"La France, son Etat et son armée, fut complice du génocide rwandais"

Des soldats français patrouillent aux côtés de milices Hutu le 27 juin 1994, près de Gisenyie, près de la frontière congolaise
Des soldats français patrouillent aux côtés de milices Hutu le 27 juin 1994, près de Gisenyie, près de la frontière congolaise - © PASCAL GUYOT - BELGAIMAGE

A l'occasion des commémorations des vingt ans du génocide rwandais, le site d'information en ligne Mediapart publie un éditorial au vitriol intitulé: "Rwanda, le déshonneur de la France". Très étayé, l'article rappelle les faits et renvoie vers les documents qui prouvent le rôle de la France dans le dernier génocide du XXème siècle.

"La France, c’est-à-dire sa présidence, son gouvernement, son État et son armée, fut complice du génocide rwandais. Parce qu’elle a longtemps soutenu et armé le pouvoir qui l’a planifié, parce qu’elle a formé les civils et les militaires qui l’ont exécuté, parce qu’elle a épousé l’idéologie raciste (...) qui l’animait, parce qu’elle n’est pas intervenue pour l’empêcher, parce qu’elle a laissé sans défense des populations qui lui demandaient protection, parce qu’elle a même facilité la fuite des génocideurs (sic) vers le Congo voisin".

Il n'y a dans cet extrait de l'éditorial de Mediapart de ce lundi 7 avril (lien payant), aucune révélation. Toutes ces informations sont de notoriété publique depuis plus ou moins longtemps. Mais il a le mérite de rappeler en quatre lignes toute l'étendue du rôle de la France dans le pire massacre humain depuis la Seconde Guerre mondiale.

Voilà également l'occasion pour le poil à gratter médiatique de la France de préciser que Paris n'a encore jamais amorcé l'idée d'éventuelles excuses envers Kigali. "Faudra-t-il donc attendre un demi-siècle (le temps mis par Paris pour faire face au rôle de ses autorités officielles dans la Shoah, ndlr) pour que la République française prononce (...) les mots qu’elle doit au peuple rwandais? Mots d’excuse, mots de pardon, mots de vérité", s'interroge Edwy Plenel, le rédacteur en chef de Médiapart.

Si la Belgique a des choses graves à se reprocher également dans ce sombre épisode de l'histoire humaine, elle a eu, par deux fois, l'humilité de demander pardon aux autorités rwandaises, rappelle l'ancien journaliste du Monde.

 

"La France officielle a décidé de ne pas honorer les victimes du génocide et, ce faisant, de déshonorer notre peuple"

Paris, de son côté, a refusé d'envoyer son plus haut représentant aux cérémonies de commémoration de ce lundi. De ce fait, "la France officielle a décidé de ne pas honorer les victimes du génocide et, ce faisant, de déshonorer notre peuple".

Et a vu ensuite, en contrepartie, son ambassadeur être décrété persona non grata par les autorités rwandaises.

Un entêtement négationniste qui empêcherait la France de prendre la pleine mesure des leçons dont la tragédie rwandaise est porteuse pour l'humanité, avance Edwy Plenel.

"Le génocide rwandais parle autant sinon d’abord de nous, de la France et de l’Europe, de notre héritage colonial, de nos idéologies meurtrières, de nos humanités criminelles. Et nous ne pouvons pas prétendre l’ignorer, malgré cette insistance négationniste qui empuantit le débat français sur le Rwanda, et ce d’autant plus que notre classe politique la cautionne par ses rodomontades ou ses silences".

Car, rappelle l'éditorialiste, "la France fut l’alliée indéfectible de cet État génocidaire. La France présidée par le socialiste François Mitterrand lequel, en 1994, cohabitait avec un gouvernement de droite, celui d’Édouard Balladur dont Alain Juppé était le ministre des affaires étrangères", précise-t-il pour renvoyer gauche et droite à leurs responsabilités respectives.

Des deux accusations de Paul Kagame, l'une est avérée, l'autre examinée par la Justice

Le contentieux diplomatique entre Paris et Kigali a été réactivé par les propos du président rwandais Paul Kagame dans une interview accordée à Jeune Afrique.

"Prenez le cas de la France. Vingt ans après, le seul reproche admissible à ses yeux est celui de ne pas en avoir fait assez pour sauver des vies pendant le génocide. C’est un fait, mais cela masque l’essentiel: le rôle direct de la Belgique et de la France dans la préparation politique du génocide et la participation de cette dernière à son exécution même", y a déclaré le chef d'Etat rwandais.

Si Mediapart n'a jamais oublié de dénoncer les "éléments les plus sombres du régime" Kagame (lien payant), le site précise toutefois que les accusations de "l'autocrate" rwandais contre la France, pour gravissimes qu'elles soient, n'ont pourtant rien de scandaleuses.

"Des deux accusations de Paul Kagamé, celle d’un soutien politique au pouvoir génocidaire et celle d’une participation active au génocide, la première ne devrait pas faire discussion vingt ans après les faits", constate l'auteur. Mediapart publie d'ailleurs également un article intitulé "Dès 1990, l'Elysée est informé du projet de génocide", qui rappelle l'ampleur du soutien politique et militaire de la France au régime génocidaire. "Quant à la participation active de militaires français, le cas (du massacre) de Bisesero est actuellement au centre d’une information judiciaire menée au pôle génocide du tribunal de Paris", rappelle le patron du site d'information.

Pour découvrir l'intégralité de cet éditorial, et les nombreux liens vers lesquels il renvoie, rendez-vous sur le site de Mediapart.

Julien Vlassenbroek (@julienvlass)

 

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