Johnny Hallyday: une bête de scène qui savait s'entourer pour vivre avec son temps

Et c’est sur scène qu'il convainquait tout le monde.
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Et c’est sur scène qu'il convainquait tout le monde. - © FRED PAYET - AFP

Au micro de Jour Première Thierry Coljon, spécialiste de l’information musicale au journal Le Soir et Dominique Ragheb, chef musical à Classic 21 décrivent le rôle précurseur de Johnny Halliday en matière de rock & Roll sur l’Ancien continent. Ils l’ont croisé au hasard des concerts et n’oublient pas ce "grand timide", pratiquement né sur les planches et libérant un charisme fou.

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"Il le disait lui-même: ‘J'ai été le premier non pas à inventer le rock en français, mais à en faire un succès énorme'". Car ils étaient nombreux dans ce registre: "Il y avait Les Chaussettes noires, Dick Rivers, etc., mais Hallyday avait ce petit quelque chose en plus, cette personnalité, ce côté fauve, ce côté bestial. Et surtout, ce qui touchait énormément les gens, c'était sa grande timidité. Sur les toutes premières images quand il avait 18 ans, on voyait à son visage que c'était un chouette gars, très simple, sympa et mignon. Les gens se le sont tout de suite approprié et l'ont adoré. Et surtout, on allait voir Johnny parce qu'il le fallait bien. Et la première fois qu'on l'a vu, on s'est dit: 'Oui, je comprends'. La première fois que je l'ai rencontré, quand il est rentré dans la pièce, à ce moment-là j'ai compris ce que le mot charisme voulait dire. On pouvait ne pas aimer ce qu'il faisait, on pouvait ne pas être dans son truc, mais quand il entrait dans la pièce, il dégageait énormément. Ça explique cette longévité, il a traversé tous les genres de musique, les hauts et les bas. Il était toujours là parce qu'il dégageait, il y avait donc ce lien énorme qui l'a préservé jusqu'à sa mort".
 

Il a fait tout et n’importe quoi 

Et c’est sur scène qu'il convainquait tout le monde se rappelle Thierry Coljon: "Même quand vous alliez à ces concerts depuis 20-30 ans, il y avait de tout. Des gens qui avaient presque emprunté pour être là parce qu'ils n'avaient pas de moyens. Il y avait les peoples et les stars. Tout le monde allait voir Johnny parce que c'était un moment très impressionnant. Il était le seul en France à pouvoir, comme ça, dégager autant. On dépasse vraiment du cadre musical parce qu'en fait, musicalement, il est né avec le rock & roll en français, mais après il a fait de tout, je dirais presque tout et n'importe quoi".

Le don de bien s’entourer

"Mais en même temps, il avait l'intelligence d'aller chercher chaque fois les gens du moment. Quand on voit les gens qui ont écrit et composé pour lui, puisqu'il a peu écrit et opposé lui-même, c'est un vrai bottin mondain. Ils y sont tous. Vous prenez la liste des gens qui ont écrit, on a retenu Goldman, on a retenu Berger, mais après il y a eu Obispo, il y a même eu Matthieu Chedid. Chaque fois, il prenait les gens qui étaient numéro un à ce moment-là. C'est vrai que ça va dans tous les sens, mais peu importe. Les gens l'aimaient pour ce qu'il était et ça restait Johnny. C'est absolument incompréhensible, c'est au-delà de la logique presque".

On peut le rapprocher d’un Brel 

Dominique Ragheb, chef musical à Classic 21, explique sa longévité par ses qualités d’interprète. "On peut le rapprocher d'un Brel. C'est quelqu'un qui a toujours su incarner les chansons, comme un acteur. Ce n'est pas par hasard qu'il a fait beaucoup de cinéma, aussi bien avec Godard ou Lelouch qu'avec d'autres réalisateurs. C'est vraiment quelqu'un qui savait raconter une histoire dans une chanson. Par exemple, il était capable, sur un mouvement de la Symphonie n° 7 de Beethoven, de raconter l'histoire de notre planète avec une vision qui était déjà avant-gardiste, puisque cette chanson est enregistrée en 1969. Elle raconte notre Terre qui va peut-être périr à cause, justement, de la pollution. À côté de ça, au milieu des années 70, il va faire une chanson qui est presque anti-Johnny parce que c'est l'anti-héros: c'est "Requiem pour un fou". Il suffit d’écouter cette chanson. C'est le 'pauvre type' qui a assassiné sa compagne et il est entouré par les flics qui veulent l'abattre. Là, il y a quelque chose d'extrêmement cinématographique. Lui seul peut chanter une chanson pareille. Et même quand il a 20 ans, parce qu'on dit toujours " l'idole des jeunes ", mais ce n'est qu'une toute petite période dans sa très longue carrière".

20 ans: l’âge du rock

Effectivement, les débuts du rock and roll correspond à ses 20 ans lorsqu'il enregistre l'adaptation de "House of the rising sun": "Une chanson populaire américaine immortalisée notamment par The Animals. Il en fait 'Le pénitencier' en français, rien à voir avec le texte original qui raconte plutôt une maison close, et lui il va raconter cette histoire avec beaucoup pour ses 20 ans. On dit que c'est sa première chanson très mature. Il raconte l'histoire d'un type qui va rentrer en taule et qui raconte ces propres souffrances".

Portrait de Johnny Hallyday par Marianne Klaric

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