La data, cet or binaire que l'Homo digitalis consomme sans modération (L'ère des données 1.1)

Entre 1992 et 2017, le trafic internet a été multiplié par 130 millions.
Entre 1992 et 2017, le trafic internet a été multiplié par 130 millions. - © Photo by Markus Spiske on Unsplash

Une ressource est d’autant plus importante pour le genre humain qu’elle s’affuble d’un surnom doré : or noir pour le pétrole, or bleu pour l’eau, or vert pour la nature. Constituées de 1 et de 0, nos données numériques pourraient donc facilement prendre le sobriquet d’or binaire, tant elles sont devenues le centre de gravité de notre humanité ultra-connectée.

Mais contrairement aux autres ressources, la data n’est pas palpable, visible à l’œil humain. Porteuse d’information, elle peut être considérée comme un flux d’énergie injecté dans nos appareils afin de nous donner l’accès à un service, tel que regarder une vidéo, réserver une chambre d’hôtel, payer une amende. Métamorphe, la data peut prendre la forme d’électrons dans nos câbles, d’ondes dans notre atmosphère, de lumière dans les câbles optiques sous nos océans et sous nos trottoirs… Tous les moyens sont bons pour que la donnée arrive à destination. Et l’humain moderne ne s’en prive pas, loin de là.

Avec la naissance du World Wide Web, début des années 90, la data commence tout doucement à entrer dans nos foyers. C’est le temps de Windows 95, puis 98, des messageries en ligne, des forums, de ces sites qui ne pesaient parfois que quelques bytes, le temps où Wikipédia balbutiait et les réseaux sociaux n’existaient pas.


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En 1992, la toile qui constituait le web était incroyablement légère, et ne devait gérer un trafic que de 100GB par jour. Dix ans plus tard, le trafic s’est intensifié au point d’atteindre 100GB par seconde. En 2017, on en est à 46,600 GB par seconde, soit 130 millions de fois plus qu’aux prémices d’internet.

Laissez vous guider ou prenez le contrôle de cette datavisualisation 3D : cliquez sur les chiffres pour zoomer sur les datasphères, ou sur les flèches afin de parcourir l’évolution du volume journalier du trafic internet. Vous pouvez naviguer grâce aux clics gauche, droite et molette de votre souris. (Données : Cisco Visual Forecast Index)

Evolution des datasphères depuis 1992 (GB/jour)

Et alors que l’évolution de la consommation de données a suivi une pente plutôt stable sur plus de 20 ans, un ensemble d’évolutions technologiques va changer la donne autour de 2010, et transformer l’Homo sapiens en Homo digitalis en quelques années à peine. L’arrivée du smartphone, l’utilisation généralisée du " cloud ", la prise de pouvoir des réseaux sociaux et enfin, le boom du streaming vidéo vont faire exploser le flux de data.

Un internet plus gourmand et plus gras

Il y a encore une dizaine d’années, la vitesse de nos connexions internet ne dépassait pas les quelques Mb/s, les sites internet devaient donc être optimisés pour être le moins gourmands en données, afin de limiter le temps de chargement des pages. Actuellement, cette barrière n’existe quasi-plus : il n’est plus rare de voir la page d’accueil d’un site lançant une vidéo HD en arrière-plan, et charger de nombreuses photos de haute qualité. Le web s’est, en quelque sorte, engraissé de données, cette ressource étant devenue virtuellement inépuisable.

Le développement du réseau 4G (et bientôt 5G) et l’amélioration constante de la bande passante de l’internet filaire dans nos maisons rendent l’accès aux contenus numériques permanents, quasi sans entrave. Et ces contenus sont d’autant plus nombreux qu’ils sont plus "gras", plus gourmands en données.

La courbe d’évolution de la consommation mondiale de données s’est donc envolée de façon quasi exponentielle. Cisco, qui fournit un rapport annuel des prévisions sur l’évolution d’internet, prédit d’ailleurs que cette ascension continuera jusque 2022, avec une croissance encore plus importante.

Le streaming vidéo fait tout péter

Le principal responsable de cette surconsommation ? Le streaming vidéo. En quelques années à peine, la vidéo est devenue un médium de communication tellement répandu qu’il est responsable d’une très grande partie de l’augmentation de consommation de données sur internet, en témoignent les chiffres de Cisco, qui placent la vidéo sur le haut du podium depuis 2011, et prévoit une hégémonie totale dans les cinq prochaines années. Un leader que viendra certainement bientôt titiller un nouveau venu, le cloud gaming, soit le jeu vidéo en streaming.


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YouTube, puis Netflix, incarnent cette surreprésentation du contenu audiovisuel sur la toile. Début des années 2010, la vidéo est reine, et se regarde partout, tout le temps, grâce au smartphone. En Amérique du Nord, le phénomène de diversification des plateformes de streaming vidéo s’observe déjà, via l’arrivée de Amazon Vidéo, Hulu, des chaînes de TV, et enfin, des producteurs cinématographiques comme Universal ou tout récemment, Disney. Depuis 2018, Netflix a ainsi perdu sa couronne de plateforme la plus populaire sur le continent nord-américain.

En Europe, Netflix s’est implanté plus tardivement, il est donc toujours dans une courbe ascendante de popularité. C’est plutôt YouTube qui commence à payer cette diversification des plateformes de streaming vidéo.

Le constat est donc on ne peut plus clair : la consommation de données internet va atteindre un niveau tellement élevé que la question de son impact écologique doit être résolue d’urgence.

Comment estimer l’impact écologique de la consommation de données sur internet ? Depuis le data center jusqu’à l’internaute, en passant par les réseaux télécoms, quel stade de la distribution de données est le plus gourmand en énergie, quel est le plus gros émetteur de CO2 ? (Tentative de) réponse dans la suite de la partie 1.0 ce dossier, qui se focalise sur l’empreinte carbone de l’internet moderne.


"L’ère des données" est un dossier web d’une dizaine d’articles, publiés durant tout le mois de décembre, qui questionne l’impact environnemental du numérique, et la démarche de sobriété numérique.

1er décembre // L’ère des données 1.0 : Le constat chiffré

8 décembre // L’ère des données 2.0 : Quelles réponses de l’industrie du numérique face au défi environnemental ?

15 décembre // L’ère des données 3.0 : Les habitudes de consommation des internautes, au centre de la démarche de sobriété numérique

  • 3.1 : Surfer sur le web, un comportement en évolution constante
  • 3.2 : Le design addictif, ou la bataille de l’attention des internautes

22 décembre // L’ère des données 4.0 : Cas particuliers du monde numérique

  • 4.1 : Les jeux vidéo seront-ils bientôt le nouveau mastodonte dans le monde du streaming ?
  • 4.2 : La dématérialisation est-elle toujours plus écologique ?
  • 4.3 : La révolution mobile, ou quand le smartphone a complètement changé la donne

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