L'émotion d'Albert II sur France 3 : une parole royale plus libérée ?

Albert II dans "Secrets d'Histoire" de Stéphane Bern, diffusé sur France 3, ce lundi 11 janvier
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Albert II dans "Secrets d'Histoire" de Stéphane Bern, diffusé sur France 3, ce lundi 11 janvier - © Capture d'Ecran - Youtube

Une surprise de taille attendait les téléspectateurs de la troisième chaîne française ce lundi soir : dans un "Secrets d’Histoire" consacré à la reine Elisabeth de Belgique, Albert II fait figure... d’intervenant.

Assis dans un décor avec à l'arrière-plan des photos familiales, il y parle, simplement, de son enfance et de sa relation avec sa grand-mère. Il explique malicieusement qu’elle voulait à tout prix lui faire jouer du violon, provoquant à cette occasion la fuite de toute la famille, entre-autres. Et à la fin du reportage -disponible d'ailleurs sur YouTube, en suivant ce lien-, lorsqu’est évoqué le décès de la troisième reine des Belges de le voir, brièvement, étreint par l’émotion, presque sanglotant. 

Discrète couronne

Ces moments de témoignages télévisuels sont (très) rares pour des souverains. La règle pour les journalistes en Belgique est qu’on ne peut poser de question au couple royal en exercice. C’est le monarque qui s’adressera à eux… S’il le souhaite.


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Par ailleurs, des moments informels ont lieu. Lors de missions à l’étranger ou d’invitations à la presse, comme lors du début du règne de Philippe, en 2013. Mais tout restera confidentiel. Le "off" complet.

Même si une certaine ouverture est à noter, les relations entre famille royale et presse peuvent parfois avoir été électriques, comme lors de l’affaire Delphine Boël (comme le soulignait encore Le Soir il y a un an), ou dans certains faits concernant le Prince Laurent. 

Côté politique, il y a évidemment le fameux colloque singulier, dont on parle souvent lors des négociations pour les coalitions fédérales. Le Roi règne (mais ne gouverne pas), et pour cela il a droit à trois prérogatives. A savoir être informé, conseiller et avertir. Pour cela, comme le rappelait le constitutionnaliste Christian Behrendt "Dans un colloque singulier, le Roi dispose d’une liberté de parole complète et d’opinion complète […] et pour la lui garantir, il faut que le contenu de ces discussions demeure confidentiel". Secret absolu. On ne dévoile pas la couronne. Ni les politiques, ni la presse.

Et chaque lundi, le Roi reçoit le Premier ministre – toujours en colloque singulier —. Motus et bouche cousue également, mais qui vaut, ponctuellement, des opérations de communication, notamment lors de l’avènement d’un nouveau Premier ministre. Micros éteints, ça va de soi...


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Le monarque communique avec la population par le biais des traditionnels "messages royaux". A savoir le discours du 21 juillet et de Noël. Ceux-ci sont cependant prononcés avec l’aval du Premier ministre. Et également ponctuellement, lors d’événements majeurs dans la vie du royaume comme lors des attentats du 22 mars 2016 ou lors du premier confinement de la crise du coronavirus.

Quand le Palais s’ouvre aux médias

A l’occasion leurs noces de porcelaine, Patrick Weber (RTBF) frappe un grand coup en novembre 2019 quand il obtint une rencontre avec le roi Philippe et la reine Mathilde. "Le Roi et la Reine avaient envie de partager quelque chose avec les Belges", confie alors le journaliste. "Et même d’inviter les gens chez eux par le truchement de la télé" poursuit-il. Un grand coup médiatique cependant car il s’agissait là de la première interview d’un souverain (et d’une souveraine) en fonction.

Le Roi Albert II avait ouvert le bal une fois auparavant lors d’un entretien à Pascal Vrebos (RTL-TVI) en 2014, mais c’était après son abdication. La famille royale s’ouvre peu à peu aux médias, et tente de communiquer de plus en plus. Les princes Philippe (à l’époque, notamment lors de la naissance de la princesse Elisabeth), la princesse Astrid et surtout le prince Laurent avaient déjà ouvert la porte aux interviews. C’était loin d’être le cas du temps de Baudouin par exemple.

Pour revenir à l’émission de Stéphane Bern sur France 3 (où est apparue longuement la princesse Esmeralda, d’ailleurs), on y apprendra que la reine Elisabeth, l’épouse d’Albert Ier, n’avait d’ailleurs pris la parole qu’une fois à la télévision, à la toute fin de sa vie. Quant au Roi Baudouin et à la Reine Fabiola, on se souviendra d'un entretien dans les années 70 avec une journaliste suédoise pour la parution d'un livre sur la reine Astrid


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Extrait de notre 13 heures du 25 novembre 2019

Et ailleurs ?

Si du côté du Grand-Duché de Luxembourg, les interviews sont aussi exceptionnelles, elles ont cependant déjà eu lieu, comme le rappelle le Soirmag.

La parole est rare également aux Pays-Bas, où le roi Willem-Alexander s'était exprimé au sujet de son cinquantième anniversaire, en 2017 sur la NOS. Au Danemark et en Suède aussi, on peut s'épancher ponctuellement, comme également en 2017, quand la reine Silvia avait affirmé côtoyer des fantômes

Outre-Manche, les discours royaux (excepté les vœux de fin d’année et les "discours de la Reine" lors de l’avènement d’un nouveau gouvernement) sont excessivement rares. Elizabeth II d'Angleterre s’était exprimée à la population pour les soutenir également lors de la première vague de la pandémie, le 8 mai dernier – c’était également l’anniversaire des 75 ans de fin de la seconde guerre mondiale —. Auparavant, il n’y eut que 4 allocutions à la télévision, en 68 ans de règne. A savoir lors de la guerre du Golfe (1991), à la suite du décès de Diana (1997), de celui de la reine mère (2002) et pour son Jubilé de Diamant (60 ans de règne, en 2012). A noter qu’en octobre 1940, lors de la bataille d’Angleterre, elle fit un discours radiophonique – elle était alors âgée de 14 ans —.

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