La fin des achats de points sur FIFA déçoit les professionnels du eSport belge

Les gagnants d'une compétition de eSport en 2017 à Paris
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Les gagnants d'une compétition de eSport en 2017 à Paris - © THOMAS SAMSON - AFP

Le géant des jeux vidéo Electronic Arts annonce le retrait de ces Points FIFA de la vente en Belgique. Un système qui permettait aux joueurs de ce jeu de foot en ligne de payer pour acheter des packs et recevoir des avantages dans le jeu. Cette pratique était jugée illégale par la Commission des jeux de hasard en Belgique puisque les utilisateurs payaient sans garantie de ce qui se trouverait dans leur pack. Aujourd’hui, la société américaine se conforme enfin à la législation belge. Mais l’esport belge en prend un coup.

C’est une nouvelle qui risque de fâcher la communauté des joueurs de FIFA en ligne. Ou du moins la partie d’entre eux qui jouent sur le mode FIFA Ultimate team en ligne : Electronic Arts vient de décider ce mardi matin de retirer ses Points FIFA de la vente. Dans un communiqué envoyé ce mardi aux médias, Electronics Arts (EA) explique que : "Après de nouvelles discussions avec les autorités belges, nous avons décidé de ne plus proposer les Points FIFA à la vente en Belgique". Pour les joueurs belges du jeu de football virtuel le plus vendu au monde, cela signifie qu’ils ne pourront plus acheter les packs FIFA Ultimate Team et devront se contenter de ce qu’ils ont dans leur effectif actuellement.


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Des packs de 0,99 à 99 euros

Ces points FIFA, ce sont des crédits que l’on achète en ligne et qui servent ensuite à acheter des packs de cartes qui permettent d’améliorer son équipe. Un principe semblable aux albums Panini, ces albums à remplir à l’aide de stickers et qui sont particulièrement prisés à l’approche de la coupe du monde de football. 

Le prix de ces packs FIFA Ultimate Team ? Entre 0,99 et 99 euros pour une sélection de cartes qui donnent des avantages dans le jeu en ligne. Des avantages de trois types : des cartes "joueurs" qui permettent d’étoffer son effectif, des cartes "contrats" qui permettent d’"embaucher" ses joueurs comme pour un vrai club et enfin des cartes "forme" qui permettent d’améliorer les performances des joueurs.

Une forme de pari selon la Commission des jeux de hasard

Le problème, c’est que l’achat de ces packs est une véritable loterie. L’achat de ceux-ci peut parfois ne rien rapporter d’intéressant à son acheteur. Ce qui s’apparente à de la loterie pour la Commission des jeux de hasard belge. Celle-ci avait déjà alerté la justice belge en septembre 2018. Dans un premier temps, Electronic Arts avait tenté d’arrondir les angles en ajoutant un indicateur de la probabilité de recevoir des cartes intéressantes. Mais, comme l’explique le coach français Cédric "Sir Alex" Gouth, directeur de l'académie Epsilon, "ce sont des probabilités très vagues (…) et donc tu n’as pas de chance de trouver un joueur qui va rentabiliser ton pack". Un indicateur pas assez précis pour les autorités judiciaires qui ont donc demandé la fin de ces Points FIFA en Belgique, comme l’explique la société américaine dans son communiqué. La Belgique est le premier pays au monde à interdire la vente de ces Points FIFA.  De son côté, le ministre de la justice Koen Geens a réagi à cette annonce ce matin sur Twitter : "Le mélange des jeux vidéo avec les jeux de hasard, surtout à un âge précoce, représente un danger pour la santé mentale".

Le monde de l’eSport belge en colère

Sous le tweet du ministre de la justice Koen Geens (CD&V), plusieurs joueurs d’eSport ont réagi : "Vous avez détruit l’eSport belge" explique Dns2311, "Il ne comprend pas assez bien le jeu que pour comprendre ce qu’il vient de faire aux professionnels belges" répond MrDoorey sur Twitter.

Pour les joueurs professionnels belges, c’est une grande déception. Julian "Twikii" Albiar Fernandez est le joueur officiel du Standard de Liège, il explique : "Pour l’instant, ça ne pose pas de problème, mais c’est quand FIFA 20 arrivera en septembre (…) on va devoir jouer avec des joueurs de nos clubs contre des Sergio Ramos et autres légendes". Comprenez : au moment où un nouveau jeu sort, chaque année au mois de septembre, les joueurs paient chèrement leurs packs pour avoir les meilleurs joueurs et être compétitifs face aux professionnels et amateurs des autres pays.


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Au talent de chaque joueur se conjugue donc un apport financier – parfois très conséquent – qui peut lui permettre de dominer ses adversaires et de se qualifier pour les grandes compétitions européennes et mondiales. Et ce business lucratif, les clubs l’ont bien saisi puisqu’ils investissent dans les joueurs les plus prometteurs et leur permettent de s’acheter de nombreux packs. Selon une source au sein de l’eSport, les joueurs professionnels paieraient "en moyenne entre 5.000 et 15.000 euros" pour leurs packs en début de saison.

Les clubs belges, les grands perdants

Mais dans cette histoire, ce sont finalement les clubs belges qui pourraient être les "grands perdants" selon Gregory Champagne, président de l’académie d’eSport Epsilon. "Avec cette réglementation, les joueurs belges iront ailleurs pour pouvoir continuer à s’acheter des cartes" explique le directeur de l’académie d’eSport. "Le seul moyen qu'on aura pour acheter des points FIFA ce sera d'aller en France avec notre console ou de prendre un VPN" explique de son côté le joueur du standard de Liège. Actuellement, les fameux pack FIFA Ultimate Team étant interdits dans les compétitions officielles en Belgique, la Pro League se joue dans un autre mode de jeu, le mode FIFA 85. Mais cette compétition n’intéresse pas EA Games qui, "depuis trois ans, a mis FIFA Ultimate Team au centre de son jeu et de son business", raconte Greg Carette, expert jeu vidéo et eSport à la RTBF.

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