le Premier ministre français, s’est pourtant réjoui de son acception :

Mais les contours nouveaux de cette loi posent question : jusqu’où les autorités nationales peuvent-elles intervenir sous prétexte de protéger ses citoyens ?

 

Pour plus d'informations sur le sujet :

Les commentaires des analystes égyptiens sur la loi ratifiée par le président Al-Sissi sur le site Aswat Masriya (en anglais)

La tribune signée par plusieurs organisations contre la loi égyptienne (en anglais)

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