La Belgique rend hommage à son "ket" de légende, Toots Thielemans

Toots Thielemans, harmoniciste de jazz légendaire, est décédé ce lundi matin. "Il est mort de vieillesse, son corps était tout simplement épuisé", a précisé sa manager Veerle Van de Poel. Dès l'annonce de son décès, plusieurs hommes politiques et artistes ont rendu hommage au musicien de génie.

L'espace Toots Thielemans de La Hulpe, où le jazzman résidait, est en deuil. Un registre de condoléances a été mis à disposition de la population. La ville de naissance du musicien, Bruxelles, lui rend hommage ce lundi en diffusant une compilation de ses plus grands titres, dont Bluesette, à 18h sur la Grand-Place.

Les funérailles auront lieu en l'église Saint-Nicolas à La Hulpe ce samedi à 11h.

Il aimait beaucoup sa commune et y était très présent, malgré ses voyages

Le bourgmestre de La Hulpe, Christophe Dister, a réagi lundi à l'annonce du décès de Toots Thielemans, affirmant qu'un sentiment de grande tristesse envahissait les habitants de cette localité du Brabant wallon, où le musicien habitait depuis plus de 20 ans. Toots Thielemans était citoyen d'honneur de La Hulpe et pour ses 90 ans, un "Espace Toots" avait été inauguré au centre du village. Malgré ses nombreux voyages, Toots Thielemans était souvent présent à La Hulpe. Son décès intervient alors que la deuxième édition du Toots Jazz Festival aura lieu du 9 au 11 septembre.

"Nous sommes tristes parce que les relations entre l'administration communale et Toots ainsi que sa famille étaient excellentes. Nous avons plusieurs fois mis à l'honneur cet immense artiste et il a marqué les esprits de nombreux La Hulpois. Il participait à certains événements et arrivait avec simplicité, son harmonica dans la poche. Sans renier ses origines bruxelloises, il aimait beaucoup sa commune et y était très présent, malgré ses voyages", a témoigné Christophe Dister.

Parmi ses souvenirs, le bourgmestre a épinglé notamment la première édition du Toots Jazz Festival, il y a deux ans à La Hulpe : le jazzman était monté plusieurs fois sur scène pour soutenir les artistes invités, et avait proposé un duo mémorable avec Thomas Dutronc.

De nombreux twitt'hommages

Dès l'annonce de son décès, de nombreuses personnalités ont rendu hommage à l'homme de légende sur Twitter.

Fait baron en 2001 par le roi Albert II, l'harmoniciste Toots Thielemans a eu l'occasion de rencontrer à plusieurs reprises la famille royale. En 2014, il avait été reçu en audience par le roi Philippe et la reine Mathilde en hommage à sa carrière musicale exceptionnelle, juste après avoir annoncé qu'il y mettait fin.

"Nous perdons un immense musicien et personnellement un ami très cher", a aussi déclaré la princesse Léa de Belgique dans un communiqué.

Bruxelles salue son "ket"

Henri Vandenberghe, directeur du festival Brosella Folk & Jazz, et Jean Demannez, représentant du festival annuel Saint-Jazz-ten-Noode, retiennent de Toots Thielemans son humanité et son humilité.

Parrain du festival Brosella depuis 1986, Toots Thielemans a joué le premier concert du festival en 1987. Il est alors venu avec Philip Catherine, qu'il a fait revenir plus tôt de vacances pour l'occasion. Depuis lors, Toots Thielemans a joué tous les cinq ans au festival, à l'exception de l'édition de cette année.

Henri Vandenberghe raconte que le virtuose de l'harmonica venait chaque fois avec quelque chose de nouveau, "un cadeau au public, un cadeau à la musique". "Il avait une chaleur humaine qu'on trouve rarement à ce point-là chez les grands musiciens. Quand il montait sur scène, il disait bonjour à tout le monde et on entendait courir une souris. Tout le monde écoutait. Il avait ce charisme, cette approche, ce respect vis-à-vis de son public. Il a d'ailleurs arrêté de jouer il y a quelques années par respect pour lui-même, par respect pour le public, par respect pour les organisateurs, parce qu'il n'était plus sûr de donner la qualité minimale pour lui. C'est quelqu'un qui a continué à chercher jusqu'à son dernier concert quelles notes étaient de trop dans sa musique". "Ce grand musicien du monde est resté un Brusseleir, avec les pieds sur terre", affirme-t-il.

Il était un homme de contact et de convivialité, comme tout bon Bruxellois qui se respecte

Nationalisé aux Etats-Unis, Toots Thielemans, qui a grandi dans le quartier populaire des Marolles à Bruxelles, a conservé la double nationalité et a vécu ses dernières années à la Hulpe.

Jean Demannez l'a connu à 18 ans dans le club de jazz "le Blue note", dans la galerie des Princes, où il jouait encore de la guitare avec Philip Catherine. Il est venu deux fois au festival Saint-Jazz-ten-Noode. "Son harmonica ne le quittait pas et il jouait à chaque fois qu'il pouvait sa chanson fétiche 'Ne me quitte pas' de Jacques Brel", se rappelle Jean Demannez. "Il acceptait facilement les cérémonies, les mariages, parce qu'il était un homme de contact et de convivialité, comme tout bon Bruxellois qui se respecte. C'était aussi un homme de caractère qui, quand il avait une idée derrière la tête, la menait très loin. C'était une personnalité forte. Il avait accepté de venir au Saint-Jazz-ten-Noode, parce que c'est un festival très proche des gens. Il aimait les contacts directs avec le public".

C'était un Bruxellois de coeur, un Marollien de coeur

Le bourgmestre de Bruxelles Yvan Mayeur a déploré lundi le décès de l'harmoniciste et musicien de jazz bruxellois Toots Thielemans. "C'est une star bruxelloise authentique qui nous quitte. Le quartier des Marolles, où ses parents tenaient un café, perd également l'un de ses enfants", a-t-il regretté.

Sentant ses forces diminuer et "afin de ne pas décevoir son public", Toots Thielemans avait décidé de mettre un terme à sa carrière en 2014. Il s'est éteint ce lundi à l'âge de 94 ans. "Le Jazz est en deuil. Nous le sommes aussi", a ajouté Yvan Mayeur.

Le Premier échevin de la Ville, Alain Courtois, a également salué la mémoire du joueur de jazz, un "ket de Bruxelles devenu citoyen du monde et qui a joué aux côtés des plus grands", a-t-il indiqué sur sa page Facebook.

Pour l'échevine bruxelloise de la Culture, Karine Lalieux, "c'est d'abord un très grand artiste international qui représentait magnifiquement la Belgique et Bruxelles qui est décédé, mais c'est aussi un Bruxellois de cœur que l'on perd. Un Bruxellois qui malgré sa renommée internationale était toujours là, présent dans les moments forts à Bruxelles, les moments folkloriques ou pour soutenir une cause ou une autre. On le voyait encore régulièrement au Meyboom, parfois à des remises du costume du Manneken Pis quand c'était avec le Grand Jojo. C'était un Bruxellois de cœur, un Marollien de cœur. C'est un grand humaniste que tout le monde pleure aujourd'hui", a-t-elle commenté.

Le site Culture de la RTBF consacre un dossier en hommage au musicien belge le plus célèbre.

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