La Fortune Des Winczlav – 1. Vanko – une chronique mitigée…

La fortune des Winczlav
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La fortune des Winczlav - © Dupuis

Ce livre est le premier volume d’une série préquel (une œuvre dont l'histoire précède celle d'une œuvre antérieurement créée). Et les amateurs de Largo Winch seront aux anges !

Il y a deux raisons pour lesquelles j’ai décidé de vous parler de ce livre, " la fortune des Winczlav ". La première, c’est que Philippe Berthet, le dessinateur de ce qui doit être une trilogie, est un de ces auteurs pour lesquels j’ai toujours eu une vraie admiration. C’est un dessinateur qui réussit à étonner, à dépasser ses propres limites dans des histoires souvent puissamment ancrées dans le monde du polar, comme dans " L’œil du chasseur ", une ancienne de ses œuvres qui vient d’être rééditée chez l’éditeur Anspach.

La grande qualité de Berthet, c’est d’être un metteur en scène. Il a toujours axé ses livres, quels qu’en soient les scénaristes, sur l’humain, sur des personnages atypiques, voire différents. Et le projet qui lui a été proposé, dès lors, ne pouvait que l’attirer.

Comme l’indique le titre, tout commence, dans ce premier volume, en 1848, dans les Balkans, avec un jeune médecin, Vanko Winczlav, pris dans les tourbillons d’une insurrection et obligé, de ce fait, à fuir ses terres natales pour tenter l’aventure aux Etats-Unis.

Une femme l’accompagne, qu’il épouse par obligation, dont il divorce, la laissant découvrir, avec avidité et réussite, sans aucun sens moral, les plaisirs du rêve américain et de ses richesses seule de son côté…

Mais ne croyez pas que cet album est le récit de ce premier des " Winch " arrivé aux Etats-Unis.

A partir de ce personnage, le scénariste s’amuse à jouer à la fois avec la grande Histoire et le temps, avec des personnages imaginaires et des personnages réels. Il y a la guerre de sécession, il y a la folie du pétrole, il y a deux fils qui prennent des chemins différents et desquels viendra la première simplification d’un nom européen trop ardu à retenir et à prononcer, sans doute, pour les " vrais " Américains. Il y a le temps qui passe, du milieu du dix-neuvième siècle jusqu’à l’orée du vingtième siècle…

Une autre raison me pousse aussi à chroniquer ce livre… Elle est, elle, moins positive !

J’ai lu, il y a deux ou trois jours, une interview du scénariste Jean Van Hamme qui se permettait de dire que la bande dessinée d’aujourd’hui ne faisait plus rêver, qu’elle n’avait plus, sous-entendait-il, de bon scénariste ! (sauf lui, bien évidemment)

Van Hamme a été un scénariste excellent… Pour SOS Bonheur, surtout le tome 1, pour les premiers épisodes de Thorgal, pour le Chninkel, entre autres… Mais il est devenu très répétitif, avec des thématiques qui tournent en rond d’album en album, de série en série : le pouvoir, l’argent, la violence, le sexe de préférence vénal ou, au moins, " intéressé ", une obsession pour les femmes soumises ou fatales, une obsession qu’il camoufle dans un discours presque féministe qui sonne assez faux, voilà les ressorts de ses récits depuis des années. Et il en va de même ici. Mais ce livre n’est pas mauvais, et Van Hamme peut, à mon avis, remercier mille fois Berthet d’être parvenu à rendre son scénario lisible et, ma foi, agréable à lire…

Van Hamme m’avait dit, ici à la rtbf, il y a quatre ans, que plus jamais il ne ferait de bande dessinée. Il a changé d’avis, soit… Mais ses rêves de fric et de pouvoir ne sont définitivement pas les miens… Cependant, bravo , vraiment, à Berthet qui, lui, continue à m’enchanter par le talent qu’il a de faire vivre, avec ses propres rêves, les scénarios des autres !

 

Jacques Schraûwen

 

La Fortune Des Winczlav – 1. Vanko 1848 (dessin : Philippe Berthet et Dominique David – scénario : Jean Van Hamme – couleurs : Meephe Versaevel – éditeur : Dupuis – 56 pages – mars 2021)

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