Restaurée, "L'Adoration de l'Agneau" des frères van Eyck, révèle couleurs, détails et... surprises (photos et vidéo)

Une opération d'envergure qui attire les esthètes
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Une opération d'envergure qui attire les esthètes - © JONAS D'HOLLANDER - BELGA

Dans le passionnant domaine de l'histoire de l'art, les découvertes peuvent toujours être au rendez-vous. Même après presque 600 ans... C'est le cas dans le cadre de la campagne de restauration de l'"Agneau mystique". Les restaurateurs de l'IRPA, Institut Royal du Patrimoine Artistique s'attaquent pour le moment à la deuxième phase des travaux. Elle concerne "l'Adoration de l'Agneau de Dieu", sans doute la partie la plus célèbre du retable. La fin de ce travail d'orfèvre aura lieu en 2020, à l'occasion de l'Année van Eyck. La première phase de restauration, elle, est déjà visible à Gand depuis 2016. Et la troisième (qui se fixera sur le haut de l'oeuvre), ce sera pour le début de la décennie prochaine.   

C'est donc au sein de la cathédrale Saint-Bavon, située en plein centre de Gand, que se trouve le chef d'oeuvre. Dans la chapelle de l'édifice, trône, superbe, "L'Agneau mystique" des frères van Eyck. Composé de 24 panneaux peints et encadrés, il est une oeuvre majeure de l'art primitif flamand. Commencé par Hubert van Eyck, le retable est terminé, après la mort de l'artiste, par son frère Jan en 1426. 

La pièce maîtresse de la merveille, à laquelle s'affaire les équipe de l'IRPA, se nomme "L'Adoration de l'Agneau de Dieu". Il s'agit du panneau inférieur central du retable. On peut y admirer en plein centre, volant dans le ciel, une colombe. Semblant inonder la scène de lumière, elle symbolise l'Esprit-Saint. En dessous d'elle, 14 anges adorent l'agneau mystique. Et au premier plan, toujours au milieu, coule l'eau d'une fontaine de vie.

C'est dans un atelier du Musée des Beaux Arts de Gand que les équipes de restauration procèdent à un travail excessivement minutieux. A l'aide de microscopes et de petits scalpels, tels des chirurgiens, les artisans enlèvent ce qu'ils appellent le surpeint. Petite explication avec Hélène Dubois, directrice de la restauration et membre de l'IRPA:

Détails de l'oeuvre

Il est apparu qu'environ la moitié de la surface du panneau avait été recouverte d'une couche de peinture. Peinture qui n'était pas d'origine. Le ciel, l'agneau, les édifices et les collines de l’arrière-plan, les drapés et la nappe de l’autel, notamment. Sous ces surpeints, heureusement, 97% de la peinture originale de Van Eyck était toujours bien là. Les techniques ayant évolué depuis 1951, le mystère qui se cache derrière ces ajouts peut enfin davantage s'éclaircir. Et ce fut le cas des cieux, d'édifices et de couleurs. Les coloris se révèlent plus lumineux, nuancés et vifs. Et des bâtiments, qui étaient cachés jusque là, sont réapparus.  

La surprise du chef vient de la tête de l'agneau. La précédente restauration, datée de 1951, avait permis d'enlever une couche verte et de faire apparaître de ce fait... une deuxième paire d'oreilles à l'ovin. En 2018, il n'y en a plus qu'une. L'originale. Et le visage animal se montre moins placide (certains diront plus "médiéval") que l'ancien, qui avait les yeux plus espacés.    

"L'agneau" avant et après restauration

L'extérieur du retable avait déjà été rendu, précautionneusement restauré, au public de la cathédrale flandrienne en 2016. Une autre partie, les Juges intègres, est elle toujours portée disparue depuis 1934. Elle est remplacée depuis par une copie. Ce n'est pas la seule péripétie que l'"Agneau mystique" a subi. Treize vol en six siècles! Le retable a notamment été retrouvé par les fameux "Monuments Men" de la mine de sel de l'Altaussee, dans les Alpes autrichiennes (Hitler y entreposait les oeuvres pillées durant la guerre pour les mettre dans le Führermuseum, un musée colossal, à Linz). Maintenant encore un peu plus beau, le retable continue sa mue. Et le travail titanesque des faiseurs de miracles de l'IRPA de continuer...Peut-être vers d'autres découvertes?   

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