L'ex-président équatorien Correa dit être victime des journalistes qui ont porté plainte

L'ex-président équatorien Correa dit être victime des journalistes qui ont porté plainte
L'ex-président équatorien Correa dit être victime des journalistes qui ont porté plainte - © ARIS OIKONOMOU - AFP

Alors que plusieurs journalistes équatoriens affirment avoir été menacés en Belgique par des partisans de l'ancien président de l'Equateur Rafael Correa, le conseil de ce dernier a déclaré mardi à l'agence Belga que son client était lui-même harcelé par ces journalistes.

D'après son avocat Me Christophe Marchand, Rafael Correa est harcelé par plusieurs journalistes équatoriens depuis juillet dernier, à la suite du lancement d'un mandat d'arrêt à son encontre par les autorités équatoriennes. Celles-ci suspectent celui qui fut à la tête de l'Equateur de 2007 à 2017 d'avoir commandité l'enlèvement d'un opposant politique en 2012, Fernando Balda.

Début août, le journaliste équatorien Ramiro Cueva, défendu par Me Anne Decortis et Me Emmanuel Ruchat, a déposé plainte pour coups et blessures ainsi que menaces à l'encontre de Rafael Correa. Le journaliste s'était rendu le 8 juillet au domicile de l'ancien président, qui réside avec sa famille à Louvain-La-Neuve, dans le but de l'interviewer au sujet du mandat d'arrêt international qui le vise. Il dit y avoir été roué de coups par ses hommes de main.

Rafael Correa, lui, soutient avoir été harcelé par le journaliste mais aussi agressé physiquement par lui. Cité à comparaître, Ramiro Cueva devra s'expliquer devant le tribunal correctionnel de Nivelles le 7 septembre prochain.

Information judiciaire en cours

Vendredi dernier, ce sont deux autres journalistes équatoriens qui ont déposé plainte à Bruxelles contre des proches de Rafael Correa pour menaces, intimidations et violation de domicile. Une information judiciaire est en cours, a annoncé le parquet de Bruxelles lundi.

Rafael Correa affirme avoir été harcelé également par ces deux journalistes, Luis Eduardo Vivanco et Andersson Boscán. La police a dû intervenir ces derniers jours pour les empêcher de s'introduire dans son espace privé, selon Me Marchand.

"Il s'agit clairement d'opposants politiques qui s'affrontent. Ces journalistes bénéficient de la liberté d'expression mais la ligne rouge a été franchie lorsqu'il y a eu intrusion sévère dans la vie privée de monsieur Correa", argue Me Marchand.

"Pour ces seconds faits, nous allons évoquer la possibilité de déposer plainte mais l'essentiel de notre combat porte sur le mandat d'arrêt international délivré par les autorités équatoriennes. Tout porte à croire qu'il s'agit d'un procès politique. On parle de l'enlèvement, en Colombie en 2012, d'un ancien parlementaire équatorien. Or cet homme, Fernando Balda, n'a en réalité jamais été parlementaire. Cela ressemble bien à une manipulation ou une vengeance politique. La justice équatorienne a agi de manière irrationnelle", défend l'avocat.

"Actuellement, nous avons demandé à Interpol de suspendre la 'notice rouge', autrement dit le signalement de monsieur Correa comme personne recherchée. Une commission spéciale, la Commission de contrôle des fichiers d'Interpol (CCF), examinera en profondeur nos arguments et rendra une décision en octobre prochain, espère-t-on. S'il est prouvé que la personne recherchée risque d'être soumise dans son pays à la torture, de ne pas avoir un procès équitable ou qu'il s'agit d'un procès politique, le mandat d'arrêt peut ne pas être exécuté. Nous pensons que les deux dernières conditions sont, dans ce cas-ci, réunies", explique encore Me Marchand.

Etudiant en Belgique, puis président

Rafael Correa, âgé de 55 ans, a été président de la République de l'Equateur entre 2007 et 2017. A la fin de son dernier mandat, il s'est installé en Belgique d'où sa femme est originaire. Il l'avait rencontrée lorsqu'il était étudiant à l'Université catholique de Louvain-la-Neuve.

En février, les Équatoriens ont approuvé la suppression de la loi permettant la réélection indéfinie du président lors d'un référendum convoqué par l'actuel président, Lenin Moreno, notamment pour empêcher son prédécesseur et ex-allié Rafael Correa de revenir en 2021.

Depuis son élection, Moreno n'a cessé de démanteler l'héritage de gauche de Correa, faisant des ouvertures au monde des affaires et à la droite politique.

 

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