L'arrivée de TF1 sur le marché publicitaire belge n'est "vraiment pas une bonne nouvelle"

Comment la RTBF va-t-elle se transformer au cours des prochaines années? Virage vers le numérique, nouvelle organisation... pour en parler, l'administrateur général de la RTBF Jean-Paul Philippot, était au micro de Jour Première. Face à la transformation de notre société, l'"urgence, c'est d'anticiper", a-t-il souligné. 

Dans cinq ans, la Belgique francophone sera entièrement numérique

A quoi ressemblera la RTBF dans quelques années? "On va continuer à faire de la radio, à faire de la télévision. On va continuer à être écoutés en FM et bientôt, je l'espère, en DAB+ sur La Première. Pour le moment, on est 10.000 et 15.000 à regarder la Première sur Auvio et on va être de plus en plus accessibles", assure Jean-Paul Philippot. 

L'administrateur général de la RTBF prend le virage numérique au sérieux: "Dans cinq ans, la Belgique francophone sera entièrement numérique (...) Partager ses contenus sur un smartphone, regarder un programme vidéo sur un PC ou un tablette, ce sera devenu l'usage pour une grande majorité d'entre nous".

"L'urgence", souligne-t-il, "c'est d'investir judicieusement à temps et démarrer maintenant". 

La RTBF doit néanmoins faire face à plusieurs défis, notamment l'arrivée de TF1 sur le marché publicitaire belge depuis le 1er septembre. "Ce n'est vraiment pas une bonne nouvelle. Ca va nous coûter 5 à 6 millions d'euros, 7% de nos revenus publicitaires," concède Jean-Paul Philippot. "On commence à voir les effets mais là aussi, anticiper est la vertu cardinale. Il y aura des effets en 2018 et nous les anticipons déjà. Nous avons intégré ces effets dans le budget, en faisant des économies dans un certain nombre de domaines sans toucher à la production, ni à notre capacité d'informer".

On a réduit de 30% nos effectifs ces dernières années

Selon Jean-Paul Philippot, "une information indépendante qui prend le temps d'expliquer et d'investiguer seront nécessaires et devront exister". Dans ce contexte, toucher à l'emploi, "ce serait avoir moins de production propre, moins de culture francophone partagée en Belgique et à l'étranger, moins d'information indépendante. Ce n'est pas donc pas inscrit à notre agenda".

De plus, ajoute-t-il, "on a réduit de 30% nos effectifs ces dernières années. L'effort a été fait. Il s'agit maintenant du temps de la transformation".

Polémique autour de "C'est vous qui le dites"

L'administrateur général de la RTBF est également revenu sur la polémique autour de l'émission de radio "C'est vous qui le dites", présentée par Benjamin Maréchal sur Vivacité. Récemment, elle a proposé à ses auditeurs de réagir et de débattre d'un accident de la route qui a causé la mort d'un enfant. Trois plaintes ont été déposées au CSA, qui a ouvert une instruction, et des voix se sont élevées pour demander si cette émission remplissait bien une mission de service public.

Selon "l'analyse réalisée par nos services juridiques après une écoute attentive, il n'y a pas de faute", assure Jean-Paul Philippot. "Qu'il ait pu y avoir émoi, c'est certain. On a énormément de compassion pour cet accident tragique. Mais nous sommes très attentifs à pouvoir poser des questions qui concernent tout le monde. Rouler de manière excessive peut constituer un drame et ça fait aussi partie de notre mission de parler de ce qui pourrait être amélioré au travers de ce qui reste un accident tragique".

Le rapport du service public aux citoyens est un rapport de réciprocité

Par ailleurs, ajoute-t-il, "je pense qu'un service public qui n'organiserait pas des espaces de parole pour les auditeurs et les téléspectateurs ne remplirait pas toutes ses missions. Cette émission a cette qualité d'être un espace libre de paroles où des auditeurs, des anonymes, des hommes et femmes qui ne sont pas des experts peuvent exprimer des points de vue. Ça forme une des approches du service public. Ce n'est évidemment pas tout le service public. Il faut, à côté, des espaces où des experts peuvent remettre en perspective et où l'on peut approfondir. Mais le rapport du service public aux citoyens est un rapport de réciprocité et ça va le devenir de plus en plus".

"Il n'y a pas de course à l'audience de la RTBF", assure Jean-Paul Philippot, "il y a la recherche par la RTBF d'un lien permanent, du respect du public comme du respect de celles et ceux qui, dans ce cas-ci, sont frappés par un drame horrible".

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